Noté/5. Retrouvez QUOTIDIEN DE PARIS (LE) [No 2576] du 03/03/1988 - PLUSIEURS MORT EN AZERBAIDJAN - L'AVOCAT DU PR MERIEL AU PROCES DE POITIERS - LE DR ARCHAMBEAU - ED. BALLADUR - SPORTS - FOOT - PH. DE VILLIERS - R. BARRE - LA MORT DE JEAN LE POULAIN - CANTONALE DE LILLE - PRELEVEMENTS OBLIGATOIRES - OTAN - REAGAN - PLOMBIERS DE
Entréà la ComĂ©die-Française en 1978 ; sociĂ©taire en 1980 ; administrateur gĂ©nĂ©ral de la ComĂ©die-Française de 1986 Ă 1988. Trente ans d'une carriĂšre extrĂȘmement riche et variĂ©e prĂ©cĂšdent son entrĂ©e Ă la ComĂ©die-Française. Lorsqu'il quitte le Conservatoire (classe de Georges Le Roy) en 1949 avec un premier prix de ComĂ©die et
Transcription PrĂ©sentateur. Voici maintenant Jean-Michel Ribes, pas de la ComĂ©die-Française mais Ă la ComĂ©die-Française, pour La Cagnotte, câest signĂ© conjointement dâEugĂšne Labiche quâon connaĂźt et de Monsieur Alfred Delacour quâon connaĂźt moins. Jean-Michel Ribes. Oui, câest un collaborateur de Labiche parce que Labiche
cash. La veuve de Jean-Pierre Darras, fondateur du festival Les Estivales de Carpentras, est morte ce dimanche Ă l'Ăąge de 72 ans. La comĂ©dienne Corinne Darras nĂ©e Lahaye est morte dimanche 16 fĂ©vrier 2020. NĂ©e Ă Bois-Colombes, elle Ă©tait l'Ă©pouse de l'acteur et metteur en scĂšne Jean-Pierre Darras. AprĂšs avoir suivi les cours au Conservatoire national supĂ©rieur d'art dramatique, Corinne Darras a multipliĂ© les rĂŽles dans les annĂ©es 70-80. On se souvient d'elle lorsqu'elle a interprĂ©tĂ© le rĂŽle de Germaine dans Mais oĂč est-donc passĂ©e la septiĂšme compagnie ? Le couple Ă©tait particuliĂšrement connu Ă Carpentras pour avoir créé Les Estivales, en 1993. Couple fondateur dans le monde du divertissement, ils ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s par la vie en 1999. Corrine Darras avait repris les rĂȘnes de ce grand festival pendant une dĂ©cennie jusqu'en 2009, quand le festival s'est arrĂȘtĂ©. Francis Adolphe, ancien maire de Carpentras, s'est exprimĂ© aprĂšs l'annonce de ce dĂ©cĂšs. "Ils Ă©taient comme ma famille. Cela me remplit de tristesse. Et quand je me rappelle nos moments ensemble Ă Suzette ou ailleurs, j'ai envie de rire et ils me manquent. On ne travaillait jamais vraiment au sens dĂ©sagrĂ©able, car nous Ă©prouvions toujours de la joie et de la bonne humeur ! Jean-Pierre disait d'ailleurs 'Le travail, j'ai rien contre, mais c'est le temps qu'on perd !' Corinne, il y a toujours une caisse de vieux tĂ©lĂ©graphe que tu partageras avec Jean-Pierre dans votre derniĂšre demeure !", a-t-il Ă©crit sur son compte Facebook. Un dernier hommage sera rendu Ă Corrine Darras lors d'une cĂ©rĂ©monie religieuse le mercredi 19 fĂ©vrier 2020, Ă 10h30, en l'Ă©glise Saint-Augustin, Ă Paris. Elle sera ensuite inhumĂ©e au cimetiĂšre de Suzette Vaucluse, vendredi 21 au matin, oĂč repose dĂ©jĂ son mari.
Reminder of your requestDownloading format TextView 1 to 264 on 264Number of pages 264Full noticeTitle Revue historique du plateau de RocroiPublisher RocroiPublication date 1924-03Contributor Bernard Fauconier, Henri. Directeur de publicationRelationship textType printed serialLanguage frenchLanguage FrenchFormat Nombre total de vues 264Description mars 1924Description 1924/03 A2,N13-1925/ Consultable en ligneRights Public domainIdentifier ark/12148/bpt6k5784293gSource BibliothĂšque nationale de France, dĂ©partement Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-LC11-2160Provenance BibliothĂšque nationale de FranceOnline date 17/01/2011The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition OCR program. The estimated recognition rate for this document is 94%.Reliure serrĂ©e Contraste insuffisant IMF Z 43-120-14 Texte dĂ©tĂ©riorĂ© â reliure dĂ©fectueuse NF Z 43-120-11 2° ĂNĂVEĂ^MARS 4924/ M3^ France JCf francs Etranger IZtfrarics KM! HISTORfĂUE DĂ PLATEAU DE ROSĂ Le NumĂ©ro i Franc JALLOUX^Ă© Ă©diteur ROCROJ' â Passage de Bourgogne ROCROI 382 , 1924.' REVUE OU PLATEAU DE ROGROI Epoque nĂ©olithique .-Temps prĂ©historiques et anciens Age de pierre, Ăąge de bronze, Ăąge de fer. PĂ©riode gauloise. â PĂ©riode gallo-romaine. â Epoque franque. â Le Christianisme. â Moyen-Age. â Temps modernes. PĂ©riode contemporaine. Macquenoise, Saint-Michel, Momignics. â Chimay-lePlenmont. â Virelles. â Signy-le-Petit. â Rumigny, Aouste, Les Esterbiseux. â Belzy. â Chiily, Etales, Hamzy. â L'ĂscaillĂšre, la Grosse Rochelle. â Goiirieux-Sanit-Rion. â Boulonville. â Lompret. â Dailly. â Frasnes. âNismes. â Dourbes. â La Roche Ă Lomme. â Couvin. SOMMAIRE nu NC 13 I. â Rupes rĂ»perem. â Ăpoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre suilej. PI. B. II. â Folk-lore philologique. D'A. BASTIN. III. â C'est la guerre ! suite. M" 10 IV. ââą Monographie de SĂ©vigny-la-ForĂ©t. â Livre III. SĂ©vigny Ă 'travers les Ăąges suite. P. L. V. â Au .Tour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOE. VI. â Tribune publique. Notes historiques sur le plateau de Roeroi RĂJPES RĂPEREM Epoque nĂ©olithique, â Temps prĂ©historiques et anciens, â Age de pierre. Suite Le gĂźte de Saint-Michel-M'acquenoise, Ce gĂźte fui certainement une retraite assurĂ©e [tour les premiĂšres populations qui occuperont la rĂ©gion. Sa position, facilement dĂ©fendable, servit aux Ă©migranls qui venaient des lieux oĂč se trouve aujourd'hui la petite ville de Bavay. Il est probable que les bandes qui s'y fixĂšrent n'avaient d'autre raison que celle d'Ăšlre Ă©loignĂ©es seulement, d'une quarantaine de kilomĂštres de leur point de concentration. L'Ă©minence de Macqucnoise est Ă cheval sur ia frontiĂšre franco-beltĂŻe, situĂ©e Ă 0 kilomĂštres de Saint-Michel Aisne; et Ă 300 mĂštres seulement du village belge de Macqucnoise. Son altitude est Ă la cote 270,poinlculminanl du dĂ©partement de l'Aisne, et Ă 271 et mĂȘme Ă 280 Ă sa partie orientale qui domine les sources de la Waguelle. Depuis le petit ruisseau de JJerlĂčjnon qui se dĂ©verse dans l'Ă©tang de la Lobieile et prend sa source aux contins de la forci de Saint-Michel-enThiĂ©rache, le sol s'Ă©lĂšve graduellement jusqu'Ă la frontiĂšre. La crĂȘte forme un plateau allongĂ© s'Ă©lendant sur 2 kilom. de l'est Ă l'ouest et sur 7 Ă 800 mĂštres de large. De lĂ©gĂšres aspĂ©ritĂ©s en ondulent la surface, Sur la partie française, de faibles retranchements ovoĂŻdaux sont tracĂ©s du nord-ouest au sud-est. Ces terrassements, appuyĂ©s S AnnĂ©e 13 REVUE DU PLATEAU DE ROCRO Epoque nĂ©olithique Temps prĂ©historiques et anciens Age de pierre, Ăąge de bronze, Ăąge de fer. PĂ©riode gauloise. â PĂ©riode gallo-romaine. â Epoque franque. â Le Christianisme. â Moyen-Age. â Temps modernes. PĂ©riode contemporaine. Macquenoise, Saint-Michel, Momignies. â Chimay-lePleumont. â Virelles. â Signy-le-Pelit. â Rumigny, Aouste, Les Esterbiseux. â Belzy. â Chilly, Etales, Hamzy. â L'EscaillĂšre, la Grosso Rochelle. â Gourieux-Saint-Rion. â Roulonville. â Lompret. â Dailly. â Frasnes. âNismes. â Dourbes. â La Roche Ă Lomme. â Couvin. SOMMAIRE DU N° 13 I; â Rupes rĂ»perem. â Ăpoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre suitej. H. B. II. â Folk-lore philologique. Dr A. BASTIN. III. â C'est la guerre I suite. M'"c IV. â Monographie de SĂ©vigny-la-ForĂȘt. â Livre III. SĂ©vigny Ă 'travers les Ăąges suite. P. L. V. â Au Jour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOH. VI. â Tribune publique. Note?-historiques sur le plateau de Roeroi MPES RUPEREM Epoque' nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre. Suite Le gĂźte de Saint-Michel-Macquenoise. Ce gĂźte fut certainement une retraite assurĂ©e pour les premiĂšres populations qui occupĂšrent la rĂ©gion. Sa position, facilement dĂ©fendable, servit aux Ă©migrants qui venaient des lieux oĂč se trouve aujourd'hui la petite ville de Bavay. II est probable que les bandes qui s'y fixĂšrent n'avaient d'autre raison que celle d'ĂȘtre Ă©loignĂ©es seulement d'une quarantaine de kilomĂštres de leur point de concentration. L'Ă©minence de Macquenoise est Ă cheval sur la frontiĂšre franco-belge, situĂ©e Ă 6 kilomĂštres de Saint-Michel Aisnej et Ă 300 mĂštres seulement du village belge de Macquenoise. Son altitude est Ă la cole 270, point culminant du dĂ©partement de l'Aisne, et Ă 271 et mĂŽme Ă 280 Ă sa partie orientale qui domine les sources de la Waguelle. Depuis le petit ruisseau de Bertignon qui se dĂ©verse dans l'Ă©tang de la Lobiette et prend sa source aux confins de la forĂȘt de Saint-Miehel-enThiĂ©rache, le sol s'Ă©lĂšve graduellement jusqu'Ă la frontiĂšre. La crĂȘte forme un plateau allongĂ© s'Ă©tendant sur 2 kilom. de l'est Ă l'ouest et sur 7 Ă 800 mĂštres de large. De lĂ©gĂšres aspĂ©ritĂ©s en ondulent la surface. Sur la partie française, de faibles retranchements ovoĂŻdaux sont tracĂ©s du nord-ouest au sud-est. Ces terrassements, appuyĂ©s "2 AnnĂ©e 13 â 2 â Ă d'autres inclinant au midi, divisent le terrain en portions inĂ©gales. On constate aisĂ©ment que ces travaux primitifs ne sont point des ouvrages gaulois ou romains, et ils diffĂšrent des travaux postĂ©rieurs en ce qu'ils sont moins profonds et moins compliquĂ©s. Nous pouvons aujourd'hui nous en rendre compte facilement sur les lieux mĂȘmes, car un dĂ©boisement outrancier a considĂ©rablement Ă©clairci la forĂȘt 1. Il y a quelques annĂ©es, on voyait encore des troncs d'arbres, alignĂ©s, pour ainsi dire, sur des espĂšces de levĂ©es de terre, restes d'enceintes que les peuplades suivantes remplacĂšrent par des pieux fichĂ©s en terre. Sur leurs vieilles souches, les chĂȘnes se rajeunirent plusieurs fois pendant plus de deux mille cinq cents ans. Des membres distinguĂ©s de la SociĂ©tĂ© archĂ©ologique de l'Aisne, parmi lesquels PIETTE et d'autres autoritĂ©s, ne s'accordĂšrent point sur le rĂ©sultat de leurs recherches, empĂȘchĂ©s qu'ils furent dans leurs observations par la forĂȘt Ă©paisse qui couvrait les lieux. A l'ouest, le gĂźte s'Ă©lendait jusqu'Ă YOise; lĂ , le sol est montueux. Des fossĂ©s et des retranchements, semblables Ă ceux du midi, y continuaient le cercle. Vers le nord, les travaux de dĂ©fense Ă©taient plus prononcĂ©s. On distingue encore, Ă peu de distance du village, sur la rive gauche de la riviĂšre, des ouvrages Ă peu prĂšs effacĂ©s qui offraient un asile en cas d'attaque et poliraient protĂ©ger les bandes campĂ©es au sommet de la colline. Celte distribution des lieux Ă©tait d'une importance capitale pour la rĂ©sistance ainsi favorisĂ©e par les accidents du terrain. Des fractions ou groupements Ă©taient Ă©chelonnĂ©s Ă des dislances variables, selon les assauts que l'on redoutait c'esl pourquoi certaines cohortes s'avançaient jusqu'Ă 5 et 6 kilom. du camp, et ce n'Ă©tait point les moins aventureuses et les moins persĂ©vĂ©rantes dans leurs luttes frĂ©quentes. 1 Sur le territoire de Macquenoise, le bois n'a pas Ă©tĂ© coupĂ©. â 3 â Il est toutefois un fait qui frappe l'archĂ©ologue et l'historien dans l'Ă©tude des lieux c'est qu'au midi, le gĂźte de Macquenoise n'ait eu que les ouvrages du Chamiteau comme avancĂ©e, Ă©cartĂ©s de 4 kil. 1/2 du camp. Les dĂ©fenseurs eurent-ils l'intention de se mĂ©nager une entrĂ©e de ce cĂŽtĂ© ? On serait presque tentĂ© de le croire. Le nord et l'ouest de ce camp de refuge paraissent leur avoir inspirĂ© plus d'inquiĂ©tudes, puisqu'on trouve en soutiens le lieu nommĂ© plus lard Four-Mathot, et plus loin les Wastennes, et Dodane ou Dodale ; lieux oĂč Th. BERNIER a rĂ©coltĂ© des armes ou ustensiles de cette Ă©poque. La cote 255 la M azurĂ© barrait la vallĂ©e, et des fossĂ©s protecteurs restent encore ouverts Ă l'est, cote 300, au Boutde-lĂ -Haut Seloignes, comme au sud-est Ă la Place d'Artoisecote11%. IL B. A suivre. F0LK-L0RE PHILOLOGIQUE Dans le numĂ©ro du 15 mars 1920 de la Revue Par-delĂ les Terrils, pĂ©riodique dTlistoire, de Folk-lore, d'Art et de LittĂ©rature, publiĂ©e Ă Binche, en Hainaut, nous posions, Ă la page 259, un certain nombre de questions dont voici les 3° et 4e 3e L'adjectif dangereux, employĂ© dans le mĂȘme sens en wallon, a aussi, dans le dialecte du Centre Binche, La LouviĂšre et de Charleroi, la signification de l'adverbe probablement sauf contre-temps imprĂ©vu. Exemple Dangereux, y s^ra ci dins eune heure. Comment expliquer cette dĂ©viation du sens primitif de cet adjectif ? â Ă â 4e Quelle serait l'origine philologique de l'adverbe wallon branmintou bramintbeaucoup? Nous croyons pouvoir rĂ©pondre Ă -ces deux questions. Sur ce qui concerne la 3°, nous avons reçu, dĂšs le mois de mai 19B0, cette communication d'un de nos amis J'ai Ă©tĂ© surpris de voir classer parmi ces adjectifs ce que je trouve mal rendu par le mot dangereux. Il faudrait l'orthographier autrement, mĂȘme en patois. J'ai toujours compris cette locution comme la prononciation patoise Ă©courtĂ©e de J'en jurerais. » Celte explication, plausible si l'on considĂšre que de nom breuses locutions patoises sont des corruptions de la langue française, ne donne cependant pas entiĂšre satisfaction. En. effet, je me demande, depuis quelques instants, si l'expression n'existe pas aussi, en français, avec la mĂȘme signification. C'est que je viens de l'entendre de la bouche du courrier des Mazures. M'Ă©tonnanl de le voir Ă pieds, chargĂ© de son sac postal, je lui'demandai si le chemin Ă©tait praticable aux voitures. Je devais, en effet, me rendre Ă SĂ©cheval dans l'aprĂšs-midi. Il me rĂ©pondit La route est trĂšs glissante; vous monterez difficilement; un camion automobile a dĂ©rapĂ© au tournant de l'ardoisiĂšre aprĂšs rupture de chaĂźne et il barre la route transversalement. Mais, grand danger que lesvoiluriersqui dĂźnent Ă l'auberge du Canal vont envoyer leurs chevaux pour le remettre en bonne direction. » Le sens est bien celui de mon correspondant J'en jurerais. Mais l'expression ne paraĂźt pas empruntĂ©e au patois wallon. L'Ardennais de la vallĂ©e de la Meuse emploie bien quelques mots de terroir, du vieux patois, du roman, mais il parle français, sans effort, car il pense en français. Un Wallon de Binche voulant exprimer sa pensĂ©e â 5 â paloise aurait bien fait cette trouvaille de dire grand danger », comme il dit un morceau de fleurs» pour un bouquet de fleurs, parce que, dans son patois, in bouquĂš d' viande signifie un morceau de viande. Mais l'inverse n'est pas vrai et, sauf affirmation contraire motivĂ©e, nous devons considĂ©rer cette expression comme autochtone. Notre question reste donc posĂ©e et nous serons reconnaissant Ă qui la rĂ©soudra. * Pour ce qui concerne la 4° question, un sĂ©jour prolongĂ© dans le Nord nous a permis de la rĂ©soudre. On y dit gramint avec la mĂȘme signification que bramint Ă Charleroi. Nous avons souvenir d'une chanson d'Auguste LABBE, du Caveau Lillois, Les Coqu'leuoe » chantĂ©e sur l'air du Broq'Iel Aussi, dans le pays Gramint m' donn'ronl raison quand f dis On rC trouv' point gramint d'Mieux, Parmi les coqu'leux. L'explication paraĂźt trĂšs simple Gramint n'est que la syncrase de grandement; on y retrouve la notion primitive d'Ă©tendue, de nombre. Bramint n'est qu'une corruption de gramint. Deville, le 30 dĂ©cembre 1923. D- ALFRED BASTIN, C'est la Gaxei?re! 1 III.â PROPOS DE GUERRE AU VILLAGE En sortant de l'Ă©glise, Madame retrouva ses anciennes connaissances et dit bonjour Ă tout le monde sur la rue ». Elle ne s'attarda pas longtemps, rentra, puis ĂŽta son chapeau; AndrĂ© l'avait dĂ©jĂ devancĂ©e. A sa grand'mĂšre il faisait lecture Ă haute voix des journaux de Paris qui annonçaient la catastrophe imminente. La vieille dame suivait tous ces Ă©vĂ©nements d'une oreille attentive. Les empereurs d'Autriche, de Russie et d'Allemagne mobilisaient leurs armĂ©es et les massaient Ă leurs frontiĂšres... Le malheur planait sur nous. La conversation, suspendue dans la matinĂ©e, reprit bientĂŽt sur la guerre. Grand'mĂšre et Madame ne partageaient point la maniĂšre de voir d'AndrĂ© qui continua ainsi Le meurtre de l'archiduc d'Autriche Ă Sera^ewo, en Rosnie, n'est qu'une occasion bĂȘte, le prĂ©texte qui en vaut un plus mauvais... Rien ne peut empĂȘcher l'inĂ©vitable... Quand les noirs lahus » montent des bois qui nous enferment tout Ă l'enlour, posant un cercle Ă©touffant sur celte petite vallĂ©e â AndrĂ© montrait la vallĂ©e de VAube Ă l'ouest et au sud-est â pouvons-nous empĂȘcher l'orage d'Ă©clater, la foudre et la grĂȘle de ravager les champs? Eh bien ! l'Europe Ă©touffe depuis quarante ans sous le militarisme forcenĂ© qui prend le Travail, l'Epargne, la Jeunesse, toutes les Forces vives des Nations... Dans quel but ?... Pour la Guerre. » Madame et la bonne vieille ne paraissaient point persuadĂ©es parles arguments d'AndrĂ©. Elles ne rĂ©pondirent rien. 1 Voir le n° 11 de la Revue, p. 162, t. I. Au dehors, la chaleur Ă©lait accablante en ces derniers jours de juillet. Les joueurs de boules avaient attendu, pour commencer leurs parties, que le soleil baissĂąt. Vers le soir, AndrĂ© les avait quittĂ©s pour venir prendre le frais sur le pas de la porte », auprĂšs de Madame et de sa grand'mĂšre. Tout Ă coup Achille reparut dans la rue. Il regagnait sa boutique 1 et de plus loin qu'il vit AndrĂ©, il lui cria â Il paraĂźt qu' tu nous menaces de la guerre, GalfĂ©rau?2. â Oh ! je n'ai ni la guerre ni la paix dans ma poche, rĂ©pliqua AndrĂ©. â Enfin, t'as jetĂ© une pierre dans la mare aux guernouilles » faut qu'tu m'expliques ton idĂ©e Ă c' l'heure, v'lĂ tout. â Mon idĂ©e, c'est qu'on ne peut pas flancher. Il y a trop longtemps qu'on nous menace de la poudre et de l'Ă©pĂ©e... Assez de discours... Il faut qu'on nous les montre Ă prĂ©sent. â C'est dans Y grand village qu'on raconte s' bĂ©tises-IĂ ? AndrĂ© hossait » la tĂȘte en toisant Achille de haut en bas, et sa grande barbe de saint Joseph montait et redescendait sur sa large carrure. Achille est un original, un politiquailleur, toujours Ă l'affĂ»t des nouvelles et des choses de Paris. Il est loin d'ĂȘtre bĂȘte et les gens de la capitale et des villes font volontiers la causette 1 La boutique du menuisier Achille Nott auprĂšs des ponts » est une jolie petite maison avec habitation dĂ©jĂ ancienne, qui se trouve sur la roule do Rumigny Ă Brunehamel. L'Aube dĂ©crit une lĂ©gĂšre, courbe autour de la cour et des arbres l'abritent du vent du - nord. On y monte par des marches en bois. La porte domine une partie du lit de la riviĂšre en amont. 2 GalfĂ©rau espĂšce d'espagnol. AlfĂ©rcr, porte-enseigne espagnol au xv° siĂšcle, et, en Italie, au xvm° siĂšcle. On Ă©crit aussi alfier ou alfiere. - 8 â avec lui; ils vont mĂȘme le relancer dans sa boutique de menuisier pour le faire endĂȘver » sur la politique elles idĂ©es d'Ă c't' heure » qu'il dit. â Moi, je me f... des discours, continue-t-il Mais j' dis que ce serait un crime d' mettre le monde Ă feu et Ă sang parce qu'on a tuĂ© un homme et une femme, quand ça serait core » des princes... On n'a qu'Ă punir l'assassin, et v' lĂ tout. â Sans doute, mais le meurtre de Serajewo n'est pas le seul motif de la guerre. â Ah ! oui, lAlsace et la Lorraine ! Mais ça pourrait nous coĂ»ter cher de vouloir leur z'y r'prendre. â On en parle pourtant, dit AndrĂ© d'un ton bref. â Gnal qu' des jeunes pour oser en parler... des jeunes qui n'ont pas vu 70 com'moi... Et puis, des Rois qui regardent les autres s' battre... d'loin. S'ils tiennent tant qu' ça Ă faire la guerre, Ă cause qu'on n'les met point terlous 2 dans un grand champ ous' qu'i s'battront tantqui voudront... Celui qui sera pĂ©ri Ă la fin, son peuple s'ra le vaincu... Ăa ne s'rait-i pas plus raisonnable que d' faire massacrer tant d' monde qui n'a rien Ă y gagner Ă la guerre... et tout Ă y perdre plutĂŽt... Cas' passait com' ça dans les anciens temps, Ă c' que j' me suis laissĂ© dire Ă l'Ă©cole. â Votre idĂ©e est gĂ©niale, Achille. Il ne s'agit plus que de la faire adopter par les souverains. â Les souverains, c'est des criminels s'ils dĂ©cidenl la guerre, s'exclame le vieux de plus en plus indignĂ©. D'abord, Ă cause qu'on ne s'entend point partout pour leur casser la figure Ă tertous » avant? Un pareil crime contre l'HumanitĂ©!... â La guerre Ă©tait dans l'air, comme une Ă©pidĂ©mie, rĂ©plique AndrĂ©... Ce n'est qu'un abcĂšs qui crĂšve Ă son heure. 1 Gna pour il n'y a. 2 Tertous, tous. - 9 â â Mais fallait-il qu'ils en soyent » 1 les mĂ©decins, alors les rois?... Ne fallait-il pas qu'ils empĂȘchent l'abcĂšs de pousser, puisqu'ils sont les MaĂźtres? â Est-ce que vous croyez que les mĂ©decins sont les maĂźtres de la maladie? Elle est Ă l'Ă©tat latent dans les ĂȘtres; elle se dĂ©veloppe, se dĂ©clare... Nous la regardons Ă©voluer vers la guĂ©rison ou vers la mort. Un point, c'est tout... â Alors, Ă quoi qu'ils servent les mĂ©decins? reprend Achille goguenard. â Us aident le nralade Ă patienter. â J' suis bien de ton avis, va, je n' m'en suis jamais servi d'les pareils, je me soigne parles plantes...tout seul. E' j' suis simple, j' me soigne par les simples, aoui!... Mais, tu n' seras jamais qu'un mĂ©decin d' conterbande » 2 avec ces idĂ©es- - lĂ ... Si lu veux, on s'associera nous deux, c'est moi qui fera les complets » de chĂȘne ou de sapin Ă tous les clients que tu tueras... Ăa va-t'y?... Tope lĂ !... VlĂ ma fortune faite ! Et il lend sa large main en riant. A suivre. Reproduction interdiie. CommuniquĂ© par le Dr GILLES. 1 Soyent pour soient. 2 Un mĂ©decin de contrebande » autrement dit d'occasion a. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE III SĂȘvigny Ă travers les Ăąges 4. IV. â Les autres Ă©carts de la commune. Au xvi° siĂšcle, le chemin de MĂ©zicres â plus lard la rue de Faux-prĂ©sâ Ă©tait bordĂ©, vers l'orĂ©e de la forĂȘt des PothĂ©es, de vastes Ă©claircies créées par l'essartage. Cetle zone, en grande partie marĂ©cageuse, en bordure du ruisseau, semĂ©e de cĂ©pĂ©es, de buissons, de vieux chĂȘnes, hĂ©rissĂ©e d'innombrables roches, s'appelait les Faux-prez. Le nom est demeurĂ© Ă cette partie du terroir, Ă la rue et au hameau. La tradition rapporte que la rue de Faux-prĂ©s Ă©tait autrefois la plus peuplĂ©e du village; qu'on y comptait quatorze maisons... Autrefois, mais quand? II serait difficile de le prĂ©ciser. Les nombreuses habitations dont on a retrouvĂ© les vestiges le long de la rue sauf vers le haut n'ont pas existĂ© 1 Deux phrases relatives Ă l'Ă©tymologie do SĂ©vigny-la-ForĂȘt, insĂ©rĂ©es dans noire livraison de janvier 1924 p. 166-167, doivent ĂȘtre rĂ©tablies ainsi Notre premier gĂ©ographe ardennais, Jean Hubert, a signalĂ© la forme Semgneyum in boseo, qui n'est confirmĂ©e par aucun document. Elle ne se trouve pas non plus dans la charte de Signy-le-Petit de 1214 ni dans celle de 1204 qui n'existe pas. Quant Ă la forme Sevignetjum, tout court, mentionnĂ©e dans le Cartulaire de l'abbaye de Signy [p. 530, en 1272, elle s'applique, suivant la remarque qui nous en a Ă©tĂ© faite, autrefois, par M. Paul LAURENT, alors archiviste des Ardennes, Ă SĂ©vigny-Waleppe, et non Ă SĂ©vigny-la-ForĂȘt, puisque ce Sevigneyum y est situĂ© apud abbatiam Vallis RĂ©gis, c'est Ă dire auprĂšs de l'abbaye de La Val-Roy, voisine de SĂ©vigny-Waleppe. » â11 â simultanĂ©ment; les unes furent antĂ©rieures, les autres postĂ©rieures Ă la bataille de Rocroi. Vers 1780, Faux-prĂ©s comptait encore sept maisons, habitĂ©es du sud au nord par les familles Pierre et Quentin Manget, Pierre Pernelet, Nicolas Chapellier, Philippe SommĂ©, ChrĂ©tien CarrĂ©, Noizet, puis Mathieu Viot, Jean Hubert SommĂ©, Pierre Lebas-Avelot. La CensĂ© Corbineau Ă©tant devenue la CensĂ© SommĂ©, la dĂ©nomination primitive s'en est reportĂ©e Ă SĂ©vigny sur deux maisons de construction plus rĂ©cente sises plus bas, le long du chemin de Rocroi. Les premiĂšres habitations du hameau actuel de RougeFonlaine furent construites quelques annĂ©es aprĂšs la bataille de Rocroi par les familles Le Roy et Lequeux. Les Lubin s'y installĂšrent au commencement du siĂšcle suivant; puis les Dupont, les Madoulet, les Ponsart, les Alliba, etc. Les deux maisons forestiĂšres du Rond-Point et de la Tranche-Gallois, sur la roule de Mauberl, ont Ă©tĂ© bĂąties en 4887. La seconde fut incendiĂ©e en 190G. V. â Le Bien et sa valeur. Autrefois, la presque totalitĂ© du terroir dĂ© SĂ©vigny ne se composait que de landes rocheuses, incultes, que l'on essartait de temps Ă autre, qu'on ne labourait jamais. Chacun cultivait seulement, auprĂšs de sa maison, les quelques verges nĂ©cessaires Ă l'ensemencement du lin, du chanvre et de quelques lĂ©gumes. Les bestiaux conduits au pĂąturage 1, autant que faire se pouvait, ne donnaient presque pas de fumier, et le seigle, l'avoine, le sarrazin, Ă©taient produits exclusivement par les saris. Les clos attenant aux maisons Ă©taient seuls 1 On les menait dans les bois et sur les riĂšzes au printemps, et dans les prĂ©s abandonnĂ©s en vaine pĂąture, aprĂšs la fenaison. Une dĂ©libĂ©ration du Conseil municipal de SĂ©vigny, en date du 27 juillet 1792, interdit de laisser pĂąturer les bestiaux avant le 15 aoĂ»t. L'usage de la vaine pĂąture disparut vers 1850. â 12 â bordĂ©s de haies vives, en frĂȘne et plane 1 gĂ©nĂ©ralement. La premiĂšre moitiĂ© du xix" siĂšcle fut une Ă©poque d'engouement pour la plantation des haies Ă©pine et charme ; et les 9/10 des haies de la ForĂȘt datent de cette Ă©poque. De nos jours, on les supprime plutĂŽt. A SĂ©vigny, le bien n'eut jamais grande valeur. A la suite de la bataille de Rocroi, quand les Forestiers eurent en partie abandonnĂ© le village, la valeur des immeubles terres, prĂ©s el pĂąturages tomba,Ă SĂ©vigny, Ă un cours dĂ©risoire, dont il fut cinquante ans Ă se relever, au point qu'en 1684, nous voyons Pierre Lubain, marchanda SĂ©vigny », acheter pour la somme de 96 livres, 7 arpents de prĂ©s et jardins dĂ©pendant de lasuccession de -BarthĂ©lĂ©my Le Lorrain 2. En 1694, nous voyons encore Ă©changer plus d'un arpent de prĂ©, sis au beau milieu du village, contre une gĂ©nisse 3. 1 L'arbre que, sur le plateau, on dĂ©signe sous le nom de plane est l'Ă©rable obier. â L'Ă©rable commun existe dans le sud de la ForĂȘt des PothĂ©cs. 2 BarthĂ©lĂ©my Le Lorrain, seigneur en partie du Tremblois, avait Ă©tabli sa lĂ©gataire universelle AngĂŽle Le Lorrain probablement sa fille aĂźnĂ©e qui avait Ă©pousĂ© le sieur do LĂ©ry. Sa niĂšce Louise Le Lorrain Ă©tait mariĂ©e avec François de Paillart de Grandviller, chef d'une autre famille seigneuriale du Tremblois, dont M. de Finfe de S' Pierremont a Ă©tabli la gĂ©nĂ©alogie. J'ignore les origines de propriĂ©tĂ© des immeubles que les familles alliĂ©es Le Lorrain et Le Poulain possĂ©daient Ă SĂ©vigny vers le bas de la Grand'Rue, Ă la queue de l'Etang, au Marais Granjan, etc.; et dont le souvenir s'est perpĂ©tuĂ© jusqu'Ă nous dans les lieudits le Marais du Lorrain et le Marais du Poulain. 3 L'acte datĂ© du 11 aoĂ»t 1694 porte textuellement que Jean SommĂ©, manouvrier demeurant Ă SĂ©vigny-la-Forest, et Gobine Thomas sa femme de lui suffisamment licenciĂ©e et authorisĂ©e dudit SommĂ© son maris, d'une part, et Marguerite ThĂ© venin veuve de dĂ©funt Anthoine VĂ©niel, demeurant aussi Ă SĂ©vigny-la-Forest, d'autre part, Recognoissent avoir ict et par les prĂ©sentes font les esclianges suivantes. â Ledit Jean SommĂ© a donnĂ© a Eschanges Ă ladite Marguerite ThĂ©venin prĂ©sente et acceptant cent neuf verges â 13 â A la fin du xvm° siĂšcle, les 7/10 environ du terroir Ă©taient encore Ă l'Ă©tat de RiĂ©zals, de landes, oĂč jamais le soc de la charrue n'avait tracĂ© de sillons. Jacques LUBIN 1732-1801 nous a laissĂ© un Etat de ses biens 1, d'oĂč il appert que sur 20 arpents de terrain qu'il possĂ©dait, il y en avait Ă peine 6 en terres et prĂ©s. Philippe CHAPELLIER 1746-1814 est le premier qui ail fauchĂ© du regain Ă la ForĂȘt, au lieudit le Clos La Coq, Ă la fontaine aux Cerfs, vers 1810. En 1750, le bien valait Ă SĂ©vigny de 8 Ă 10 francs l'arpent. En 1807, d'aprĂšs l'estimation des biens faite par le Conseil municipal, l'arpent valait jardin, 35f,95; bien de 'Ir 0 classe 17f,90; de 2° classe, 10f,30; de 3* classe, 7f,70. Cette estimation Ă©tait Ă©videmment trop faible. De nos jours, le bien vaut en moyenne 6 et 8 francs la verge. Il s'en est vendu 15 francs, 18 francs et plus. Le prix le plus Ă©levĂ© Ă SĂ©vigny a Ă©tĂ© atteint lors de la vente des immeubles Lubin-SommĂ©, en 1886. M. Goury-Manleau s'y rendit acquĂ©reur de 80 verges de clos pour 4600 francs, soit 57 francs la verge ; avec, en plus, une masure de 200 francs. PAULIN LEBAS. A suivre. de prez seize et situĂ©e au dit laforest en lieudit la ruelle Courzegros Royant Ă la Fabrique de l'Eglise de la forest, et d'autre Ă Gillette Verget... et pour et contre eschange de ce, ladite Marguerite ThĂ©venin a donnĂ©e a Eschange audit. Jean SommĂ© prĂ©sent et acceptant une aumaille aagĂ©e de dix-huyet mois... pardevant Nicolas Frougnut, notaire de la sĂ©nĂ©chaussĂ©e de Reims, terre et baronnie des PotĂ©s demeurant Ă Ghillye. Le prĂŽsant Ă©change est fait sans soulte. » D'aprĂšs les actes originaux qu'ont bien voulu me communiquer MM. Franquet-SommĂ© et Gaston Franquet.' Le prĂ© ici Ă©changĂ© est aujoui'd'hui le Clos de la maison brĂ»lĂ©e J. SommĂ©, en haut de la rue de Faux-prĂ©s, et sur la partie du chemin du Bourg qu'on appelait alors ruelle Courgegros, jusqu'Ă la bifurcation du chemin de Rocroi. â L'arpent du plateau de Rocroi est de 42 ares 91; la verge par consĂ©quent est de 42 m. carrĂ©s 91. 1 CommuniquĂ© par Renaud-SommĂ©. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 ISTo-fces Se Souvenii's Suite. Juin-AoĂ»t 1916. â En raison de la fenaison, par ordre de la Kommandanlur de Rimogne, le travail du dimanche est ordonnĂ©. De 7 heures du matin Ă 7 heures du soir, obligation pour tous, hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles, de 17 Ă 60 ans, de travailler tous les jours et par tous les temps. Les pair oui llards sont responsables. â On appelle de ce nom les vieux soldats boches qui, en gĂ©nĂ©ral, au nombre de deux ou trois, sont chargĂ©s de la surveillance de chaque commune.âJe suis donc forcĂ© de dire la messe du dimanche le matin Ă 5 heures 1/2, et lous les fidĂšles y viennent, mĂȘme des censĂ©s les plus Ă©loignĂ©es le soir, Ă 7 heures 1/2, il y a salut et exposition du Saint-Sacrement. AprĂšs quelques dimanches ainsi pĂ©niblement passĂ©s, je cĂ©lĂ©brai une premiĂšre messe basse tout au matin avec communion gĂ©nĂ©rale, et une seconde messe, Ă 10 heures, chantĂ©e quand c'Ă©tait possible, avec les femmes et les enfants. Un peu plus tard, au commencement du mois d'aoĂ»t, j'ai pu de nouveau chanter les vĂȘpres; mais que d'ennuis et de difficultĂ©s ! Les gendarmes sont chaque jour dans le pays et ne manquent jamais, le dimanche, de faire leur tournĂ©e dans les maisons el les champs pour surveiller les patrouillards qui deviennent fĂ©roces, tant ils craignent la prison el surtout d'ĂȘtre renvoyĂ©s au front. Que de faits je pourrais citer avec les noms propres, que d'amendes infligĂ©es, mais il y en a trop... 7 Septembre 1916. â Je relisais aujourd'hui, veille de la NativitĂ©, fĂȘte solennelle de ma paroisse, une page de Mgr Pie, ce Voyant qui, avant la guerre de 1870, dans sa lettre de â 15 â 1869 sur le Concile oecumĂ©nique qui devait s'ouvrir au Vatican l'annĂ©e suivante, annonçait en prophĂšte les Ă©vĂ©nements qui allaient Ă©pouvanter le monde. Qu'aurait-il dit Ă la veille de 1914? Celte page est toute d'actualitĂ©, et je l'ai consignĂ©e dansĂ©es brĂšves notes prises au jour le jour, quand j'en ai le temps et le courage Le monde moderne assemble des armĂ©es effroyables, et ' telles qu'on n'en avait pas vu depuis les barbares qui se ruĂšrent sur le inonde romain. Il nomme cela la civilisation, parfois mĂȘme la libertĂ© ce n'est que le signe de sa faiblesse et la marque de sa servitude; en tous cas, c'est son rĂ©gime, et, de son aveu, sa nĂ©cessitĂ©, Quoi que ces peuples armĂ©s puissent faire, sous le congĂ© de Dieu, dans l'ordre extĂ©rieur ou politique, ces amas de forces brutales sont pour faire pitiĂ© aux chrĂ©tiens. Il n'y a pas de force hors de Dieu; Dieu n'est pas hors de son Christ; le Christ n'est pas hors de l'Eglise. L'armĂ©e vraiment puissante et qui remporte les vraies victoires, c'est celle qui divinement libre, convoquĂ©e par le seul amour, n'ayant pour arme que sa foi, ne combattant jamais que l'erreur et le mal, va s'assembler d'un bout de l'univers Ă l'autre, au jour dĂ©signĂ© par son chef, lequel est d'abord son pĂšre. Elle est tout assemblĂ©e dĂ©jĂ en rĂ©alitĂ©, elle l'est toujours; car sa vie, sa constitution, son essence, c'est d'ĂȘtre assemblĂ©e. Son nom d'Ă©glise dit assez qu'elle est une union subsistante l'union des hommes avec Dieu par le Christ dans l'unitĂ© du Saint-Esprit. » 1 8 Septembre 1916. â Nous avons pu ce matin, Ă 6 heures, chanter la messe de la NativitĂ©, fĂȘte de la paroisse. Nombreuse assistance avec plus de 50 communions. J'ai com1 com1 la veille de la reprise du Concile oecumĂ©nique du Vatican, interrompu par la guerre de 1870, reprise voulue parle Souverain Pontife Pie XI pour l'annĂ©e prochaine, les paroles de l'illustre Ă©vĂȘque de Poitiers peuvent ĂȘtre rappelĂ©es et mĂ©ditĂ©es. â 16 â mente, de l'autel, lesgraves paroles de Mgr Pie rapportĂ©es plus haut, exhortant les fidĂšles Ă l'esprit de foi, Ă la patience et rĂ©signation, et surtout Ă la confiance, en leur rappelant la protection visible de la Providence sur la paroisse dont Marie est la reine et la protectrice; leur citant les marques si nombreuses qui nous en avaient Ă©tĂ© donnĂ©es depuis le dĂ©but de la guerre et en particulier le 8 septembre 1914, jour oĂč notre Ă©glise avait Ă©tĂ© prĂ©servĂ©e de la profanation dont j'ai parlĂ© 1. Le soir, Ă 7 heures 1/2, salut solennel et priĂšres publiques qui se font, depuis deux ans, tous les soirs vers 8 heures, aprĂšs le travail forcĂ©. Lundi 11 Septembre. â Hier dimanche, en raison de ces travaux forcĂ©s auxquels nos ennemis condamnent les populations envahies, pas de fĂȘle patronale pour la NativitĂ©. Messes basses Ă 6 heures et Ă 10 heures 1/2. Salut le soir Ă 8 heures. Samedi dernier, ma niĂšce rencontrĂ©e par les gendarmes au Cheval-Blanc, Ă moins de 200 mĂštres de la commune, a eu un procĂšs parce qu'elle n'avait pas de laissez-passer. ConvoquĂ©e pour le lundi matin Ă la Kommandantur de Rocroi, elle a Ă©tĂ© renvoyĂ©e Ă demain mardi, le Kommandant Ă©tant malade pour avoir trop fait la noce la veille, ce qui lui arrive plusieurs fois par semaine 2. MEMOR. A suivre 1 Voir Reeue historique du plateau de Roeroi, n° 4, page 61 et suivantes. ,2 de prison, aprĂšs avoir fait trois ou quatre voyages Ă Rocroi, ma niĂšce s'en est tirĂ©e au bout d'un mois avec 5 marks d'amende. Le GĂ©rant ; H. BERNARD. CHRONIQUE PROVINCIALE Maisons blanches. Dans quelques jours nous serons trĂšs occupĂ©s par ici. Le printemps et la liturgie se rencontrent. Les maisons comme les coeurs sont appelĂ©s Ă bĂ©nĂ©ficier de la clartĂ©, de l'allĂ©gresse et de l'ordonnance pascales. On ouvre au soleil comme on ouvrirait Ă quelque grand personnage en faisant en sorte que tout soit digne de lui et rĂ©ponde Ă sa lumiĂšre. C'est beaucoup d'ouvrage pour les mĂ©nagĂšres. On lessive jusqu'aux carrelages de briques. Les rideaux des fenĂȘtres sont changĂ©s une fois les vitres nettes, vives, avec des reflets d'arcen-ciel. Et sur le bord des croisĂ©es on met des potĂ©es de saison. On astique les meubles, on bat les tapis, on sort les matelas. C'est le renouveau. C'est le changement d'air et le changement de mine. C'est le nettoyage annuel, complet, prosaĂŻque et lassant,, mais qui fera la maison plus chĂšre, .harmonieuse et limpide. Cerisier mouchetĂ©, noyer verni, chĂȘne cirĂ© ĂŽ beaux meubles ! Astiquage ĂŽ noblesse 1 Maisons de soleil, maisons . de charme, maisons de fleurs ĂŽ province ! Ces maisons seront blanches. La tradition le veut encore. On les reblanchira pour qu'elles aient la couleur du perceneige, la couleur du nuage lĂ©ger qui passe, ni menaçant ni chargĂ©, trop floconneux pour faire de l'ombre. On les reblanchira parce que PĂąques approche, que ses carillons auront dĂšs sons de baptĂȘme et parce qu'en la fĂȘte de la RĂ©surrection chacun aura l'impression de tourner une page blanche du livre de sa vie. Dans les pays toujours chrĂ©tiens oĂč la foi coule d'un jaillissement toujours Ă©gal, c'est bien plus en l'honneur de PĂąques qu'en l'honneur du printemps que les maisons se font belles. On les veut coquettes, revues et corrigĂ©es, par souci de la concordance. On les veut rafraĂźchies en mĂȘme temps que le seront les Ăąmes et leur renaissance emprunte Ă son tour Ă la vertu des sacrements. PĂąques est une fĂȘte printaniĂšre, tant mieux ! Mais c'est surtout la fĂȘte de la Croix. Et les maisons trop pauvres ou dont c'estla coutume de ne passer au blanc que le cadre de l'entrĂ©e, 2* AnnĂ©e 14 â Importeront la croix au-dessus de la porte comme celles des temps mosaĂŻques Ă©taient marquĂ©es du sang de l'agneau. * » * Sans doute, pour parler de ces maisons blanches, il convient d'adopter un lyrisme tempĂ©rĂ©. D'aucuns penseront mĂȘme qu'il n'y a pas matiĂšre au moindre lyrisme dans le fait que des mĂ©nagĂšres rajeunissent leur logis Ă l'Ă©poque oĂč le soleil indiscret se chargerait d'en rĂ©vĂ©ler les coins nĂ©gligĂ©s. On nettoie âą sa maison comme on la blanchit, pour n'avoir pas Ă en rougir. C'est affaire d'amour-propre. Ce n'est pas affaire de foi, dira-t-on. Il se trouve que cela coĂŻncide avec l'Ă©quinoxe de printemps qui fixe lui-mĂȘme la date de PĂąques, mais on ne fourbit pas les carreaux ni les aciers ni les cuivres par inspiration religieuse. Pour l'entreprendre, d'ailleurs, au cours de l'annĂ©e, on n'attend pas les Ă©quinoxes qui ne sont pas si nombreux. Il apparaĂźt donc aventureux de voir un tĂ©moignage de foi lĂ oĂč il n'y a que diligence et soins naturels, lĂ oĂč il n'y a qu'opportunitĂ© pour inciter les gens de goĂ»t Ă ravaler leur maison une fois de plus quand les beaux jours reluisent, c'est-Ă -dire entre le Gloria laus et le IĂŻegina coeli. Soit, mĂ©nageons notre lyrisme. Mais il faut bien voir les choses comme elles sont et les dire. L'habitude est printaniĂšre d'embellir son chez soi au moment des jacinthes, mais elle reste avant tout chrĂ©tienne, en beaucoup de provinces, de la vouloir en ordre au moment qu'on y remplace le buis bĂ©nit, qu'on y rapporte l'eau bĂ©nite et qu'on s'y prĂ©pare Ă y rentrer soi-mĂȘme un beau matin, le matin de PĂąques, avec la bĂ©nĂ©diction de Dieu. J'ai connu plus d'une paroisse oĂč la course au brillant avait ce caractĂšre. J'en connais encore oĂč le sentiment dĂ©s convenances pascales pousse les habitants d'une mĂȘme rue, quand on y connaĂźt quelque malade Ă©loignĂ© des autels et qui communiera chez lui, Ă faire les maisons plus blanches que jamais pour le jour oĂč l'Hostie lui sera portĂ©e. Cet amour de l'harmonie entre les Ăąmes et le dĂ©cor extĂ©rieur, entre les habitudes pieuses et les habitudes domestiques, eĂ»t mĂ©ritĂ© d'ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© mieux qu'il ne l'a Ă©tĂ©. Mais, depuis longtemps, les porteurs de lyre, les porteurs de plume ont les yeux ailleurs et ne comprennent plus rien aux maisons blanches. Ils â 19 â ont mĂȘme fait ce qu'ils ont pu pour que cette blancheur ne soit plus symbolique et pour qu'Ă l'intĂ©rieur de la maison française fleurisse moins d'innocence. Ils ont bien aidĂ© au diable qui les a bien aidĂ©s. â Vous l'avez vu ? â Qui ça? â Le diable. Cette question ! On parle du diable aux petits enfants du catĂ©chisme, voyons ! On n'en parle pas aux grandes personnes. â Alors, vous ne l'avez pas vu? â Bien sĂ»r que non I C'est qu'il est plus difficile Ă saisir dans ses apparences que dans ses oeuvres et dans ses pompes. Mais celles-ci sont cataloguĂ©es et sa maniĂšre est connue. Appliquez-vous Ă dĂ©couvrir ses interventions dans le monde comme vous recherchez les causes voilĂ©es de phĂ©nomĂšnes divers. Vous vous apercevrez vite que le diable ne cesse de travailler autour de nous, qu'il travaille comme un forçat, car il est le forçat du mal. Il est entendu que les portes de l'enfer ne prĂ©vaudront jamais contre l'Eglise. Mais cela, c'est la vue d'ensemble. Le diable est parfaitement capable d'obtenir des avantages partiels, de remporter des victoires sur les individus, sur une sociĂ©tĂ©, de renverser tout un pan de civilisation chrĂ©tienne et d'ensevelir sous ses dĂ©combres un peuple d'Ăąmes. Quand les poĂštes s'en mĂȘlent, et les artistes, et les roman^ ciers, et les psychologues, cela va plus vite. Quand il a l'appui des lois cela va plus vite encore. Notre code renferme des lois d'inspiration satanique. Mais c'est l'art contemporain et l'art d'Ă©crire surtout qui se sont appliquĂ©s le plus efficacement Ă propager ses mots d'ordre. La plupart des Ă©crivains de ce temps sont des bolchevistes avant la lettre. Bien avant que les Soviets aient osĂ© s'attaquer Ă la propriĂ©tĂ© fonciĂšre ils ont commencĂ© de nier le droit des coeurs sur les coeurs. Ils ont donnĂ© Ă entendre que l'homme n'appar-^ tenait ni aux siens, nia son nom, ni Ă la dignitĂ© ancestrale; que la femme n'appartenait pas Ă sa lignĂ©e, ascendante ou nĂ©e d'elle ; que l'un comme l'autre ne dĂ©pendaient que de leurs sens et de leurs passions. Ils ont montrĂ© que le mari n'Ă©tait pas Ă â 20 - l'Ă©pouse ni l'Ă©pouse au mari et qu'ils ne se devaient pas, tous les deux ensemble et tout entiers, Ă leur foyer, Ă leurs enfants. Ils ont dĂ©truit la famille, ils ont dĂ©moli la maison. Car la maison, la maison blanĂ©he, c'est autre chose encore, vous le savez bien, que des murs badigeonnĂ©s ou passĂ©s au lait de chaux. C'est autre chose qu'une fenĂȘtre Ă rideaux de guipure ou Ă rideaux de cretonne, fleurie d'un pot de cyclamens. La maison, c'est la famille, celle d'hier, celle d'aujourd'hui, celle de demain; ce sont des gĂ©nĂ©rations qui se succĂšdent dans un mĂȘme effort; c'est l'honneur du nom continuĂ©. La maison ! Quelle signification ce terme avait pris au sens romain ! Au sens français aussi ! Nous avons eu des maisons qui valaient celles des Scipions, mĂȘme sans le retentissement du titre noble. Rappelez-vous la parole superbe de ce paysan de la Terre qui meurt, accolant les longs services de sa famille Ă ceux de la maison voisine On Ă©tait marquis d'un cĂŽtĂ©, Lumineau de l'autre ! » Combien comptons-nous dĂ©sormais de maisons blanches? Un trĂšs grand nombre. Dieu merci ! ni la politique, ni les esprits malins n'ont encore rĂ©ussi Ă dĂ©molir toutes les belles familles toutes les maisons blanches. Mais il est temps d'y prendre garde. Si nous dĂ©testons ces mauvais Ă©crivains qui sont lĂ©gion et quiont tant d'audace, c'est parce que nous sommes tĂ©moin des ruines qu'ils accumulent. On se plaint que la province fasse de mauvaise politique. Mais, le plus souvent, la mauvaise politique naĂźt de l'incroyance, qui naĂźt des mauvaises moeurs, qui naissent des mauvais enseignements ou des mauvais exemples, qui naissent des mauvais livres. L'Ă©ducation du français, aujourd'hui, est aux trois quarts livresque. L'Ă©mancipation de la pensĂ©e, Ă©mancipation Ă rebours, vis-Ă -vis du dogme religieux, du dogme patriotique, du dogme social, lesquels comportent respectivement leur part de sacrifices, vient de ce que cette pensĂ©e se soumet sans appel Ă la thĂ©orie du jjlaisir et de la moindre peine, exposĂ©e, prĂŽnĂ©e, recommandĂ©e par ceux qui pour leur compte se recommandent de l'art et de la littĂ©rature. Nos chansonniers de Montmartre et les poĂštes funambulesques ont fait une grande consommation de clair de lune, une â 21 â consommation exagĂ©rĂ©e. On n'ose presque plus en parler aprĂšs eux, de peur de passer pour un Pierrot. Cependant, c'est bien joli un clair de lune, quand il 'baigne une citĂ© blanche, une paroisse catholique, comme celui qui baignait la nĂŽtre depuis quelques soirs. Quelle chose plus douce Ă percevoir que cette douceur fluide, oĂč la pĂąleur des maisons semble couler avec la lumiĂšre de la colline Ă la vallĂ©e? Quelle chose-plus douce? Ceci Dans ces maisons blanches, il y a beaucoup d'enfants, fruits de saines amours. Dans ces maisons blanches, on n'a pas peur de la vie. On y accepte Ă l'avance ce qu'elle rĂ©serve de peine, de rire et de labeur. Dans ces maisons blanches, il y a des Ăąmes blanches. Tandis que l'heure coule, et le silence, et la clartĂ© molle, il y a des Ăąmes en priĂšre, comme sainte GeneviĂšve veillant sur Paris. Il y a des dĂ©vouements sans bornes, qui mĂ©ritent mieux que le et des discours d'acadĂ©miciens; des abnĂ©gations fĂ©minines, des fidĂ©litĂ©s touchantes, plus belles que celles d'Antigone ou de la CordĂ©lia du roi LĂ©ar, qui ne sont que lĂ©gendaires. Dans ces maisons, il y a la foi, un Ă©cho de mandement de CarĂȘme, des souvenirs d'Evangile, l'avantgoĂ»t des joies eucharistiques prochaines. Dans ces maisons, il y a l'espoir de la race et l'espĂ©rance du ciel. A deux pas de l'Ă©glise, inondĂ©e de lune, elle aussi, et en attendant de recommencer Ă travailler demain pour soi et pour les autres, il y a des chrĂ©tiens endormis dans la paix du Seigneur. » LA CHESNAIE. Notes historiques sur le plateau de Rocroi RUPES RUPEREM Epoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre. Suite Le gĂźte de Rumigny-Aouste. Dominant Y Aube qui vient d'Ăouste et le Ru d'Estrebay sur la rive droite, l'enceinte des Esterbiseuoe 1 fut utilisĂ©e par les premiĂšres invasions, et nous en avons dĂ©jĂ parlĂ©. Les hordes paraissent avoir approchĂ© cette enceinte par le nordouest, parce que, en remontant Ja riviĂšre, -le terrain offre moins de bouleversements. Les bandes errantes profitĂšrent de la colline de YHopita et se la rĂ©servĂšrent pour exercer leur influence sur le pays et tous ses alentours. Les traces de vallonnements, espacĂ©es d'environ 100 pas, qu'on [aperçoit encore sur la pente de l'ouest Ă l'est, sont les vestiges d'ouvrages protecteurs. LĂ , les tribus ne se contentĂšrent pas de vivre pour la lutte et la rapine, elles y Ă©levĂšrent une sĂ©pulture dont les dĂ©bris ne passĂšrent point inaperçus. Des blocs dressĂ©s composaient les parois; et, pour maintenir l'Ă©cartement de cette espĂšce de muraille primitive, en guise de pierres tombales, elles roulaient de larges dalles sur l'excavation. Cet asile funĂ©raire, elles le recouvrirent de terre de maniĂšre Ă former un tertre et y 1 On dit aussi les Esterbiers, lieudit situĂ© Ă l'une des extrĂ©mitĂ©s des communes de Rumigny et d'Aouste, â 23 â placĂšrent les corps de leurs guerriers et ceux de leur famille. Cet endroit leur servit aussi de lieu de sacrifices. C'est ^Ă qu'on les dĂ©couvrit en 1854 et 1856, et Edouard PIETTE a passĂ© trente ans de son existence Ă rassembler les prĂ©cieux dĂ©bris de cette Ă©poque disparue. En fortifiant ce lieu, les bandes lui conservĂšrent sa destination primitive, c'est-Ă -dire qu'elles en firent un camp ou plutĂŽt un lieu de refuge ; car elles dissĂ©minĂšrent tout Ă l'enlour leurs postes d'avant-gardes ou de soutiens. Au midi, les riviĂšres leur Ă©pargnaient des surprises ; mais rien ne les empĂȘchait de lutter contre les tribus qui se trouvaient sur l'autre bord. Toutefois, Ă la longue, ces barbares, d'une origine commune, finirent par s'accorder et la riviĂšre ne fut plus pour eux une barriĂšre. Ensemble ces hordes Ă©levĂšrent de nouveaux travaux de dĂ©fense, puisqu'au midi les ouvrages des Hautes BruyĂšres, de la Croix d'Aouste et de la Reupetle sont de la mĂȘme Ă©poque et se ressemblent en tous points. Ă l'est, Ton Voye hauteurs du Bois d'Estrebay cote 288 fermaient les vallĂ©es du Ru et de Y Aube. Au nord, les tribus primitives ne se protĂ©gĂšrent que par de faibles retranchements sur la cĂŽte de Champlin c. 269 et sur le Carbonnel ; c. 257. L'intervalle compris aujourd'hui entre les villages d'Hannapes et de Bossus-lĂšs-Rumigny, fut laissĂ© Ă peu prĂšs sans dĂ©fenses, probablement pour donner accĂšs Ă la vallĂ©e qui descend vers le nord-ouest. H. B. A suivre. C'est let C3-\zerx»e ! 1914-1918 III. â PROPOS DE GUERRE AU VILLAGE Achille Nott continua, toujours gouailleur â Farceur, va! On n'peut pas causer raisonnablement avec lui, » fait-il du cĂŽtĂ© des dames qui paraissaient s'amuser de la discussion. Grand'mĂšre ne donnera pas tort Ă AndrĂ©, mais vous, madame, qu' ĂȘtes une personne d'intelligence comme lui, et plus sensĂ©e, sans vous flatter... Une supposition que vous soyiez » 1 la reine d'un de ces rois-lĂ ... » â Trop d'honneur, Achille, fait madame avec une rĂ©vĂ©rence comique. â C'est-yque vous n' diriez pas Ă vot' roi Tu n' vas tout de mĂȘme pas faire massacrer... » Ăa s' tuteye-li 2, ces gens-lĂ ?... â Je ne frĂ©quente pas les cours. â Moi, je m' suppose qu'une fois qu'ils ont dĂ©fait leur manteau de pourpre et posĂ© leur couronne d'or sur la cheminĂ©e pour se coucher, la tĂȘte su l'traversin, ça n'est pas des tyrans, des tigres altĂ©rĂ©s de sang... La guerre, ça serait une tuerie de tout l'univers... vous comprenez... â Oui, ce serait terrible, je le crois aussi, a dit madame d'une voix triste. Achille s'approche d'AndrĂ© qu'il ne voit point convaincu et lui assĂšne un grand coup de coude. Ce dernier riposte en le prenant au collet. Ah mais ! quand je vous disais que c'est une Ă©pidĂ©mie, la guerre ! » 1 Soyiez », ici pour seriez. 2 te Tuteye », tutoie, de tutoyer. - 25 â Madame s'est retournĂ©e vers la fenĂȘtre, regardant grand'- mĂšre occupĂ©e distraitement Ă ranger quelques petits bibelots. Pas encore finis tous tes ouvrages, pauvre maman ? » Achille rigole dans sa grande barbe blanche et reprend Vous bilez » pas, allez. J' suis, pas si mĂ©chant qu' j'en ai l'air. Tant que le monde sera le monde, ces jeunes auront toujours raison contre les vieux. V'iĂ tout. » Et il ne pouvait pas s'en aller sans lancer une pointe Ă la vieille dame son ancienne », disait-il, sur ses douleurs et son sempiternel retentum » 1 Ăa n'ira plus jamais ». â Si, qu' ça ira... d'l'autre cĂŽtĂ©, nous deux... Ăa s'passera avec nous, allez, vous verrez ça, grand'mĂšre. â Si c'est tout ce qu'il a Ă dire de rĂ©jouissant ! grogne grand'maman en rĂ©ponse. â Tant que j' viendrai faire la causette, c'est qu' ça va ben, rĂ©pond-il. Je n' vas jamais voir les condamnĂ©s Ă mort, tout P monde le sait. Ăa n'est point l'envie qui m' manque, surtout quand c'est des amis ; mais ça pourrait leur donner un coup... les faire penser Ă la chose... V'iĂ tout! » C'est vrai qu'il n'est point cruel, le faiseur du dernier lit »; il est mĂȘme bien dĂ©licat, pour un ouvrier. Tout le monde lui passe par les mains Ă son heure, les bons comme les mĂ©chants, les plus faibles comme les plus forts, quand la Mauvaise les surmonte... Chaque famille l'a vu s'en venir mystĂ©rieusement avec sa femme, Ă la brune, poussant sa brouette bien graissĂ©e, pour l'oeuvre de silence.., et dessus la sinistre boĂźte... oĂč, doucement, comme le feraient pĂšre et mĂšre, il couchent et bordent tous ceux du village qui s'en vont dormir pour toujours. A suivre. Reproduction interdiie. CommuniquĂ© par le Dr GILLES. 1 Retentum, refrain. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE III SĂ©vigny Ă travers les Ăąges. Habitations. â Ameublement. Les premiĂšres habitations du pays, cabanes en torchis avec un toit de paille dĂ©passant la muraille Ă la façon gauloise, ou bien huttes germaines coniques, construites en gazons comme celles de nos bĂ»cherons, Ă©taient toutes surmontĂ©es d'une croix de bois plantĂ©e sur le faĂźte. Cet usage, longtemps conservĂ© par les bĂ»cherons ardennais, a malheureusement presque disparu. Les maisons construites en bois et en terre se substituĂšrent de bonne heure Ă la hutte ; elles sont encore en majoritĂ© sur le plateau de Rocroi. L'emploi de l'ardoise comme couverture Ă©tait connu Ă SĂ©vigny dĂšs les temps les plus reculĂ©s car dĂšs l'Ă©poque romaine, on extrayait l'ardoise de ces carriĂšres Ă ciel ouvert que nous nommons les BĂ©fosses et qui sont nombreuses dans nos forĂȘts. Cependant, l'usage du chaume prĂ©valut dans le pays jusqu'au siĂšcle dernier, et le quart des maisons Ă peine Ă©taient couvertes en faiseaux ardoises brutes fixĂ©s avec de la terre glaise. Jusqu'au xvm° siĂšcle, chaque corps de bĂątiment ne se composait le plus souvent que de deux piĂšces la maison et Y Ă©curie. Dans la maison, toute la famille vivait en commun; les murailles en Ă©taient grossiĂšrement plafonnĂ©es et blanchies Ă la ehaux avec un tour noir » en bas. L'aire de la maison Ă©tait plus basse que le niveau du sol, de sorte qu'au lieu; de â 27 â monter une marche pour y entrer, il fallait descendre le seuil c'Ă©tait moins froid l'hiver. Le tour de l'Ăątre seul Ă©tait pavĂ© ; le reste Ă©tait de terre battue. Chez les gens cossus, le sol Ă©tait recouvert d' sorte de ciment trĂšs dur formĂ© de chaux et de fin gravier, quelquefois mĂ©langĂ©s de sang de boeuf, pour. lui donner du lustre. Une immense cheminĂ©e, Ă l'Ăątre badigeonnĂ© d'ocre rouge, occupait tout un cĂŽtĂ© de l'appartement. Deux grandes pierres plates en formaient le foyer l'une, posĂ©e horizontalement dans le sol, supportait les gros chenets de fer ou de fonte, pesant prĂšs de 80 livres ; l'autre, dressĂ©e dans la muraille, servait de taque. Sur les autres cĂŽtĂ©s de la piĂšce, se rangeaient l'alcove, les lits des enfants, le bahut grand coffre Ă tout mettre et la maie Ă pieds dont le couvercle servait de table. GĂ©nĂ©ralement, un appenfis ou ravallĂ©e tenait lieu de chambre ou de fournil. Dans ce cas, le sol en Ă©tait surĂ©levĂ©, et une petite cave se trouvait en dessous. Cette cave servait de laiterie; et chaque fois que faire se pouvait, on y creusait une fontaine qui servait de puits Ă la maison. L'Ă©curie Ă©tait tout ce qu'on peut imaginer de plus malsain et de moins confortable. Mal pavĂ©e, mal aĂ©rĂ©e, basse, obscure, les Ă©gouts y croupissaient. Alors qu'un Ă©pais terri couche de terre battue rĂ©gnait au dessus de la maison, il n'y avait gĂ©nĂ©ralement au-dessus de l'Ă©curie qu'un soulrait formĂ© de perches posĂ©es parallĂšlement l'une auprĂšs de l'autre, et dont les interstices Ă©taient bouchĂ©s avec de la litiĂšre. Sur le devant de chaque habitation, Ă 2 ou 3 mĂštres Ă peine de la porte d'entrĂ©e, se trouvait la cour Ă fumier, trou large et profond qui servait en mĂȘme temps de fosse Ă purin dĂ©potoir infect qui devenait, en Ă©tĂ©, un foyer d'Ă©manations putrides germes de maladies. La maison ne s'ajourait que d'une seule fenĂȘtre, Ă tout petits carreaux quelquefois il n'y en avait que quatre. Elle Ă©tait â 28 - garnie extĂ©rieurement de barreaux de fer. La porte d'entrĂ©e Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e d'un auvent, sorte de guĂ©rite que fermait une autre porte, tard, on supprima l'auvent, mais on laissa le pergneau, de sorte qu'il y avait une double porte Ă l'ouverture. Toutes les maisons de SĂ©vigny sans exception, sauf le moulin, ne comportaient que le rez-de-chaussĂ©e, les greniers se trouvant au-dessus. Les plus riches possĂ©daient une grange Ă cĂŽtĂ© de l'Ă©curie. Presque tous avaient un four, soit qu'il s'ouvrĂźt dans la cheminĂ©e de la maison, soit qu'il se trouvĂąt dans un fournil dĂ©tachĂ© du corps principal du logis. A la suite des divers incendies dont le village fut la proie du fait des guerres, un certain nombre de maisons furent rebĂąties en pierres â du moins en partie â vers la fin du xvnc siĂšcle. Ces murs de pierre, maçonnĂ©s Ă l'argile, seulement rĂ©crĂ©pits Ă la chaux, Ă©pais de plus d'un mĂštre, n'ont pas encore tout Ă fait disparu il en reste quelques pans dans les plus vieilles maisons du village. Les toits de faiseaux Ă©taient assez nombreux Ă SĂ©vigny aux xvret xvn° siĂšcle, ainsi que le prouvent les dĂ©bris qu'on dĂ©couvre un peu partout. Au xvme siĂšcle, l'indigence des habitants les força d'en revenir aux chaumiĂšres des temps anciens de lĂ datent ces immenses toits pointus dĂ©bordant les murailles, louchant presque le sol, et bossues de dĂ©charges en mansardes. La dĂ©clivitĂ© de ces toits, qui resserraient singuliĂšrement les greniers, et le peu de largeur des pignons contraignaient Ă allonger d'interminable façon les corps de bĂątiments. En 1860, il existait encore dans le village une vingtaine de ces chaumiĂšres; la derniĂšre fut dĂ©molie en 1886 par M. Goury qui reconstruisit, prĂšs de son emplacement-, la maison qu'il habite actuellement. La premiĂšre maison de briques fut construite Ă SĂ©vigny en 1856 par Jules DupontMartin. Avant le xvm* siĂšcle, Ă la ForĂȘt, le mobilier accessoire ne â 29 â se composait que de terrines de bois ; de plats et d'Ă©cuelles de terre trĂšs grossiĂšres, d'une forte Ă©paisseur, vernissĂ©es intĂ©rieurement d'un Ă©mail jaune avec dessins verts et bruns; de poteries de grĂšs plus grossiĂšres encore; d'une grande marmite de fonte servant Ă tous les usages de la cuisine et du mĂ©nage; d'un chaudron d'airain, large seau en cuivre rouge servant Ă traire; du bierre berceau en planches et du cado petit fauteuil des enfants; d'une serine ou baratte conique avec sa batrole. La vaisselle de faĂŻence Ă©tait inconnue Ă la ForĂȘt; les verres Ă boire trĂšs rares ; on buvait Ă s'net de la canette. Les plats d'Ă©tain, les chandeliers de fer ne se voyaient que chez les gens aisĂ©s. PAULIN LEBAS. A suivre. Tribune publique. â Nous serions fort reconnaissant Ă celui de nos nombreux lecteurs qui pourrait nous signaler, vendre ou prĂȘter, un exemplaire encore existant de l'autobiographie ou Vie de Delâą marche. Ce petit volume fut imprimĂ© vers 1840, Ă Rocroi, chez E. Cochard, aujourd'hui imprimerie F. Jalloux. Faire offre Ă M. Jalloux, passage de Bourgogne, Rocroi. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 3\To-fc©s Se Souvenirs Suite. Mardi 12 septembre 1916. â Aujourd'hui, les gendarmes ont perquisitionnĂ© dans un grand nombre' de maisons de la paroisse. C'est le systĂšme de la terreur. Ces misĂ©rables n'ont qu'un but Ă©pouvanter les populations des pays occupĂ©s et leur soutirer tout l'argent possible par des amendes formidables pour ces pauvres gens qui ne gagnent plus rien et vivent â 30 â je ne sais comment. Dans la rue de la Sarthe ils ont fouillĂ© toutes les maisons, et lĂ oĂč ils ont trouvĂ© un peu de beurre, ont dressĂ© procĂšs-verbal, obligeant les inculpĂ©s Ă se rendre dans les 24 heures Ă Rocroi pour y ĂȘtre condamnĂ©s. Dans une maison, m'a-t-on dit, ils ont trouvĂ© une livre de beurre, mais la femme Ă©nergique la leur a reprise dans les mains, et ils n'ont pas insistĂ©. C'est un va-et-vient dans tout le village pour cacher le peu de provisions que l'on possĂšde encore, et il y aurait de quoi rire si l'on n'Ă©tait plus disposĂ© Ă pleurer, en voyant l'Ă©pouvante de quelques-uns de ces infortunĂ©s que la peur talonne et qui manquent un peu de confiance en la bonne Providence. 15 dĂ©cembre 1916. â Trois mois sans notes. C'est toujours la mĂȘme dĂ©tresse, les mĂȘmes inquiĂ©tudes. Que le temps me semble long! Quand la justice de Dieu sera-t-elle satisfaite? Lu hier dans le n° 311 du 10 dĂ©cembre de la Gazette des Ardennes, ce journal boche oĂč s'Ă©tale l'orgueil germanique avec toute son insolence de carnassier Accident mortel d'un colonel belge. â Le colonel belge Iweins d'Eckhout, aide-de-camp du roi des Belges, qui chassait le gros gibier dans une battue organisĂ©e Ă Saint Romain de Colbosc, arrondissement du Havre, a Ă©tĂ© atteint en pleine poitrine de deux chevrotines tirĂ©es par un chasseur imprudent. Il a succombĂ© presque aussitĂŽt. » C'est ce pauvre colonel qui a logĂ© chez moi dans la nuit du 25 au 26 aoĂ»t 1914, et dont j'ai dĂ©jĂ parlĂ© 1. EchappĂ© miraculeusement Ă tous les combats livrĂ©s en Belgique pendant le mois d'aoĂ»t, sorti vivant â il ne savait comment â de la fournaise de Namur, ce brave et pieux soldat devait pĂ©rir dans un vulgaire accident de chasse, au lieu de mourir glorieusement Ă la tĂȘte de son rĂ©giment de lanciers !... Yanitas vanitatum !... 22 dĂ©cembre. â Depuis le commencement du mois la Kommandanlure de Rocroi est supprimĂ©e en partie et ' 1 Voir le n°l de la Revue, 1" annĂ©e, p. 14. â 31 â reportĂ©e Ă Auvillers-les-Forges. A partir du 1er janvier 1917, on devra aller Ă Maubert-Fontaine pour le ravitaillement, les iaissez-passer, les procĂšs et la prison. Il est donc parti ce fameux HĂ©nock, ce franc-maçon sans foi ni loi, dont j'ai si souvent racontĂ© les exploits peu glorieux. Bon dĂ©barras ! Que de vilenies Ă raconter sur ! HĂ©las ! nous le retrouverons plus tard Ă Maubert. '%. On parle, depuisĂźrois mois, d'un camp d'artillerie qui serait Ă©tabli Ă la limite ouest de la paroisse, dans le quadrilatĂšre de Maubert, EteigniĂšres, Regniowez, Taillette, SĂ©vigny, etc.; et toutes les communes environnantes, Ă 2 ou 3 lieues Ă la ronde jusqu'en Belgique, seraient inondĂ©es de troupes d'artillerie qui viendraient s'y reposer du front et faire leurs exercices Ă feu dans cette espĂšce de polygone. A trois reprises diffĂ©rentes, nous avons Ă©tĂ© menacĂ©s d'ĂȘtre Ă©vacuĂ©s du jour au lendemain jusqu'ici le bon Dieu nous a laissĂ©s dans nos pĂ©nates. OĂč ironsnous demain? C'est son secret; prions et soumettons-nous. AprĂšs toutes nos misĂšres, ce serait la plus grande abandonner son Ă©glise et sa maison, s'enfuir comme nos ancĂȘtres Ă l'approche des barbares pour aller rejoindre, Ă l'Ă©tranger peut-ĂȘtre, la foule des rĂ©fugiĂ©s que l'on entasse un peu partout et qu'il faut nourrir misĂ©rablement. Mieux vaudrait mourir et reposer Ă l'ombre de mon clocher. Les quatre familles de ma paroisse qui se trouvaient Ă la CensĂ© Gallois ont dĂ» quitter leurs fermes trop Ă proximitĂ© des obus; elles sont venues se rĂ©fugier ici. Pour combien de temps? Des bruits de paix qui semblent prendre quelque consistance circulent depuis huit jours. Il passe sans arrĂȘt sur nos routes d'Ă©normes chariots Ă quatre ou six chevaux, chargĂ©s je ne sais de quoi. Le 12 et 13 dĂ©cembre on en a comptĂ© plus de 150. Ces lourdes voitures bien bĂąchĂ©es seraient-elles pleines des dĂ©pouilles opimes et des vols commis dans les villes et les campagnes ? Le 15 dĂ©cembre, une cinquantaine de soldats se â 32 â sont arrĂȘtĂ©s Ă la porte de la mairie et ont dit aux enfants Guerre finie... la paix Ă NoĂ«l! » Dapacem, Domine 1. 27 dĂ©cembre. â L'ordre est arrivĂ© aujourd'hui de porter Ă la mairie la laine des matelas, sous peine d'amende mille marks ou de prison 6 mois Ă un an. Ma niĂšce effrayĂ©e a, malgrĂ© moi, dĂ©cousu les toiles de deux matelas sur les cinq que nous possĂ©dions, ne laissant que le plus maigre pour le lit de sa tante infirme. J'ai voulu aussi garder le mien et celui de la chambre de Monseigneur. Une cinquantaine de kilos de fort bonne laine a Ă©tĂ© ainsi livrĂ©e Ă nos ennemis et, dĂ©sormais, pendant trois ans,â car quelques jours plus tard, les gendarmes vinrent s'emparer de nos autres matelas, â dĂ©sormais nous coucherons sur la fougĂšre sĂšche de notre forĂȘt. Nous n'en mourrons pas, si Dieu le veut, mais ce ne sera pas fort chauden hiver. 29 dĂ©cembre. â ArrivĂ©e d'une. colonne d'artillerie. Remue-mĂ©nage dans notre petit village qui ne compte guĂšre qu'une soixantaine de maisons groupĂ©es autour de l'Ă©glise, non compris les Ă©carts, pour loger 200 hommes environ avec leurs chevaux. Et encore, nos ennemis font la grimace pour se rendre dans les censĂ©s un peu Ă©loignĂ©es du centre. 30 dĂ©cembre. â J'ai Ă loger un major assez calme, me semble-t-il. Il sait un peu le français, mais ne me paraĂźt pas bien communicalif aussi je ne lui parle pas des bruits de paix. MEMOR. A suivre. 1 HĂšlas 1 ce n'Ă©tait que des bruits et nous devions encore souffrir pendant deux ans. C'Ă©tait la volontĂ© de Dieu, qui lavait les pĂ©chĂ©s de l'Europe dans le sang de ses enfants coupables. Le GĂ©rant H. BERNARD. AVIS. â Nous serions reconnaissant Ă nos abonnĂ©s de Belgique de vouloir bien envoyer aM. JALLOUX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Ă Roeroi, le montant de leur rĂ©abonnement pour le 1" mai 1924. LA VIERGE DE LA VICTOIRE Quand 'on pĂ©nĂštre dans l'Ă©glise de Saint-Remi d'Amiens par le portail monumental latĂ©ral â dont le tympan doit contenir un haut relief rappelant la bataille de Tolbiac et le voeu de Clovis â l'autel dĂ©diĂ© Ă la Sainte Vierge se prĂ©sente de suite au Tisiteur dont le regard s'arrĂȘte ravi sous le charme, prenant de la statue qui le surmonte. Cette statue est en marbre blanc. Une insci'iption en âą style lapidaire, placĂ©e dans le sanctuaire, explique l'origine glorieuse de cette image 1. C'est la Vierge de la Victoire, l'ex-voto de la reconnaissance du grand CoudĂ© pour la victoire de Rocroi 19 mai 1643. Nicolas BLASSET 2, qui mĂ©rita le titre de sculpteur du Roy, en est l'auteur et c'est l'un de ses chefs-d'oeuvre. Voici ce que rapportent l'histoire et la tradition. Nous puisons en partie ces dĂ©tails dans l'ouvrage de M. l'abbĂ© 1 Cette inscription est gravĂ©e en caractĂšres gothiques sur une plaque de marbre on bleu turquin. Elle est ainsi conçue La statue de la S" Vierge rĂ©vĂ©rĂ©e en cette chapelle est l'ex-voto promis par le Grand CondĂ© aux Religieux PrĂ©montrĂ©s d'Amiens pour sa victoire Ă Rocroy en i643 Cette Vierge est l'oeuvre de N, Blasset, sculpteur AmiĂ©nois Une seconde plaque de marbre faisant pendant Ă celle-lĂ , rappelle que cette chapelle de la S'c Vierge est le siĂšge de l'archiconfrĂ©rie do Notre-Dame du Suffrage pour la soulagement des Ăąmes du Purgatoire, archiconfrĂ©rie Ă©rigĂ©e canoniquement par S. S.' Pie IX, en date du 22 mars 1859. 2 Nicolas Blasset. sculpteur français, florissait Ă Amiens pendant la premiĂšre partie du xvn° siĂšcle. Un de ses meilleurs ouvrages, le mausolĂ©e du chanoine G. Lucas, sur lequel figure le fameux Enfant Pleureur, se voit dans la CathĂ©drale derriĂšre le MaĂźtre Autel. 15 2° AnnĂ©e â 34 â Jourdain, aumĂŽnier du Bon Pasteur, dans son livre Les Sanctuaires de la Sainte Vierge dans le diocĂšse d'Amiens 1. L'an 1643, vers le milieu d'avril, le futur prince de CondĂ©, alors duc d'Enghien, se trouvait Ă Amiens oĂč il rassemblait les troupes françaises qui devaient lutter contre les Espagnols se prĂ©parant Ă envahir la France par les Pays-Bas, au moment oĂč Louis XIII et son ministre, le Cardinal de Richelieu, tous deux fort malades, allaient laisser notre pays dans une situation prĂ©caire avec un roi de cinq ans et une rĂ©gente espagnole de race et de coeur. M. le Duc fut reçu avec enthousiasme par les divers Ordres et Corporations de la ville qui manifestaient un grand patriotisme. Le Prieur des PrĂ©montrĂ©s sortit des rangs du clergĂ© et prĂ©dit au jeune- guerrier âąâ il n'avait que 22 ans â qu'il remporterait une victoire signalĂ©e si, au moment de la bataille qui allait dĂ©cider du sort do la France, il invoquait la Reine du ciel Ă laquelle Louis XIII avait consacrĂ© la France Regnum Gallioe regnum Marioe 2, et lui vouait une image. M. le Duc se rappela cette prĂ©diction avant d'en venir aux mains avec l'ennemi sur le plateau de Rocroi et gagna la fameuse bataille si Ă©loquemment dĂ©crite par Bossuet dans l'oraison funĂšbre qu'il devait prononcer en 1686 sur le cercueil du grand CondĂ©. On voit, dit l'illustre Ă©voque de Meaux, le prince flĂ©chir le genou . et, dans le champ de bataille, il rend au Dieu des armĂ©es la gloire qu'il lui envoyait. » Le Duc d'Enghien se souvint aussi de la promesse qu'il avait faite Ă la Sainte Vierge sur le conseil du Prieur des PrĂ©montrĂ©s et commanda Ă N. Blasset la statue qu'il avait vouĂ©e. Le jeune vainqueur eut la bonne fortune de trouver un artiste digne d'Ă©terniser sa foi et sa reconnaissance; Blasset savait faire parler le marbre. Regardez bien cet ex-voto, cette Vierge de marbre, c'est la Vierge de la Victoire. A cette pose guerriĂšre, Ă cette tĂȘte qui se 1 Les Sanctuaires de la Sainte Vierge dans le diocĂšse d'Amiens, par M. l'abbĂ© Jourdain, in-12, Ă©ditĂ© par MM. Piteux frĂšres, imprimeurs de l'EvĂȘchĂ©. 2 Le voeu royal fut prononcĂ© en Picardie, Ă Abbeville, en l'Ă©glise des Minimes. â 35 â relĂšve, si noble, si majestueuse, ne reconnaissez-vous pas l'arbitre des batailles, Celle par qui rĂ©gnent les Rois? D'autre part, la sĂ©rĂ©nitĂ© .de ce front virginal, la douceur et la bontĂ© qui respirent en ses traits disent assez que ce n'est pas Ă nous, mais Ă l'enfer que Marie est terrible. C'est la MĂšre de Dieu. Elle porte son enfant dans ses bras. Cet enfant, c'est Celui qui rĂšgne dans les Cieux et de qui relĂšvent tous les Empires ». L'artiste nous le dit bien en plaçant dans la main gauche de JĂ©sus une palme et dans sa droite une couronne. La statue de la Vierge de la Victoire donnĂ©e par CondĂ© aux religieux PrĂ©montrĂ©s d'Amiens, demeura longtemps, aprĂšs la grande RĂ©volution, exposĂ©e aux intempĂ©ries dans la cour d'un immeuble sis rue des Trois-Cailloux. RachetĂ©e sous le dĂ©canat de M. le chanoine LĂŽraillĂ©, elle fut remise en honneur dans une chapelle de la vieille Ă©glise Sl-Remi ancienne Ă©glise des Cordeliers. La Vierge de Blasset Ă©tait placĂ©e sur un globe, entourĂ©e de nuages parmi lesquels se jouaient de petits anges. Ce dĂ©cor fantaisiste n'a pas Ă©tĂ© transportĂ© dans l'Ă©glise nouvelle. La Vierge de la Victoire repose aujourd'hui sur un piĂ©destal derriĂšre PĂ©dicule oĂč l'on expose le S1 Sacrement. Malheureusement, par suite de la destruction des verriĂšres de la chapelle, pendant la derniĂšre guerre, eu 1918, la lumiĂšre est excessive et la statue se dĂ©tache imparfaitement sur un fond trop Ă©clairĂ©. Quand sera faite la restauration des vitraux, un cadre plus sombre entourera et mettra en pleine valeur l'oeuvre magistrale de N. Blasset. Bossuet a dit de CondĂ© que son ombre eĂ»t pu encore gagner des batailles... » La parole de l'immortel panĂ©gyriste semble avoir une certaine rĂ©alisation dans la paroisse de S'-Remy d'Amiens. L'exvoto du grand guerrier nous l'avons marquĂ© dans une note au dĂ©but de cet article prĂ©side dĂ©sormais dans la chapelle qui est le siĂšge d'une arehiconfrĂ©rie en faveur des Ăąmes du Purgatoire. Des priĂšres y sont dites chaque jour, et nous avons l'indĂ©fectible espoir que ces supplications adressĂ©es Ă la justice divine soulagent les membres de l'Eglise souffrante et leur ouvrent les portes du ciel. Dans cette victoire de la priĂšre, ne faut-il pas reconnaĂźtre qu'une certaine part revient Ă l'illustre donateur dont le - 36 - nom est indissolublement liĂ© Ă la majestueuse image, aujourd'hui Noire-Dame du Suffrage, mais qui Ă jamais reste l'ex-voto du vainqueur de Rocroi ' Noire-Dame de la Victoire. Antoine CARON. Nous remercions bien vivement le vĂ©nĂ©rĂ© Doyen de S'-Remy, M. le chanoine Pouillet, qui nous a donnĂ© la photographie de la statue avec l'autorisation de la reproduire pour notre Reoue. A. B. LA BATAILLE DE ROCROI Tout a Ă©tĂ© dit Ă propos de la Bataille de Rocroi les chroniqueurs de l'Ă©poque et les historiens contemporains se sont plu Ă l'envi Ă nous en retracer le rĂ©cit dans tous ses dĂ©tails. Si j'ose aprĂšs eux aborder un tel sujet, c'est qu'en Ă©crivant la Monographie de SĂ©vigny-la-ForĂȘi, il ne m'Ă©tait pas possible de passer Ă la lĂ©gĂšre sur un des faits les plus glorieux de notre histoire nationale, alors que ce fut le territoire de notre humble village qui eut l'honneur d'en ĂȘtre le principal théùtre. Je vais donc essayer de donner, pour notre Revue historique du Plateau de Rocroi, une sorte de compilation de tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit 1, de tout ce que les traditions locales 1 OUVRAGES CONSULTĂS La Chapelle Bataille de Rocroi, â Le Mercure Français, de l'annĂ©e 1643. â Henri Martin Histoire de France. â Anquetil, ici. â LĂ©pine Histoire de Rocroi, et Relation de la Bataille de Rocroi, publiĂ© Ă la suite du PoĂšme de la Bataille de Rocroi, de Fiacre Bouillon. â J. MonlĂ©zun La Bataille de Rocroi. â J. A. Rayeur La TrouĂ©e des Ardennes. â Feuillet de Fontcnellc RĂ©cit de la Bataille de Rocroi inĂ©dit. â Le duc d'Aumale La JournĂ©e de Rocroi. â Paul Laurent Avant et aprĂšs la. Bataille de Rocroi. â Voltaire Le siĂšcle de Louis XIV. â Plans et manuscrit de la BibliothĂšque MazaiĂŻno, n° 4854, A B, hors rang inĂ©dit. â Jung Revue militaire, â L'abbĂ© PĂ©chenard le Domaine des PotĂ©es, etc. â 37 â nous ont rapportĂ© touchant cet Ă©vĂ©nement mĂ©morable. Jelons d'abord, pour la complĂšte intelligence des faits, un coup d'oeil sur l'histoire des temps qui ont immĂ©diatement prĂ©cĂ©dĂ© la bataille, c'est-Ă -dire sur la fin du rĂšgne de Louis XIII, et sur les Ă©vĂ©nements qui l'ont amenĂ©e. Le cardinal de Richelieu, on le sait, avait vouĂ© sa vie Ă l'abaissement de la Maison d'Autriche, dont les possessions enserraient la France de toutes parts ; Espagne au midi, Allemagne Ă l'est, Pays-Bas au nord. Il ne devait pas voir de son vivant la complĂšte rĂ©alisation de ses desseins, car Ă l'Ă©poque qui nous occupĂ©, Louis XIII et son ministre, atteints fous deux de maladies sans remĂšdes, sentaient approcher leur dernier jour... Le Dauphin de France n'Ă©tait qu'un frĂȘle enfant de quatre ans ; et la RĂ©gence allait Ă©choir Ă une femme, la reine-mĂšre Anne, qui Ă©tait elle-mĂȘme espagnole, et soeur de l'empereur et roi Philippe IV. Richelieu mourut le 4 dĂ©cembre 1642. Jamais moment n'avait paru si propice aux Espagnols pour se venger des Ă©checs leur avions fait subir. Us comptaient bien envahir la Champagne, s'avancer en forces vers Paris, et y pĂ©nĂ©trer en vainqueurs. A cet effet, ils rĂ©unirent sur la frontiĂšre, dans la Flandre et le Ilainaut, tous leurs effectifs disponibles, qui, au commencement de l'annĂ©e 1643, se trouvaient rĂ©partis en cinq corps d'armĂ©e, savoir 1° En Artois, sous Albuquerque, six rĂ©giments espagnols Aibuquerque, Ăvila, Velandia, Villalva, Garcies, Castelvi; 2° En Flandre, sous don Francisco de Mellos, trois rĂ©giments italiens Visconti, Strozzi et Delli-Ponti ; et trois wallons ceux du Prince de Ligne, de Ribeaucourt et de Granges ; 3° En Ilainaut, sous Buckoy, quatre rĂ©giments d'infanterie Ă©trangĂšre, et 82 compagnies de cavalerie, cantonnĂ©s Ă Mons et Ă Valenciennes, le quartier-gĂ©nĂ©ral Ă©tant Ă QuiĂ©vrain; 4° Entre la Sambre et la Meuse, l'armĂ©e d'Alsace com- - 38 - mandĂ©e par Isembourg, comprenant cinq rĂ©giments d'infanterie, six de cavalerie, et un rĂ©giment croate ; 5° Enfin, 4000 hommes, sous Beck, Ă PaliseuĂź. En tout hommes, dont un tiers de cavalerie, sous le commandement suprĂȘme de don Francisco de Mellos 1, gĂ©nĂ©ralissime, ayant Fuentes pour lieutenant-gĂ©nĂ©ral 2. Les Français, de leur cĂŽtĂ©, n'avaient que soldats, dissĂ©minĂ©s dans diverses garnisons, d'Abbeville Ă PĂ©ronne d'Espenan Ă©tait Ă Laon, Grammont Ă Arras, et Gassion Ă Amiens. Le duc d'Enghien 3, que le roi Louis XIII venait de nommer gĂ©nĂ©ral en chef de toutes ces troupes, arriva Ă Amiens vers la fin d'avril, et envoya, de lĂ , Gassion Ă Doullens, d'oĂč il Ă©tait plus Ă mĂȘme de surveiller les Espagnols avec ses 2,000 cavaliers. Don F. de Mellos venait de reprendre aux Français Aire et la BassĂ©e, et de gagner la bataille d'Ilonnecourt. Il abandonna brusquement le siĂšge d'Arras, et vint concentrer ses troupes autour de Douai. Il les passa solennellement en revue entre Valenciennes et le Quesnoy, le 13 mai. AprĂšs un mois d'avril trĂšs rude, la tempĂ©rature s'Ă©lant radoucie, Mellos voulut en profiter immĂ©diatement pour se porter sur Rocroi, qu'il considĂ©rait comme la porte de la Champagne, la clef de la roule de Paris. Il s'avança donc Ă marches forcĂ©es avec le vieux Fuentes, Albuquerque et Buckoy, par 1 Don Francisco Mellos de Braganza, descendant d'Alphonse Ior, duc clc Bragance, Ă©tait alors gouverneur des Pays-Bas, aprĂšs avoir Ă©tĂ© vice-roi des Deux-Siciles. 2 Paul Bernard Fontaine, d'origine lorraine, prit le nom espagnol de Fuentes, ce qui l'a fait souvent confondre avec Pedro Henriquez de Acevedo de Fuentes, capitaine-gĂ©nĂ©ral des armĂ©es espagnoles, mort Ă Milan en 1610. Fontaine s'intitulait Mestre-de-camp gĂ©nĂ©ral de l'armĂ©e de France. » Duc d'Anmale. 3 Louis II de Bourbon, duc d'Enghien, ne porta le titre do prince de CondĂ© qu'aprĂšs la mort de son pĂšre Henri II de BourbonCondĂ©, en 1646. â 39 â Landrecieset la Capelle, et il arriva le 16 mai, de Chimay, sous les murs de Rocroi. Isembourg s'y trouvait dĂ©jĂ . Parti de Namur le 10 mai, il Ă©tait arrivĂ© sur les glacis de Rocroi le 13, Ă la pointe du jour, et tellement Ă l'improviste, que partie des habitants qui Ă©taient dehors pour leurs travaux 1 ne purent rentrer chez eux ». MonlĂ©zun. Il faut rappeler qu'une partie des paysans des environs s'Ă©taient portĂ©s dans la ville dĂšs les premiers bruits de l'approche de l'ennemi ; les autres s'enfuirent dans les bois. Sans attendre l'arrivĂ©e de Mellos, Isembourg avait donc commencĂ© le siĂšge de Rocroi le 15 mai. Pendant ce temps, le duc d'Enghien ayant ralliĂ© Ă PĂ©ronne les troupes d'infanterie que lui amenait son marĂ©chal de camp La FertĂ©, se trouvait le 14 mai Ă Fervacques source de la Somme. LĂ , il reçut l'ordre de retourner Ă Paris. Il dĂ©pĂȘcha Ă son pĂšre un cavalier rapide, porteur d'une lettre Ă©crite dĂ© sa main, oĂč il est dit Les ennemis... sont Ă une journĂ©e de moy, et demain nous serons en prĂ©sence. JugĂ©s si mon honneur ne seroit pas engagĂ© au dernier point de laisser l'armĂ©e dans cette conjoncture... » Cependant, ajoute-t-il, si vous jugĂ©s que je sois plus en estai de servir l'Estat et vous, tout seul Ă Paris avec un escuier, qu'icy Ă la teste d'une armĂ©e de vingt-cinq mil hommes, bien inten lionnes, j'abandonneray tout pour vous rendre le service que vous souhaiterĂ©s de moy ». Ducd'Aumaie. Le soir, il donna Ă son armĂ©e l'ordre de partir. Il fit prendre les devants Ă Gassion et Ă ses cavaliers, au nombre d'environ Pour lui, il rallia de Gesvres Ă Origny, en ThiĂ©raohe, d'Espenan Ă Brunehamel, et arriva le 16 Ă Rumigny. C'est lĂ qu'il apprit que Mellos Ă©tait devant Rocroi, et que Louis XIII Ă©tait mort le 14 mai. Il Ă©crit alors au premier ministre Je ne saurois peindre le desplaisir que toutte cette armĂ©e a de 1 C'Ă©tait, pour la plupart, des jardiniers. â 40 â la mort du Roy. J'espĂšre que les ennemis de cet EstĂąt ne se prĂ©vaudront pas dĂ©co malheur ; mais je vous puis asseurer que celle armĂ©e ira droit, et contre cens du dehors el contre ceus du dedans, s'il y en a d'assez meschanls pour l'estre. Je marche demain Ă Rocroy que les ennemis assiĂšgent depuis hier, et serai lĂ apprĂšs demain. Je vous asseure que nous n'azarderons rien mal Ă propos... » Duc d'Aumale. Ce mĂȘme jour, 16 mai, le fidĂšle Gassion, arrivĂ© devant Rocroi, put faire entrer dans la place par les derriĂšres du camp espagnol 100 fusiliers choisis et 60 de ses gardes, avec le capitaine Saint-Martin. La rĂ©ussite de cet exploit fut annoncĂ©e au duc d'Enghien par un feu de paille allumĂ© la nuit au sommet du clocher, qui Ă©tait fort haut. Saint-Martin fut secondĂ© dans cette audacieuse entreprise par le lieutenant Cimelierre. AprĂšs quoi, repartant Ă toute bride, Gassion alla retrouver le duc d'Enghien Ă Ăossus-lĂšs-Rumigny pour lui rendre compte de sa mission Les dĂ©filĂ©s qui donnent accĂšs au plateau de Rocroi, rapporte-t-il, sont Ă©troits et tortueux ; ils traversent des forĂȘts fort Ă©paisses et dĂ©bouchent sur des bruyĂšres marĂ©cageuses. Au point le plus Ă©troit, la forĂȘt compte un quart de liĂšue de large 1. » 1 Rabutin Ă©crivait L'assiette du Plateau de Rocroi est stĂ©rile Ă plus de deux lieues au plus prĂšs, estant tous bois et haulles futayes, marescageux et pleins de mortes, et aux lieux dĂ©friches n'y croist que des bruyĂšres, ronces, genestes cl. mĂȘme tailliz, Ă cause que le terrain est argileux et morveux. » â Dans son poĂšme do la Bataille de Rocroi, qu'il composa en 1682. le pĂ tre-poĂŽie du Rouilly, Fiacre Bouillon 1764-1794, nous dĂ©peint le champ de bataille do Rocroi en termes emphatiques, sous l'aspect âą ... de marais tremblans, hĂ©rissĂ©s d'un bois sombre, OĂč rĂšgne le silence Ă la faveur de l'ombre. n C'est l'Eternel sĂ©jour de l'Horreur, des Enuuis. » C'est dans ces dĂ©serts sauvages que CondĂ© est amenĂ© Ă combattre nos ennemis ... Avec le fer en mains, avec l'audace au coeur. » â 41 â En ces circonstances critiques, le duc ne voulut rien hasarder avant d'avoir consultĂ© ses compagnons d'armes. Il assembla un conseil de guerre oĂč siĂ©gĂšrent L'HĂŽpital, Gassion, d'Espenan, La FertĂ©, La ValliĂšre, La Barre, commandant l'artillerie, et Persan, premier mesire-de-camp de l'infanterie. 11 leur annonça officiellement la mort de Louis XIII. Il leur demanda ensuite s'ils Ă©taient d'avis de marcher contre les ennemis ou d'attendre les ordres de la RĂ©gence. Presque tous se prononcĂšrent pour l'attaque immĂ©diate. Le vieux L'HĂŽpital, auquel sa prudence avait fait Ă©mettre quelques objections, finit par se rallier Ă l'opinion gĂ©nĂ©rale. Gassion fit partir immĂ©diatement ses bagages pour Ăubenton et Ăubigny. Le lendemain 18 mai, l'armĂ©e tout entiĂšre quitta Bossus, prĂ©cĂ©dĂ©e par le petit corps de cavalerie de Gassion. Laissons les troupes françaises s'avancer en interminables colonnes, dans les mauvais chemins de la ThiĂ©rache, et allons retrouver les dĂ©fenseurs de RocroL Nous avons vu comment Gassion, simulant une attaque, avait pu tenir en haleine l'armĂ©e d'Isembourg avec ses cavaliers, tandis que 150 fusiliers, se glissant sur les derriĂšres, parvenaient heureusement Ă entrer dans la place'. Cela ne portait qu'Ă trois cents le nombre des dĂ©fenseurs de la ville. Cette petite troupe Ă©tait commandĂ©e par Pierre NoĂ«l 1, remLo remLo et Ja mĂ©moire de Fiacre Bouillon sont bien oubliĂ©s aujourd'hui. Il eut pourtant dans la rĂ©gion ses jours de cĂ©lĂ©britĂ© ; nos aĂŻeux de SĂ©vigny on Ă©taient aussi fiers que s'il eĂ»t Ă©tĂ© un enfant du village ; beaucoup savaient son poĂšme par coeur il compte 476 vers et une femme do la ForĂȘt, Marguerite Lebas, m'en a rĂ©citĂ© encore, Ă l'Ăąge de 80 ans, de longues tirades. Il est vrai que la proximitĂ© du lieu d'origine de Bouillon en faisait pour nous presque un compatriote ; et si nous ne lui devons plus notre admiration, il a toujours droit Ă notre souvenir. 1 NoĂ«l de Champagne, nĂ© Ă ChĂ teau-Regnault en 1600, mort Ă Rocroi en 1682, d'aprĂšs MEYRAC, GĂ©ographie des Ardennes, p. 738, fut anobli XIV en 1647. - 42 â plaçant le gouverneur GeofĂŻreville 1 qui Ă©tait malade. Et, par surcroĂźt de malheur, la garnison se trouvait Ă peu prĂšs sans ressources et sans approvisionnements il ressort de diverses piĂšces conservĂ©es aux archives de la ville, que les habitants durent fournir aux troupes, moyennant finances, la viande, le vin, la biĂšre, le tabac, etc., etc. 2. Le 15 mai, le siĂšge de Rocroi fut commencĂ© par les Espagnols le comte de Rotbberg donna aux fossĂ©s de circonvallalion le premier coup de pioche. Le 16, quatre demi-lunes 3 furent enlevĂ©es d'assaut aux Rocroyens. La nuit suivante, ceux-ci firent une sortie au nombre de 150 ; ils reprirent une des demi-lunes celle de la Porle-Maubert, aujourd'hui Porte 1 Jean le Dannois, marquis de Geoffreville, avait succĂ©dĂ© Ă Philbert le Dannois, son pĂšre, comme gouverneur de Rocroi, en 1632. LĂ©pine. 2 Voici le curieux dĂ©tail de ces fournitures De Nicolas la RamĂ©e 19poinçons devin de Champagne, Ă 69 livres chaque ; huile et vinaigre pour les armes et canons, 70 livres. De Nicolas BarrĂ© 500 livres de chair salĂ©e Ă 5 sous la livre ; 50 livres de tabac pour 75 livres. De Jean DauchĂŽ S piĂšces de biĂšre, Ă 9 livres la piĂšce. De Jean Foulon une caque d'eau-de-vie pour les soldats chaque matin, 60 livres ; 2 vaches Ă 50 livres chacune. De Pierre Flocquct et Simon Bonaire chacun deux vaches, 50 livres chacune. Plus 90 livres d'avoine pour la nourriture des chevaux rĂ©quisitionnĂ©s pour moudre le grain au moulin Ă cheval de Rocroi, en faisant tourner lequel moulin, est mort un cheval appartenant au sieur Foulon, pour s'estre" trop eschauffĂ©, qui a estĂ© estimĂ© Ă la somme de 180 livres ». Plus encore 6 charpentiers, 4 charrons, 8 armuriers et serruriers, rĂ©quisitionnĂ©s pour rĂ©parer les palissades, armes et canons ; 2 chirurgiens pour panser les blessĂ©s, toutes ces dĂ©penses se montant Ă un total de livres. Paul LAURENT Avant et aprĂšs la bataille de 3 Demi-lune ouvrage avancĂ© en forme de corne ou de croissant, faisant saillie hors des fortifications d'une place pour en dĂ©fendre l'accĂšs. â 43 - de France, Ă©gorgĂšrent les Italiens qui la gardaient, enlevĂšrent un drapeau et firent quelques prisonniers. Ce coup audacieux, oĂč le notaire Lemoyne trouva la mort, fut un acte d'hĂ©roĂŻsme inutile, car les Espagnols arrivĂšrent en nombre et refoulĂšrent les assiĂ©gĂ©s... Quitlons-les un instant pour embrasser d'un coup d'oeil la topographie des lieux, de ces plaines de Rocroi jusqu'alors si ignorĂ©es, et qui allaient devenir si fameuses 1. Les dĂ©frichements et l'essartage n'avaient pas encore donnĂ© Ă la Grande RiĂšze, du cĂŽtĂ© de l'ouest, celte Ă©tendue illimitĂ©e qu'on lui trouve un siĂšcle plus tard. La CensĂ© Gallois n'existait pas ; il n'y avait lĂ qu'une large clairiĂšre dĂ©nommĂ©e le Champ des PrĂȘtres. Vers le nord, les bois Ă demi dĂ©truits de la Houppe, couvrant plus de 700 arpents, s'Ă©tendaient d'une part jusqu'au pont SainĂźe-Ănne actuel, d'autre part jusqu'aux bois de Suzanne, par lesquels ils se rattachaient Ă l'important massif des bois de Chimay 2. Ces taillis de fa Houppe, clairsemĂ©s et fort marĂ©cageux, tapissĂ©s de bruyĂšres aussi vieilles que le sol, avaient pour essences principales le tremble et le bouleau ; ils couvraient en partie le sol dont le village de la Tailletle a constituĂ© son territoire. Les RiĂšzes couvraient toute la rĂ©gion qui s'Ă©tend entre le village ar Renaud-SommĂ©. - 77 â leurs beaux plats d'Ă©tain. Vers 1730, un plat d'Ă©tain valait, Ă la ForĂȘt, 4 livres, et une assiette 3 livres. Quant Ă la literie, au xvnr siĂšcle encore, nul n'aurait osĂ© ni voulu se payer le luxe d'un matelas ou d'un lit de plume; c'eĂ»t Ă©tĂ© une marque de mollesse. La paillasse de fougĂšre ou de feuilles sĂšches suffisait aux plus raffinĂ©s; on n'avait pas d'Ă©dredon 1. Dans les oreillers, le regain, la mousse ou les plumions tenaient lieu le plus souvent de plume et de laine 2. Les sommiers Ă©taient inconnus, mĂȘme de nom. Il Ă©tait cependant de bon ton d'avoir un lit trĂšs Ă©levĂ© on superposait paillasses sur paillasses ââą parfois 7 ou 8 â au point que, chez les gens cossus, il aurait presque fallu une Ă©chelle pour aller se coucher, et qu'il Ă©tait indispensable d'adapter au lit la chambriĂšre, sorte de barriĂšre en bois destinĂ©e Ă prĂ©server le dormeur de toute chute. La table de nuit Ă©tait inconnue. Chez les plus riches, des rideaux de serge verte entouraient la couche, suspendus Ă un immense ciel-de-lil rectangulaire de six pieds sur quatre, sur le devant duquel Ă©tait collĂ©e quelque image de piĂ©tĂ©, soit le grand PĂ©lican blanc ouvrant ses flancs pour nourrir ses enfants », soit S" Barbe, prĂ©servant de la mort subite, etc. Il y avait de mĂȘme, dans chaque Ă©curie, une image triangulaire de S1 DouĂąt et, dans chaque maison, celle de S1 Hubert, accompagnĂ©es l'une et l'autre de priĂšres naĂŻves et de cantiques baroques. L'intĂ©rieur des portes des armoires tenait lieu de grand livre, d'agenda elles Ă©taient couvertes d'hiĂ©roglyphes Ă la 1 Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, quand les Prussiens nous eurent enlevĂ© tous nos matelas avec leur laine, nous dĂ»mes revenir aux coutumes de nos pĂšres et coucher de nouveau sur la fougĂšre pendant plusieurs annĂ©es. 2 Tous les lecteurs ne savent peut-ĂȘtre point que les plumions » sont une espĂšce de duvet, trĂšs commun autrefois dans nos marais, et qui croĂźt au printemps sur l'Eriophorum ou jonc porte-laine. Onen trouveĂ SĂ©vigny deux espĂšces l'E. angustifolium, etl'E. vaginatum. - 78 - craie ou Ă la pierre rouge que Champollion lui-mĂȘme n'eĂ»t certainement pas dĂ©chiffrĂ©s. Chaque armoire Ă©tait bondĂ©e de linge; et derriĂšre les piles entassĂ©es de draps et de chemises, se dissimulait la vieille cassette noircie contenant les quelques bijoux de la famille, la chaĂźne d'or, le coeur, lĂ croix, l'alliance d'argent de l'aĂŻeule... et aussi un fatras de paperasses, depuis le parchemin timbrĂ© au sceau de l'Etat jusqu'Ă la moindre quittance, aux nombreux procĂšs-verbaux rĂ©coltĂ©s Ă la maraude » dans les PothĂ©es, jusqu'Ă la recette cabalistique pour guĂ©rir les maladies ou conjurer les sorts. Il est trĂšs regrettable qu'en ces derniers temps, on ait presque partout livrĂ© aux flammes ces poussiĂ©reux dĂ©bris transmis parles aĂŻeux ; il s'y trouvait des documents fort anciens et bien intĂ©ressants qui ont ainsi disparu pour jamais. PAULIN LEDAS. A suivre. A propos de notre dernier article sur la Bataille de Rocroi n° 16 de la Revue, nous avons reçu de nos abonnĂ©s et lecteurs quelques notes et explications fort intĂ©ressantes que nous publierons dans notre numĂ©ro d'aoĂ»t. Nous en remercions bien vivement les auteurs. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 Se Souvenirs Suite. Lundi 15 janvier 1917. â Hier est venu pour dire la messe aux soldats allemands un aumĂŽnier catholique. La messe avait Ă©tĂ© annoncĂ©e pour 11 heures, mais il n'y avait pas de soldats. La plus grande partie de mes paroissiens ont assistĂ© Ă cette messe et j'ai cĂ©lĂ©brĂ© ensuite ma seconde messe dominicale. â 79 - Avant l'office, en attendant les soldats catholiques qui ne venaient point, ma niĂšce invita ledit aumĂŽnier Ă venir au presbytĂšre pour prendre langue avec le curĂ©. AprĂšs des salutations assez froides, la glace s'est un peu fondue en raison de la politesse et de la rondeur du prĂȘtre que j'ai su depuis ĂȘtre un vicaire de Strasbourg. 11 m'a offert, contre argent, un - calendrier ou ordo en français, imprimĂ© Ă Balan, prĂšs Sedan, pour l'annĂ©e 1917. Ayant rĂ©quisitionnĂ© l'imprimerie fondĂ©e par le curĂ© de la paroisse, les Allemands y faisaient travailler Ă leur profit. Ce petit livre m'a Ă©tĂ© utile, car les curĂ©s envahis n'ayant plus' iĂŻordo pour les annĂ©es 1915 et 1916, j'avais dĂ» me procurer difficilement celui du diocĂšse de Namur, afin de pouvoir rĂ©gler mes offices et rĂ©citer mon brĂ©viaire avec Y Ordo perpĂ©tuel. Chaque dimanche, j'annonçais aux fidĂšles les fĂȘtes de la semaine avec les offices et tous les rites qui font la grandeur et la beautĂ© de la vie catholique se dĂ©roulant dans le cycle de l'annĂ©e pour la consolation et la perfection des Ăąmes chrĂ©tiennes. Cet aumĂŽnier des soldats catholiques allemands m'a aussi offert quelques messes, mais comme je n'en n'avais pas besoin, il m'a demandĂ© de les donner Ă un prĂȘtre qui n'aurait point d'intentions de messes. M. l'abbĂ© Horbon Ă©tant dans ce cas et venant souvent chez moi cĂ©lĂ©brer le Saint Sacrifice, je les ai acceptĂ©es pour lui. Nous nous rendĂźmes ensuite Ă l'Ă©glise oĂč il revĂȘtit par dessus son costume militaire â rien ne le distinguant des autres officiers â ses propres ornements que son ordonnance avait apportĂ©s ainsi que tout ce qui Ă©tait nĂ©cessaire pour la cĂ©lĂ©bration de la messe, Ă l'exception de la cire. Il me remit aussi des hosties grandes et petites pour une quinzaine de jours, et j'en avais bien besoin. A la sacristie, en attendant les soldats qui ne venaient point, nous causĂąmes un peu. Je lui dis carrĂ©ment que l'enlĂšvement des cloches de nos Ă©glises que l'on Ă©tait en train de descendre et de briser pour en faire des munitions de guerre Ă©tait un sacrilĂšge et une abomination. Il n'a pas rĂ©pondu â 80 - franchement, mais il a osĂ© m'affirmer qu'en Autriche-Hongrie, on avait pris, avec la permission du pape, les cloches de nombre d'Ă©glises pour en faire des canons, et que peut-ĂȘtre il en serait de mĂȘme en Allemagne et en Alsace. Il m'a dit encore regretter beaucoup que le Gouvernement français n'ait pas adhĂ©rĂ© aux propositions de paix faites d'ordre de l'empereur par son chancelier Bethmann-Holweg. Nous sommes vainqueurs », ajoutait-il. Tout cela me semble bien extraordinaire sur les lĂšvres de ce prĂȘtre alsacien. MEMOR. A suivre. Le Journal Officiel du 1er juin 1924 nous apportait l'heureuse nouvelle de la promotion au grade d'Officier d'AcadĂ©mie de notre collaborateur et ami M. Paulin LEBAS, de SĂ©vigny-la-ForĂȘt. C'est la juste rĂ©compense de ses longs et remarquables travaux historiques sur notre petite Patrie et, en particulier, de la Monographie de SĂ©vigny-la-ForĂȘt, dĂ©jĂ rĂ©compensĂ©e dune mĂ©daille d'or dĂ©cernĂ©e Ă ce travail, en 1898, par lAcadĂ©mie Nationale de Reims, et d'une mĂ©daille d'argent de la S. E. D. E. SociĂ©tĂ© d'Encouragement au Devoir Social, en 4921. Les lecteurs de la Revue Historique du Plateau de Rocroi ont le plaisir de trouver chaque mois, depuisplus d'un an, les pages revues et complĂ©tĂ©es de cette Monographie. Le mĂȘme Journal Officiel du 1CI juin accordait aussi ce mĂȘme titre ^'Officier d'AcadĂ©mie Ă M. A. BAULMONT, l'Ă©rudit archĂ©ologue et historien, que Dieu a rappelĂ© Ă Lui il y a un peu plus de deux mois. Notre Revue lui a consacrĂ© un article nĂ©crologique dans son numĂ©ro 14. Nous adressons aussi nos fĂ©licitations Ă notre collaborateur M. G. DOQUIK, publiciste Ă Charleville et rĂ©dacteur au journal le Nord-Est, qui fait partie de la mĂȘme promotion. LA RĂDACTION. Le GĂ©rant M. BERNARD. LE NĂCROLOGE DES RĂCOLLETS DE COUVIN M 577-179V SuiteJ. [foi. 12 ».] FĂ©vrier 2. E. L'an 1746 mourut Ă Nime 1 Jean François Joseph Delhalle, fils de Michel Joseph Delhalle, gouverneur de Saudee 2, et de Marie Françoise Gaye. Il fut avocat de la vĂ©nĂ©rable curie de LiĂšge et notre bienfaiteur insigne. 3. F. L'an 1670 mourut le fr. Philippe Gille, laĂŻc. 5. A. L'an du Seigneur 1654, Ă Forge, prĂšs de Chimay, mourut Nicolas Pochet 3, homme honorable, ami et bienfaiteur trĂšs gĂ©nĂ©reux de l'ordre entier et, en particulier, de âąnotre couvent. En plus des dons nombreux Ă nous accordĂ©s, il fit Ă©riger dans les chapelles du cĂŽtĂ© gauche de notre Ă©glise un autel dont les peintures et celles d'un autre autel furent transfĂ©rĂ©es, du consentement de ses fils, dans l'Ă©glise de Chimay en l'an 1680. Le mĂȘme jour mourut Ă Momigni 4 Nicolas Bourgignon. L'an du Seigneur 1791, on recommanda Ă nos priĂšres et saints sacrifices le rĂ©vĂ©rendissime seigneur Wariomont, abbĂ© 1 Nismes prĂšs de Couvin. 2 Je n'ai pu identifier cette localitĂ©. Note du P. Ubald d'AlençonJ. 3 Il ne faut pas confondre ce Nicolas Pochet avec celui dont la mort est mentionnĂ©e au 2 janvier 1680. La note que nous avons consacrĂ©e Revue, p. 66, n° 4, note 4 Ă cet autre Nicolas Pochet nous semble mieux convenir Ă N. Pochet qui mourut Ă Forges prĂšs de Chimay le 5 fĂ©vrier 1654. 4 Momignies Hainaut. 17 2 AnnĂ©e â 82 - du monastĂšre de Bucilly 1, de l'ordre rĂ©formĂ© des PrĂ©montrĂ©s, ordre aboli tout rĂ©cemment par les dĂ©crets nationaux de France. Il nous fit don d'une chasuble resplendissante en tissu d'or. 6. B. L'an 1606 mourut le vĂ©nĂ©rable PĂšre Denis Anselm, qui fit profession dans ce couvent aprĂšs avoir Ă©tĂ© prĂȘtre sĂ©culier. Il termina ici sa longue vie, ayant rempli d'une maniĂšre parfaite les offices de vicaire du couvent et de terminaire 2. Dans ce mĂȘme mois 3 mourut, l'an 1560, le frĂšre François Wadrigan, laĂŻc. Ce mĂȘme jour, 6 fĂ©vrier 1740, entra dans la voie de toute chair Notre saint PĂšre le pape ClĂ©ment XII qui, pendant de nombreuses annĂ©es, fut le protecteur de tout l'ordre sĂ©raphique. 7. C. L'an 1694 mourut Ă Petignie4 et fut enterrĂ© dans notre Ă©glise, Laurent Focciau il nous laissa une large aumĂŽne afin d'ĂȘtre inscrit au livre des bienfaiteurs. 11. G. L'an 1731 mourut le frĂšre François Boulin, religieux trĂšs zĂ©lĂ©. 12. A. Le 12° jour de fĂ©vrier 1760, Je VĂ©n. PĂšre Damien Grandjean rendit son Ăąme Ă Dieu, dans la seconde annĂ©e de son litre de gardien; il fut un religieux bien mĂ©ritant. 13. B. En 1737, le VĂ©nĂ©rĂ© pĂšre Bertrand Herlenvaux termina ses jours, aprĂšs avoir rempli, d'une maniĂšre parfaite, l'office de vicaire Ă plusieurs reprises, de confesseur des moniales de Fontaine-l'EvĂȘque 5 et de gardien de ce couvent. 14. C. Le 14 fĂ©vrier mourut le vĂ©nĂ©rable pĂšre Henri Petiljean, qui fut gardien, vicaire et maĂźtre des novices. 1 Bucilly Aisne. Cfr. Gallia ehrisia, t. IX, 1751, p. 187. 2 Terminaire. PrĂ©dicateur ou quĂȘteur, auquel il Ă©tait dĂ©fendu d'opĂ©rer en dehors d'une circonscription dĂ©signĂ©e. 3 Le jour de la mort n'est pas indiquĂ©e dans le NĂ©crologe. 4 Petigny-prĂšs de Couvin. 5 Fontaine-l'EvĂȘque, petite ville du Hainaut Belgique, appartint jadis Ă l'Ă©vĂȘchĂ© de Cambrai Nord. 15. D. L'an 1664 mourut le pĂšre François Pochet, prĂ©di cateur et confesseur. Le mĂȘme jour, en l'an 1758, mourut le vĂ©n. pĂšre Joseph Gille, Ă©conome de ce couvent. $2. D. L'an 1694 sortit de ce monde le noble sire Jean de Roli, seigneur dudit lieu 1, qui, Ă l'exemple de son pĂšre et de son grand-pĂšre, fut toujours notre ami dĂ©vouĂ© et notre bienfaiteur. 27. B. L'an du Seigneur 1721, Ă la grande Ă©dification de ses frĂšres, mourut dans notre couvent de Givet le vĂ©nĂ©rable pĂšre Louis Makinay, qui eut, Ă plusieurs reprises, ici et en d'autres lieux, la charge de gardien et Ă©tait actuellement vicaire de ce couvent. V. T. Notes historiques sur le plateau de Roeroi RUPES RUPEREM Epoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre. Suite Hamzy. Ce gĂźte de Hamzy, si cĂ©lĂšbre dans la prĂ©histoire du plateau de Roeroi, est situĂ© Ă l'extrĂ©mitĂ© mĂ©ridionale de la forĂȘt des PotĂ©es, sur le territoire de SĂ©vigny-la-ForĂȘt. Le lieu ainsi 1 Roly, entre Couvin et Philippeville. â 84 â dĂ©nommĂ© se trouvait jadis presqu'aux confins septentrionaux de la vieille forĂȘt et de l'ancienne' baronnie des PotĂ©es 1. La voie ferrĂ©e actuelle de Charleville Ă Hirson le traverse au sud et la grand'route de Roeroi Ă Signy-l'Abbaye par le Tremblois et Aubigny le laisse Ă un peu plus de trois kilomĂštres Ă l'ouest. Les coteaux qui bordent la Sautery, affluent de la Sormonne, sont encore tout pleins du passĂ© de cette Ă©poque lointaine. Un menhir se dresse au centre du gĂźte ; malheureusement la pierre trĂšs curieuse a Ă©tĂ© fort Ă©prouvĂ©e par les outrages du temps et surtout des hommes. Il y a longtemps que M. DROUART, de Maubert-Fontaine, a dĂ©crit cet intĂ©ressant mĂ©galithe. Des trouvailles prĂ©cieuses ont Ă©tĂ© faites par le vieux savant sur le passage des premiĂšres migrations qui parcoururent foute cette contrĂ©e. M. L. PIERQUIN, de Charleville, a complĂ©tĂ© ces indications par des Ă©ludes et des fouilles scrupuleuses. Le regrettĂ© M. BAULMONT avait aussi apportĂ© une somme de travail sur la forĂȘt des PotĂ©es et PAULIN LEBAS a poursuivi sur ces lieux, avec une patience inlassable, ses nombreuses recherches, et d'autres savants ont contribuĂ© pour une large part Ă nous les faire mieux connaĂźtre. Ce que l'on a le moins observĂ© sur cette station prĂ©historique, c'est l'emplacement dĂ©terminĂ© des ouvrages dĂ©fensifs qu'elle opposait aux envahisseurs. A l'ouest, les pentes qui s'inclinent vers le Grand Moulin de Maubert gardent toujours les vestiges de levĂ©es de terre protectrices, et l'arĂȘte 360, passant entre le Haut-Taillis Maubert et la CensĂ© Gobron, de mĂȘme que son prolongement 345 Ă la cote, permettait l'accĂšs par le nord-ouest. L'essartage n'a pas fait disparaĂźtre entiĂšrement les terrassements qui furent Ă©levĂ©s comme ouvrages de protection dans 1 Le chef-lieu de la baronnie des PotĂ©es Ă©tait Aubigny. - 85 -, - les Grands Marais, intersection de la limite des communes de la Taillette, d'EleigniĂšres et de Maubert-Fontaine, points extrĂȘmes des cantons de Roeroi et de Signy-le-Petit. Les contreforts de la MurĂ©e et des Etocs, territoires de Roeroi, de ChĂątelet-sur-Sormonne et du Trembiois, garantissaient toute surprise pouvant venir de l'est. Au sud, les ouvrages descendaient pour ainsi dire jusqu'Ă la Sormonne, au coudĂ© produit par cette riviĂšre oĂč s'Ă©lĂšve aujourd'hui le village de Chiliy. Le terrain a Ă©tĂ© bouleversĂ© complĂštement au nord par les travaux exĂ©cutĂ©s lors de la bataille de Roeroi 1643. L'occupation espagnole qui suivit, et le nouveau siĂšge de la place par Turenne, pendant lesquels on ouvrit deux grandes tranchĂ©es, modifiĂšrent l'aspect du sol. Il y subsiste seulement quelques mar chefs. Une station annexe et intermĂ©diaire existait Ă Dorville 1, en dessous de Maubert-Fontaine. Elle Ă©tait distante de 3 lui. 1/2 de Hamzy et Ă l'ouest. Sa ligne protectrice s'Ă©tendait au nord vers le et au sud-ouest vers les Bas Champs EteigniĂšres. Elle paraissait s'arrĂȘter Ă la vallĂ©e fangeuse de fa Sormonne pour regagner au sud les Bois de la CroĂ»te Girondelle et les bosquets de la Rubrique, commune de Marby. L'ouvrage de Gironsault dans la boucle de la Sormonne en avant d'Etalles fermait le contour et dĂ©fendait aussi Hamzy. H. B. A suivre. 1 Ecart de Maubert-Fontaine et Ă mĂštres Ă l'ouest, prĂšs de la route de Flandre de Charleville Ă Hirson. C'est la C3rTjiex*x»e ! IV. - LES PARISIENS Pendant ces derniers jours de juillet, Madame et AndrĂ© assistaient Ă presque toutes les rĂ©unions oĂč l'objet des conversations Ă©tait surtout le dĂ©nouement rapide des Ă©vĂ©nements. â Mais, dit Madame, la sauvagerie d'une guerre n'est plus possible au vingtiĂšme siĂšcle, avec toutes les Ligues et CongrĂšs pacifistes des derniĂšres annĂ©es; le Tribunal d'arbitrage de La Haye est lĂ pour quelque chose. â La Haye n'est pas sur le chemin de Berlin Ă Paris, il n'est sur le chemin d'aucune grande nation. Le tsar a fĂȘtĂ© son prix Nobel de la paix par la guerre du Japon... La vie est burlesque avant tout, conclut un stagiaire aux Affaires coloniales. â Mais alors qu'on cherche les moyens d'empĂȘcher celte rechute dans la barbarie... Que font les politiciens? s'Ă©crie une de ces dames. â Ils font tous kss... kss..., de voisin Ă voisin. â Les gouvernements responsables ne peuvent ĂȘtre assez fĂ©roces pour jeter leurs peuples dans une pareille catastrophe, reprend Madame. â Mais notre RĂ©publique oĂč l'EgalitĂ© rĂšgne, dans la caserne du moins, sait qu'une dĂ©claration de guerre serait l'arrĂȘt de mort de ceux qui la feraient... des dĂ©putĂ©s et de leurs fils, rĂ©plique le stagiaire. â Aucun gouvernement n'est responsable de la guerre, pas plus qu'un peuple... et tous sont responsables devant l'Histoire et l'HumanitĂ©; car elle est le rĂ©sultat impĂ©rieux des - 87 â ambitions politiques, des rapports gouvernementaux haineux, des heurts d'intĂ©rĂȘts mondiaux et particuliers qui s'entrechoquent partout, sur terre et sur mer, dans l'expansion Ă©conomique universelle, dit AndrĂ©. â La RĂ©publique, les Français dĂ©fendant les ImpĂ©rialismes Ă©trangers !... C'est grotesque, je vous dis, ajoute Madame. â C'est surtout la dette de 1870 que nous voulons acquitter, dit AndrĂ©, nos dettes envers l'Alsace-Lorraine sacrifiĂ©e... Mais, pour moi, la guerre n'est que l'explosion finale des forces mystĂ©rieuses, terribles comme celles des tremblements de terre et des volcans. Ils grondent sourdement, ils font longtemps des poussĂ©es insoupçonnĂ©es contre la croĂ»te terrestre qui leur rĂ©siste, puis un jour... pourquoi celui-lĂ ?... elle Ă©clate. A suivre. Reproduction interdite. CommuniquĂ© par le Dr GILLES. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE III SĂ©vigny Ă travers les Ăąges. VII. â Les vieux arbres. Le village de SĂ©vigny offrait jadis un aspect Ă©trange, de quelque point de vue qu'on le contemplĂąt. Les anciens du pays, qui en avaient gardĂ© une impression profonde, se sont plu souvent Ă en Ă©voquer devant nous le tableau. Notre pays, toute abstraction faite des forĂȘts qui l'entourent, n'usurpait point son nom tout y Ă©tait bois. De loin, le terroir ne semblait ĂȘtre que la continuation de la forĂȘt ; et quand ses arbres et ses buissons Ă©taient revĂȘtus de leur parure de feuillage, le village ne prĂ©sentait qu'un fouillis Ă©tage et moutonnant, d'oĂč sortait çà et lĂ quelque tuyau de cheminĂ©e, quelque toit pointu de chaumiĂšre. Chaque demeure Ă©tait abritĂ©e d'un bouquet d'arbres que la cognĂ©e respectait, et dont certains avaient sĂ»rement abritĂ© bien des gĂ©nĂ©rations. Chaque rue ressemblait Ă l'avenue d'une vieille forĂȘt. Toutes Ă©taient bordĂ©es de haies hautes et Ă©paisses, qu'on ne coupait pas une fois tous les dix ans ; les rameaux des hĂȘtres, des frĂȘnes et des planes se croisaient en voĂ»te au-dessus d'elles et il y rĂ©gnait une sorte de demi-jour qui portait Ă la rĂȘverie. Telles Ă©taient encore, vers 1850, la rue de Faux-PrĂ©s, que le peintre Leroy appelait une admirable promenadesolitaire », et la ruelle du Boucher. Nos aĂŻeux semblaient avoir conservĂ© au fond de leur coeur quelque chose des vieilles croyances celtiques, du culte antique des forĂȘts sentiments inconscients et inavouĂ©s sans doute, mais vivaces, mystĂ©rieux, comme tous les atavismes de l'Ăąme sentiments que la civilisation combat sans pouvoir toujours les vaincre. De plus, comme le faisait remarquer si justement M. Henri Jadart, un sentiment innĂ© d'admiration nous rend cher le sort des vieux arbres Ă l'Ă©gal de celui des vieux monuments. Ne sont-ils pas les chefs d'oeuvre de la nature comme nos Ă©difices sont le reflet du gĂ©nie de l'homme ? » Parmi les vieux arbres que le xix° siĂšcle a vu disparaĂźtre Ă SĂ©vigny, quelques-uns sont demeurĂ©s lĂ©gendaires. Le ChĂȘne Bocquet vit plusieurs gĂ©nĂ©rations danser sous son ombrage ; le curĂ© Dupin se le fit cĂ©der, vers 1850, et ce dernier survivant des anciennes forĂȘts de Paquis servit Ă la construction d'une maison Ă Marenwez. Les frĂȘnes Ă©normes sis devant le cimetiĂšre "Ă©taient contemporains de la vieille Ă©glise de SĂ©vigny, dĂ©molie en 1778. Le dernier fut abattu en 1872 et, quelques 30 ans auparavant, celui qui existait sur l'emplacement du presbytĂšre actuel, que deux hommes ne pouvaient embrasser, Ă©tait plus ancien encore. Non loin de lĂ , en face de l'ancien presbytĂšre, un orme ou tilleul gigantesque avait vu s'asseoir sous sa ramure tous les curĂ©s delĂ ForĂȘt, depuis l'origine de la paroisse. Pour ne pas trop allonger cette nomenclature je ne citerai plus que le Faux Woirlier du bas de la Grand'fiue. Ce roi des arbres de SĂ©vigny, Ă l'immense frondaison, ne fournit pas moins de 54 stĂšres de bois de chauffage. ĂŻi a un successeur ĂągĂ© d'un siĂšcle que son propriĂ©taire actuel, Joseph SommĂ©, conservera aux gĂ©nĂ©rations futures. Il ne faut pourtant pas omettre de mentionner ici, avant de terminer, le ChĂȘne Ă la Vierge, qui Ă©tait classĂ©, entre les Deux Moulins. Sa vaste ramure abritait une statuette de la Vierge, protectrice des habilants de ces lieux .Ă©cartĂ©s. Les Allemands eurent la sauvagerie de faire abattre cet arbre en 1917. Et surtout le ChĂȘne Ă deux PĂąlies, actuellement le doyen des PothĂ©es. Comme son nom l'indique, il est formĂ© de deux chĂȘnes, sĂ©parĂ©s Ă leur base par un intervalle assez large pour donner passage Ă un enfant, mais qui se rĂ©unissent et se confondent Ă la hauteur de 2 mĂštres pour n'avoir plus qu'un tronc et une commune ramure 1. Malheureusement une des pattes est complĂštement creuse, ayant Ă©tĂ© incendiĂ©e, hĂ©las ! par un garde forestier qui en voulait chasser un essaim d'abeilles. Au xvin' siĂšcle, cet arbre servait dĂ©jĂ de lieu de rendez-vous Ă Messires de la MaĂźtrise des Eaux et ForĂȘts, quand leurs fonctions les appelaient dans les PothĂ©es. Au temps 1 Il mesure aujourd'hui 2m,90 de circonfĂ©rence Ă la rĂ©union des deux pattes et 25 mĂštres de hauteur. â 90 â de M. l'abbĂ© Legros, c'Ă©tait un lieu d'excursion pour les hĂŽtes nombreux et distinguĂ©s qu'il recevait Ă son presbytĂšre. L'Ă©lite de la sociĂ©tĂ© rĂ©moise s'y trouva plus d'une fois rĂ©unie avec les notabilitĂ©s de Rocroi; et Dieu sait si, ces jours-lĂ , le Champagne coulait sous le vieux chĂȘne ! Je mentionnerai enfin la superbe cĂ©pĂ©e des Six FrĂšres coupe 10 de la rĂ©serve de l'Etat, non loin de la Grande AllĂ©e, constituĂ©e par six frĂȘnes magnifique issus d'une mĂȘme souche, laquelle a 12 mĂštres de circonfĂ©rence, el le ChĂȘne du RondPoint, le roi actuel de la forĂȘt, que le garde Pierquin a su faire respecter des Allemands. Son fĂ»t, trĂšs sain, trĂšs droit, a 3m,50 de tour. PAULIN LEBAS. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 ISFo-fcess Se Souvenirs Suite. Lundi 15 janvier 1917. âAujourd'hui, noire cloche a Ă©tĂ© dĂ©montĂ©e et jetĂ©e Ă terre sans se briser, Ă travers les ouĂŻes dĂ©molies au-dessus du portail. Depuis trois jours on travaillait dans le clocher Ă la dĂ©monter. Que Dieu pardonne aux malheureux qui ont commandĂ© cette oeuvre sacrilĂšge et Ă ceux qui l'ont accomplie ! Ce sont les sieurs Gilquin et Lambert de Rocroi, Druart du Tremblois et un autre dont le nom m'Ă©chappe. Cette triste opĂ©ration ne leur portera pas bonheur, bien qu'ils affirment avoir Ă©tĂ© forcĂ©s par la Rommandantur Ă l'exĂ©cuter. Ces coquins ont exigĂ© cent'francs de la commune pour leur sinistre besogne, et le maire a Ă©tĂ© obligĂ© de leur donner celte somme avant leur dĂ©part. L'Ă©glise n'a pas trop souffert, mais - 91 - le clocher dĂ©jĂ en fort mauvais Ă©tat n'est plus trĂšs solide, et la pluie d'ouest entrera facilement Ă travers l'ouverture bĂ©ante de l'ouĂŻe agrandie, et la tribune deviendra inhabitable, Ă moins qu'on n'aveugle celte trouĂ©e avec des planches. Que de chagrins, d'inquiĂ©tudes et mĂȘme de malĂ©dictions, car je l'avoue humblement, je n'ai pu m'empĂȘcher de maudire ces mauvais français, criminels exĂ©cuteurs des basses oeuvres de nos ennemis. Ignosce eis, Domine Jesu! Il neige depuis huit jours, nous en avons plus d'un pied. 25 hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s aujourd'hui pour nettoyer et balayer la route du ChevalBlanc Ă Maubert, sur un parcours de prĂšs de 7 kilomĂštres. Ils en ont pour une huilaine de jours, et encore s'il cesse de neiger. 19 janvier 1917. â Notre cloche est partie ce matin pour Maubert, d'oĂč elle doit ĂȘtre transportĂ©e en Allemagne. Pas un homme de la paroisse ne fut trouvĂ© pour la charger sur la charrette qui devait la transporter, et ce furent encore deux Ă©trangers qui la hissĂšrent pĂ©niblement avec les deux Prussiens qui devaient lui faire cortĂšge jusqu'Ă la gare. Pauvre cloche ! le voilĂ partie bien tristement aprĂšs avoir annoncĂ© les offices, les adorations, les joies et les deuils de la paroisse pendant prĂšs de cent ans ! Tu ne sonneras point pour la victoire de la France et la paix enfin retrouvĂ©e ! Cette cloche avait Ă©tĂ© refondue avec l'ancienne Ă laquelle on avait ajoutĂ© 400 kilos de bronze et d'alliage, eu 1818, par les soins de M. Petit, horloger Ă Couvin Belgique. Elle pesait 573 kilos et portait l'inscription suivante L'an 1818, la cure Ă©tant vacante, j'ai Ă©tĂ© bĂ©nite par Mr SommĂ©, vicaire de la paroisse de S' Jacques de Reims, et nommĂ©e Louise- JosĂ©phme par lui et par Pierre-Louis Dupont, parrain, et Marie-JosĂšphe SommĂ©, son Ă©pouse, marraine. Ad majorent Dei Gloriam! Les Munaux m'ont faite Ă Givet ». â 92 - 31 janvier 1917. â La semaine derniĂšre â c'Ă©tait, je crois, le 24 âune triste nouvelle Ă©tait arrivĂ©e de la Kommandantur, comme, hĂ©las ! presque tous les jours. On exigeait 8 hommes de ceux qui restaient au pays, entre 18 et 50 ans, pour aller Ă Sains-Richaumonl Aisne travailler pour-nos ennemis. Le Conseil municipal rĂ©uni dĂ©cida de tirer au sort parmi les 24 hommes de cet Ăąge se trouvant dans la commune, non compris les malades et le sabotier Ch. Robin, obligĂ© de fournir chaque semaine aux Allemands plusieurs douzaines de paires de sabots. TombĂšrent au sort Edouard Madoulet et son fils Edmond, Bastien, Lamy, Jules Lebas, Joseph Neveux, NoĂ«l Lebas et Arthur SommĂ©. Sur le champ, Joseph Neveux se fit remplacer par le jeune LĂ©on Manceaux en lui offrant un billet de 100 marks. Le maire alla porter la liste Ă la Kommandanlur de Maubert, et lĂ on remplaça les pĂšres de familles Edouard Madoulet, Bastien, Arthur SommĂ©etJules Lebas,par des jeunes gens ou des veufs Georges Alisse, Jules Marteleur, MĂ©lin et Altiba. Nouvelle dĂ©solation pour ceux qui remplaçaient et pour leurs familles. Le lendemain, par un fort verglas, Georges Alisse se donnait une douloureuse enlorse clans la rue oĂč on se tenait Ă peine debout, et on dut tĂ©lĂ©phoner pour obtenir un sursis. Mais-il fallait 8 hommes et, le soir mĂȘme, les gendarmes boches venaient prĂ©venir Joseph Neveux de se prĂ©parer Ă partir le lendemain malin. Le pauvre! il avait donnĂ© la veille cent marks pour Ă©chapper Ă cette douloureuse corvĂ©e 1 ! Les condamnĂ©s devaient se trouvera la gare de Mauberl-Fontaine Ă 7 h. 1/2 du matin. Us partirent vers les 5 heures par le verglas et un froid glacial. ArrivĂ©s Ă la gare, nos barbares les firent attendre dans la neige, sur le quai, d'oĂč ils ne partirent que dans l'aprĂšs-midi, pour s'arrĂȘter encore Ă Au vil lers oĂč devait avoir 1 Tous les hommes et jeunes gens devaient ĂȘtre exilĂ©s plus tard, soit fin de 1917, soit en 1918. â 93 â lieu le rassemblement gĂ©nĂ©ral. Ce ne fut qu'au milieu de la nuil, qu'accompagnĂ©s par les gendarmes, ces infortunĂ©s au nombre de plusieurs centaines rassemblĂ©s dans toute la Kommandaniur, partirent et armĂšrent Ă destination, prĂšs de Guise, n'ayant d'autre nourriture que le peu qu'ils avaient pu emporter. Et dĂ©jĂ nous manquions de tout, le ravitaillement Ă©tant Ă peine suffisant pour ne pas mourir de faim. Les gendarmes qui les conduisirent Ă Sains-Richaumont ont rapportĂ© qu'ils Ă©taient dissĂ©minĂ©s trois par trois dans des maisons inoccupĂ©es, couchant sur la paille par ce froid de 12 Ă 15 degrĂ©s, oĂč ils soignent les chevaux des troupes ennemies, bottellent le foin, font une petite ligne de chemin de fer ou servent les maçons qui rafistolent les maisons Ă demi dĂ©truites devant abriter les boches qui viennent se reposer 1. Inutile de dire quelles furent leurs souffrances pendant ces mois rigoureux d'hiver et plus tard au dĂ©gel, leur nourriture Ă©tant insuffisante. Ils Ă©taient souvent forcĂ©s de courir les pays environnants pour se procurer quelques lĂ©gumes destinĂ©s non Ă apaiser leur faim, mais Ă la tromper, afin de ne pas tomber d'inanition. Mardi 7 fĂ©vrier. â Il y a quelques jours, c'Ă©tait le jeudi 2 fĂ©vrier, en la fĂȘte de la Purification, est arrivĂ©e une deuxiĂšme colonne d'artillerie. On a fait refluer dans la rue de la Sarthe, en les entassant les uns sur les autres, tous les soldats de la premiĂšre colonne qui se trouvaient dans la Grand'Rue, afin d'y loger les nouveaux venus. Cette premiĂšre nuit, j'ai dĂ» donner deux chambres et deux lits pour le commandant et un autre officier. Mais le pire, c'est qu'ils s'emparĂšrent de ma cuisine pour y faire leur popote Ă tous les officiers de la colonne au nombre de huit, et de nia salle Ă manger pour y prendre leur repos et leurs repas. Ce fut le commencement de misĂšres 1 On a su plus tard â car nos chers exilĂ©s restĂšrent absents plus de 6 mois â qu'un certain nombre de ces malheureux avaient dĂ» creuser des tranchĂ©es derriĂšre la fameuse ligne Hindenburg. â 94 â inĂ©narrables dont peuvent se faire une idĂ©e ceux-lĂ seuls qui eurent le malheur d'avoir chez eux ce que les boches appelaient le casino 1. Nous pleine invasion. Mes nouveaux et peu dĂ©sirables occupants ont trouvĂ© que ma salle Ă manger pavĂ©e Ă©lait trop froide et, avant d'y installer un poĂȘle Ă©norme qu'ils ont trouvĂ© chez moi, ils mangent au premier Ă©tage dans la chambre Ă coucher du commandant. Mes meubles sont transfĂ©rĂ©s sans scrupule et sans permission de bas en haut et de haut en bas. Tout est Ă eux. Cette chambre me plaĂźt, c'est Ă vous d'en sortir. Ces aimables ? hĂŽtes, ou plutĂŽt maĂźtres, sont des Bavarois 4e Rld'art. de Munich et des environs. Les officiers sont pleins de morgue, arrogants, mais polis. Quant aux deux soldats, le cuisinier et le valet de chambre, ils me paraissent d'assez braves gens. Le cuisinier Ă©corche le français et ma niĂšce a gagnĂ© ses bonnes grĂąces, en sorte que nous n'avons pas trop Ă souffrir jusqu'ici ; et mĂȘme en ces temps de presque famine oĂč beaucoup de mes paroissiens n'ont plus ni pain ni farine, nous n'en avons pas manquĂ©, et souvent nous pouvons faire part de notre pauvretĂ© Ă de plus malheureux que nous. Aujourd'hui, on leur a envoyĂ© environ 500 kilos de houille en briquettes, ce qui Ă©pargnera un peu mon tas de bois, dans lequel ils ont dĂ©jĂ fait 1 Et cette pĂ©nible situation dura deux ans et plus, puisque, aprĂšs l'armistice du 11 novembre 1918, les officiers français, italiens et autres avec leurs domestiques usĂšrent do mon presbytĂšre jusqu'en mars 1919, pendant 25 mois, ne nous laissant que deux chambres. Avoir un ou deux officiers Ă loger, leur fournir Ă chacun une chambre, .ce n'est rien ou peu de chose; mais avoir sur son dos, nuit et jour et jour et nuit dans, trois ou quatre places, officiers et soldats, cuisiniers et ordonnances, au nombre de 10, 12, 15 et plus, est la situation la plus intolĂ©rable que Ton puisse imaginer ; il y a de quoi Ă devenir fou ou enragĂ©. -A leur date, je conterai quelques-unes des scĂšnes qui se sont passĂ©es dans mon presbytĂšre, et on sera Ă©difiĂ©. â 95 â un joli trou, tant pour la cuisine que pour la chambre du commandant. Celui-ci a fait transformer sa chambre, non seulement en salle Ă manger oĂč les officiers sont Ă table les uns sur les autres, mais il a fait poser le tĂ©lĂ©phone en haut et en bas, etc., comme s'il devait s'Ă©terniser ici. Pauvre pĂ©cheur que je suis, je m'efforce Ă supporter tout ce vacarme pour l'expiation de mes fautes si nombreuses. Il me semble que, du moins pour les soldats, il y a jalousie et hostilitĂ© entre les Bavarois et les Prussiens ceux-lĂ se plaignent vivement d'ĂȘtre toujours au front tandis que les Prussiens ont de nombreux jours de repos. 11 y a souvent, me disent les soldats qui sont chez moi, des batailles en rĂšgle entre eux et les Prussiens quand ils se trouvent clans les mĂȘmes cantonnements. Je ne crois guĂšre Ă leurs dolĂ©ances. Deuslch ĂŻiber ailes. Enfin, autant ces Bavarois que d'autres, c'est le salaire de la guerre causĂ©e par les pĂ©chĂ©s des hommes. Domine Jesu, dona nobis pacem ! Un tonneau de biĂšre de Munich de 50 litres leur est arrivĂ© hier. Elle Ă©tait presque gelĂ©e et il n'en ont pas tirĂ© plus de 25 bouteilles qu'ils ont bues en deux jours. Le cuisinier reçoit cent marks par mois de chaque officier pour les menues dĂ©penses tous ces gens semblent riches. Il fait un froid comme on n'en a pas senti depuis longtemps, 15 Ă 16° depuis trois semaines ; j'ai les mains gelĂ©es pour cĂ©lĂ©brer le Saint Sacrifice. Mais pourquoi me plaindre quand il y en a de bien plus malheureux que nous et, en particulier la plupart de mes pauvres paroissiens occupĂ©s chaque jour Ă enlever la neige et Ă nettoyer les rues et les routes? Et quand je vois en imagination nos hĂ©roĂŻques poilus qui doivent geler dans leurs tranchĂ©es! Dimanche dernier, 4 fĂ©vrier, un pasteur protestant est venu, Ă 9 heures heure allemande, faire un office pour les soldats des deux colonnes d'artillerie appartenant Ă la religion prĂ©tendue rĂ©formĂ©e. C'Ă©tait un homme d'une quarantaine - 96 â d'annĂ©es, Ă moustaches noires, petit et d'allure assez arrogante. Je ne lui ai point parlĂ©. Je venais de terminer ma premiĂšre messe basse quand une quinzaine de soldats, conduits par un feldwebell, entrĂšrent dans ma pauvre Ă©glise pour y entendre le prĂŽne Ă©vangĂ©lique. Le maire m'avait prĂ©venu, la veille, que ce service aurait lieu ici Ă 9 heures et Ă 11 heures Ă Tailletle. Je me suis hĂątĂ© de sortir de l'Ă©glise en priant Notre Seigneur de les Ă©clairer et de leur pardonner cette profanation, afin de n'avoir avec ces hĂ©rĂ©tiques aucune communication in divinis. J'ai appris le lendemain que le ministre protestant avait haranguĂ© ses soldats de la grille de communion sans pĂ©nĂ©trer dans le sanctuaire. A la grand'messe paroissiale de 10 heures heure française, il y avait une vingtaine de soldats catholiques bien pieux et Ă©difiants ayant tous Ă la main leur livre de priĂšres les autres, y compris les officiers, se sont abstenus. J'ignore quelle est leur religion, bien que la grosse majoritĂ©, dans les deux colonnes, soit composĂ©e de catholiques, m'a-t-on dit. 8 fĂ©vrier. â Aujourd'hui, Ă 4 heures aprĂšs midi, est partie la colonne d'artillerie qui se trouvait dans la rue de la Sarlhe depuis trois semaines. Les officiers qui sont actuellement au presbytĂšre appartiennent, je crois l'avoir dĂ©jĂ dit, au 4° rĂ©giment d'artillerie bavarois, 9° batterie. MEMOR. A suivre. A nos AbonnĂ©s et Lecteurs Pour les abonnements, s'adresser Ă M. F. JALLOTJX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Roeroi Ardennes. Pour la rĂ©daction, Ă M. H. BERNARD, Moulin de l'Ile Bonne, par Rocroi Ardennes. Le GĂ©rant ; H. BERNARD. UN RĂCIT INEDIT DE LA BATAILLE DE ROCROY Cet article a paru clans la livraison d'octobre 1913 de la Revue des Questions historiques. Les. directeurs de cette revue nous ont donnĂ© l'autorisation de le reproduire. La journĂ©e de Rocroy, qui ouvrit si brillamment le grand rĂšgne, pour nous assurer, jusqu'Ă la fin de celui-ci, la suprĂ©matie politique et militaire, semble participer Ă l'oubli oĂč tombe lentement l'histoire du xvir siĂšcle, â trop Ă©loignĂ©e, dit-on, pour nous instruire, sinon pour nous intĂ©resser. La victoire, si justement cĂ©lĂšbre, remportĂ©e par nos armes le 19 mai 1643, nous a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par Mgr le duc d'Aumale, dans le magnifique tableau, plein de vie et de couleur, qu'il a tracĂ© d'aprĂšs ses archives de Chantilly. Et, depuis, le silence s'est fait sur le glorieux combat, comme si le chef-d'oeuvre que nous venons de citer avait dĂ©couragĂ© les chercheurs. Le rĂ©cit qu'on va lire ne prĂ©tend point rivaliser avec lui. Ecrit sans apprĂȘt, currenle calamo, il n'a pour nous que deux mĂ©rites. D'abord, celui d'ĂȘtre entiĂšrement inĂ©dit, et cependant conforme Ă deux relations ultĂ©rieures qui nous ont constamment servi Ă le contrĂŽler 1. Ensuite, il est l'oeuvre d'un acteur de la bataille, et jette un jour curieux sur les dĂ©tails d'application des manoeuvres ordonnĂ©es par le duc d'Anguien, non moins que sur l'intrĂ©piditĂ© souvent tĂ©mĂ©raire Cl Ce sont le rĂ©cit de la Gazette, que l'on va lire, et la Relation de la bataille donnĂ©e par M. le due d'Anguyen pour le seeours de Roeroy. Paris, Cramoisy, 1643. Bib. nat. niss~ 23335,fol. 182 Ă 187. /N 18 G? AnnĂ©e â 98 â de ses officiers. Nous allons prĂ©senter celui d'entre eux qui nous a gardĂ©, de si pittoresque façon, le souvenir de celte journĂ©e. A la suite du compte rendu officiel de la bataille de Rocroy, insĂ©rĂ© dans la soixante-septiĂšme Gazette de 1643, Renaudot ajoutait cette remarque Cette victoire est d'autant plus Ă signaler, qu'elle a Ă©tĂ© acquise avec beaucoup de sang, mesme au commencement auquel le rĂ©giment du Roy, commandĂ© par le vicomte de Montbas, persa deux fois un bataillon de Espagnols naturels qui se refermait aussytost, et oĂč ce vicomte fut blessĂ©, pris, et recous par les nostres, et le sieur de Vergnes, son cornette, blessĂ© d'un coup de pique Ă la teste et d'un autre coup de perthuisane au bras. » De son cĂŽtĂ©, l'auteur inconnu de la Relation citĂ©e plus haut Ă©crivait La cavalerie de l'aisle droite y a fait au delĂ de ce qui se pouvoit attendre ; et se sont signalez les sieurs de Montbas, d'Eslournelles, PontĂ©coulans et Saint-Julien, capitaines au rĂ©giment de cavalerie du Roy. » François Barton, vicomte de Montbas, dont la presse de l'Ă©poque relatait ainsi les faits d'armes, Ă©tait nĂ©, en 1615, d'une vieille famille de la Basse-Marche 1. Son pĂšre, capitaine de chevau-lĂ©gers, le fil admettre, encore enfant, parmi les pages de Richelieu oĂč il donna de grandes espĂ©rances. » Devenu lui-mĂȘme, en 1635, capitaine d'une compagnie de cavalerie, il fit, en cette qualitĂ©, les premiĂšres campagnes de la guerre de Trente Ans. Le 24 janvier 1638, lors de la formation dĂ©finitive des rĂ©giments, cette compagnie fut incorporĂ©e Ă celui du cardinal de Richelieu, dont il prit le commandement au titre de premier capitaine, avec la direction efĂŻec1 efĂŻec1 me suis servi, pour la biographie de ce personnage, de Pinard Chronologie. militaire, IV et de Rothwiller Histoire du 2" cuirassiers. Les papiers de famille m'ont aidĂ©, sur plusieurs points, Ă complĂ©ter ces renseignements. â 99 â tive du corps. Il assista successivement aux siĂšges de SaintOmer, de Lillers, d'Hesdin, d'Arras et d'Aire, et fut enfin dĂ©signĂ©, en avril 1643, pour rejoindre l'armĂ©e que le duc d'Anguien formait Ă Amiens. C'est ainsi qu'il se trouva prendre part, avec son rĂ©giment, Ă la bataille de Rocroy. En rĂ©compense de sa belle conduite, le Roi, devenu propriĂ©taire du rĂ©giment par la mort et le testament de Richelieu, nomma François de Montbas mestre de camp lieutenant du nouveau Royal-Cavalerie, le 1er aoĂ»t 1643. Commissaire d'artillerie le 3 avril 1644, marĂ©chal de camp le 23 octobre 1646, gentilhomme de la chambre le 8 mars 1649, Montbas, que Louis XIV estimait fort, fut enfin lieutenant gĂ©nĂ©ral le 10 juillet 1652. Il avait pour mission de dĂ©fendre la cause royale contre les princes, dans la rĂ©gion de la Brie. Et il s'acquittait avec honneur de celte tĂąche souvent rude 1, lorsqu'une maladie foudroyante vint briser celte brillante carriĂšre; il mourut le 10 janvier 1653 dans son gouvernement de Melun, dans le temps que le Roy pensait Ă le faire marĂ©chal de France. » Il n'avait que trente-neuf ans 2. . On voit, par ce rapide exposĂ© de sa vie et de ses services, que Monlbas Ă©tait bien qualifiĂ© pour nous faire de la journĂ©e de Rocroy une relation intĂ©ressante. Et maintenant que nous connaissons l'auteur, laissons-lui la parole, en respectant scrupuleusement l'orthographe 3. 1 Sa correspondance Ă ce sujet est conservĂ©e au DĂ©pĂŽt de la guerre vol. CXVIII, CXXXIII, CXXXIV et aux Aff. Ă©trangĂšres vol. DCCCLXXXVIII. Nous avons lĂ une vingtaine de lettres de lui. . 2 La Gazette du 25 janvier 1653 lui consacre un article nĂ©crologique des plus Ă©logieux pour sa mĂ©moire. 3 On remarquera, dans le cours du rĂ©cit, sa parfaite concordance avec ceux de la Gazette et de la Relation, Ă©crits inconnus de l'auteur, qui Ă©crit le lendemain mĂȘme de la bataille. â 100 â Du quartier gĂ©nĂ©ral de la cavallerie, ce 20" de may 16431. Mon pĂšre, ma trĂšs honnorĂ©e bonne 2, et ma chĂšre Morette 3. Louerons Dieu et la trĂšs-sainte Vierge de ce que les bons anges ont combatus pour nous. Je partis de Rouen sy Ă propos, que malgrĂ© ma diligence extrĂȘme je trouvay l'ordre au quartier pour aller s'opposer au passage dĂ©s ennemis 4. Le manque de capitaines estonnoient les cavaliers ; je leur remis les sens et y fus, notre ombre dissipa ce nuage. Sans reposer, je mis, par l'ordre de Messieurs 5, une fois Ă la veĂ»e des ennemis, Ă trois fois le rĂ©giment de Piedmont dans la Capelle, qui craignoienl le siĂšge, et plusieurs autres choses. En achevant le dernier convoy je partis avecq l'armĂ©e qui venoit au secours pour aller Ă ceiuy de Rocroy, que Melos, le comte de Fontaine et le duc d'Elbuquerque 6 estoient venus assiĂ©gĂ©, avec hommes de pied et chevaux, attendant Bec qui debvoient les joindre le 18e du courant 7, afin que prenant la ville le 19° ainsy qu'ils le debvoient faire, et plus tĂŽt, si M. de Gassion n'y eustjetĂ© du secours tirĂ© d'un parti qu'il avoit fait pour essayer d'enlever quelque quartier 8. Ce n'estoient pourtant que cent fuseliers commandĂ©s par un cap1 cap1 aussi le rĂ©cit du duc d'Aumale, Histoire des princes de CondĂ©, t. IV, p. 74-124. 2 C'est sa mĂšre qu'il dĂ©signe ainsi. 3 Sa femme, Denise de MaillĂ©, petite-niĂšce de la femme du grand CondĂ©. 4 La concentration se fit Ă Ancre aujourd'hui Albert, prĂšs d'Amiens. 5 MM. les marĂ©chaux. 6 Chefs espagnols FuentĂšs, 1560-1643 ; Beck, f 1648 ; Melos parent du roi d'Espagne. 7 Avec hommes de renfort. 8 La phrase est incomplĂšte il faut probablement ajouter ; et Ils, nous empĂȘchassent de la secourir. » â 101 â pitaine du Vexsin nommĂ© Saint-Martin, et 25 de ses dragons habillez en gardes 1, qui tous passĂšrent heureusement. La diligence fut sy grande que sans que les ennemis eussent nouvelles-de nous, nous arrivasmes Ă 4 lieues d'eux le 17e, oĂč on y fit laisser les Ă©quipages. Et puis, en ordre de bataille, on fut jusques Ă un trĂšs-grand deffillĂ© oĂč on croyoit qu'ils seroient de mesme pour nous empescher de passer ; pendant les escarmouches qui y seroient faites, c'esloit le dessein dejeller 800 hommes dans la place au travers des bois dont cette place est entourĂ©e et de marais. Les ennemis eurent moings de civilitĂ© et ne voulurent point sortir de leur camp. On passa le dĂ©filĂ© et sy Telle gauche conduitle par M. de la FertĂ©-Senetaire ne se fust point Ă©cartĂ©e dĂšs le soir, on leur eust donnĂ© bataille. Mais ayant passĂ© de l'autre costĂ© d'un marais, nous fusmes tout le soir Ă faire mine d'aler Ă eux le craignant beaucoup. Cependant, on canonna de part et d'autre trĂšs-incommodĂ©ment pour nous, par ce que nous eusmĂȘs force genztuĂ©sdu canon. J'avais la teste de tout Ă Telle droite 2. Nous passasme la nuit sans pain, sans fourrage aucun, attendu que nos vedettes et sentinelles se parloient. A la pointe du jour tout fut dispozĂ©. 31. de Gassion s'en vient Ă ma teste. Nous passasmes un taillis oĂč ils avoient mis 800 mousquetaires en embuscade ; nous essuasmes cela sy heureusement qu'il ne demeura que quelques cavaliers 3. DelĂ estant dans la plaine, nous allasmes aux ennemis que nous trouvasmes prĂšs Ă bien faire, en belle et raze campagne. Lors la tiĂ©deur se mit dans les esprits de ceux qui croyoient que 1 Sous le lieutenant CimetiĂšre. Tout ce passage est presque textuellement reproduit dans la Relation. 2 Ici Montbas se vante un peu c'est Gassion et M. le duc qui commandaient l'aile droite. Le duel d'artillerie est aussi mentionnĂ© dans la Relation Saint-Martin, capitaine Ă Royal, fut tuĂ©. 3 La Relation porte Ă le nombre de ces ennemis embusquĂ©s dans un ravin boisĂ©. â 102 â pour avoir poussĂ© 800 mousquetaires la bataille estoit gagnĂ©e. Et, qui pis est, Tesle gauche plia, et nostre canon fut pris. La Barre, lieutenant commandant nostre artillerie, tuĂ© ; M. de la FertĂ© blessĂ©, et M. le mareschal de Tllospital aussy, qui commandoit Ă la bataille ; tandis que M. le Duc estoit partout. NĂ©anmoings ce que je vous raconte se faisant en mesme temps que ce que je vous dis, donna temps et lieu de reprendre le canon et leurs postes. J'avois doncq plus de chemin Ă faire pour joindre que les autres. M. de Gassion me montre Ă 200 pas de nous 2 bataillons, l'un d'Espagnolz, l'autre d'Italiens et de Wallons, de chacun plus de hommes, et me dit de les charger. Je n'avois que 400 chevaux en tout, Ă cause que les Ă©quipages resfans et les grandes courses que nous avions faites avoient ruinĂ© une partie de mes chevaux. Je les mis en deux escadrons, savoir 5 compagnies dans le mien, savoir Ilocquincourt, Flavacourt, dont le capitaine est absent, Freigneville et Esclinvilliers 1 ; les autres six, avec M. d'Estournelle, lequel j'ai laissĂ© avecq M. de Gassion, qui Iuy fit charger celuy de main gauche, qui estoit ccluy des Italiens et Walons. Et moy, en la garde de Dieu, je m'en allay au petit pas jusques Ă 50 pas d'eux, d'oĂč tournant la teste je vis que tout le reste de l'armĂ©e faisoit halle pour attendre l'Ă©vĂ©nement de ce combat sy inĂ©gal. Lors je vis le passage de TEsorilure 11 faut qu'un meure pour le peuple. » Je fis le signe de la croix et continuay mon chemin, tournant autour de ce bataillon qui n'avoit pas tant de hauteur que noire escadron, mais bien trois fois autant de front. Je le considĂ©ray en marchant ; puis voyant un endroit qui me sembla plus vuide que les autres, je dis, Ă vint pas d'eux, de sonner la charge et d'aller au grand trot, ma droitle d'Ocquincourt allant sy molement que j'avois peur qu'il nous en falust retourner. Les animant de la voix, je pousse droit 1 Avec sa compagnie Ă lui, cela faisait cinq. â 103 â par devant eux et entre dans le bataillon, tuant le major qui commandoit en cet endroit. Il ne me croyoit pas armĂ©, quoy que je le fusse complet, Ă cause d'une petite casaque qui me couvrait mes armes, mon escharpe par-dessus. II me voulut donner un coup de pertuisane, mais je luy donnay de TespĂ©e jusques Ă la garde. Messieurs de Reigneville et Esclinvilliers firent de mesme. Mais regardez ce que je vas dire. Tous mes compagnons me suivirent ayant percĂ© ce bataillon ; il se reforme, et le repersant ou y estant meslĂ© M. des Vergnes 1 y fust portĂ© par terre d'un coup de picque dans le front et d'un coup d'allebarde dans le bras, qui luy fit perdre grande quantitĂ© de sang que les ennemis le croyoient pour mort. Il appela TrĂ©jot, desjĂ blessĂ© d'une mousquetade qui lui perce la main, pour prendre sou estendart, sa belle juman Ă©tant morte sous luy ; Tiberville est en danger, La Riman blessĂ©, et luy beaucoup baignĂ© sic Ă qui j'avois donnĂ© le masque d'or, lequel fust tuĂ©, et luy blessĂ© d'une allebarde Ă la teste, dont le sans l'aveuglait ; le Comte, valet autrefois de Bret 2, blessĂ© d'une mousquetade; la NĂ©grerie, d'une cjui lui casse le bras; la PĂ©courlie, d'une qui luy a crevĂ© un oeil ; la Motte-DarniĂšre, de trois dont il court risque; plus &3 que vous ne cognoissĂ©s pas, dont cinq sont desjĂ mort, et les autres en danger, Bref, hors quatre qui me suivirent mollement, Baligny et La Croix qui n'en firent pas de mesme, je n'ai personne en Ă©tat dans ma compagnie. Pour mes valetz, le pauvre Saint-Eslienne a estĂ© tuĂ©, et le cheval noir qui servoit au carrosse cet hiver; le 1 Cornette de la compagnie de Montbas. 2 Jean de Montbas, sieur de Bret, frĂšre cadet du narrateur, Ă©tait capitaine et major Ă ce mĂȘme rĂ©giment, bien que trĂšs jeune. Il passa plus tard en Hollande, Ă©pousa la fille de Grotius, et, en qualitĂ© de commissaire gĂ©nĂ©ral de la cavalerie hollandaise, dĂ©fendit un moment le Rhin contre Louis XIV, en juin 1672. Il finit par revenir en France en 1673, et mourut capitaine des chasses que le prince de CondĂ© possĂ©dait Ă MĂ©ru. â 104 â Lorrain blessĂ© de deux mousquetades, qui court risque; Lafleur, son cheval tuĂ© ; Desmoulins, de mesme ; et le Picart, un doit fracassĂ© d'une mousquetade. J'avois laissĂ© La Perle et le maĂźtre d'hoslel avecq le bagage. Mrs d'Esclinvillers et Reigneville, leurs chevaux tuez et et eux blessez avec pĂ©ril 1 ; le frĂšre du premier et son cornette mort, ou bien prĂšs; deux lieutenants tuez, dont celuy de FabrĂšgues qui m'estoit parent. Un M 1' de MaillĂ© et de Clair sont aussy bien absent que les autres, et ne doibvent pas avoir moings de regret. Je n'ay eu de consolation que de l'absence de Bret, puisque c'est un miracle de voir un homme saing estre sorti de ce bataillon, qui tua presque tous les chevaux des officiers ou cavaliers Ă coups d'Ă©pĂ©e ou pertuisanes, dont les officiers rĂ©formez sont armez. Cela n'empesche pas qu'il en demeura 800 hommes sur la place, le colonel et le reste des officiers pris ce fut, Ă ce qu'on disl, le plus opiniaslre combat qu'il se peult faire 2j. A finir. Hugues de MONTBAS. ConsidĂ©rations sur le champ de bataille de Rocroi, par le gĂ©nĂ©ral Garbit 3, commandant la 4" division d'Infanterie Ă Laon. Il nous faut rappeler que les principales phases de la bataille de Rocroi 19 mai 1643 se sont dĂ©roulĂ©es au milieu des riĂšzes et des marĂ©cages. Des facilitĂ©s se prĂ©sentent, Ă 1 D'aprĂšs la Relation, ils reçurent chacun quatre ou cinq coups. 2 Le 19 mai, entre cinq et six heures du matin. 3 Le gĂ©nĂ©ral Garbit, nĂ© en 1864,est mort Ă Lyon le 1er mai 1923. â Nous ne faisons que rappeler ici les apprĂ©ciations que le gĂ©nĂ©ral voulut bien nous donner dans un entretien, Ă la suite de sa visite des lieux et aprĂšs l'inspection de la place de Rocroi. â Consulter aussi la carte que nous avons donnĂ©e dans le double n° 15 de la Revue de mai 1924. â 105 â notre Ă©poque, pour prĂ©ciser les lieux, abordables aujourd'hui ce qui n'a pas toujours Ă©tĂ© 1. Le front de bandiĂšre espagnol avait Ă©tĂ© tracĂ© par le commandant en chef MĂ©lo, de l'ouest au sud-est de la place de Rocroi qu'il occupait, et Ă une distance de 800 Ă 1200 mĂštres des glacis. Les troupes Ă©taient Ă©chelonnĂ©es sur deux lignes, face au sud-ouest, avec trĂšs peu d'intervalles de dĂ©ploiement. Les Espagnols avaient disposĂ© leur cavalerie aux deux ailes, mais toute leur confiance reposait sur l'infanterie. Celleci, formant le centre, Ă©tait serrĂ©e en bataillons en masses, soutenue par une seconde ligne un peu en arriĂšre. MĂ©lo possĂ©dait une artillerie assez bien organisĂ©e et supĂ©rieure Ă l'artillerie des Français. 11 ordonna de placer les piĂšces en batterie Ă une faible distance en avant du centre et les fit metlresur une lĂ©gĂšre pente au sud-ouest vers SĂ©vignyla-ForĂȘt ; c'est-Ă -dire dans un lieu oĂč se confondent actuellement les limites du territoire de Rocroi et de SĂ©vigny-kForĂȘt. Le front occupait une longueur de mĂštres. L'aile droite, Isembourg, s'appuyait aux bords marĂ©cageux de l'ancien Ă©tang de la Houppe, alimentĂ© par les ruisseaux procĂ©dant des fossĂ©s de Rocroi 2. L'aile gauche, Albukerque, s'avançait jusqu'auprĂšs des Boschets et Ă la naissance du ruisseau de Rouge-Fontaine. Jusqu'Ă celle Ă©poque, la supĂ©rioritĂ© des Espagnols sur tous 1 C'est en 1839 que, pour la premiĂšre fois, le duc d'Aumale parcourut rapidement, avec une escorte, le terrain do la Bataille, lĂ oĂč il put traverser les riĂšzes. Seul le chemin du curĂ©, qui va de Rocroi Ă SĂ©vignyla-ForĂȘt, Ă©tait praticable ; il coupait les endroits oĂč s'engagea la lutte. Le duc d'Aumale revint plus tard, Ă deux fois diffĂ©rentes, examiner les lieux, et il s'y fit conduire en voiture, venant de Maubert-Fontaine. 2 DĂ©signation mentionnĂ©e dans les anciens documents militaires de l'Ă©poque aujourd'hui le ruisseau Sainte-Anne. â 106 â les champs de bataille consistait en une nombreuse et redoutable infanterie. L'ordre serrĂ© que cette arme gardait dans les combats ne lui permettait guĂšre de se le champ de bataille de Rocroi, MĂ©lo avait choisi la meilleure utilisation du terrain et il avait de plus l'avantage du nombre. L'armĂ©e du duc d'Enghien Ă©prouva plus de difficultĂ©s pour arriver sur Je champ de bataille. Elle sut pourtant se dĂ©ployer avec promptitude et avec une grande habiletĂ©, tout en se dissimulant Ă la vue des Espagnols. En sortant des dĂ©filĂ©s de la forĂȘt des PotĂ©es, la cavalerie s'arrĂȘla sur une Ă©minence, aujourd'hui la CensĂ© Gallois. Elle dut chercher un passage pour traverser un marais qu'on trouve encore entre SĂ©vignyla-ForĂȘt et l'endroit de la lutte hĂ©roĂŻque. Les cavaliers français occupĂšrent l'arĂȘte qui s'Ă©tend de la Guinguette cote 378 aux contreforts qui se trouvent Ă mĂštres au nord de SĂ©vigny. L'infanterie profila de ce mouvement pour se dĂ©ployer sans ĂȘtre aperçue des ennemis 1. L'aile droite, que commandait Gassion, accompagnĂ©e du duc d'Enghien, s'avança jusqu'aux abords d'un faillis les Boschets ; l'aile gauche, sous La FertĂ©, se dĂ©ploya sur les contreforts de l'arĂȘte 378, aujourd'hui plaine de la GrandeAubroye, et se forma en deux doubles lignes de colonnes sur le versant qui ail face Ă Rocroi, mais en refusant la gauche » qui se couvrait par Y Ă©tang de la Houppe. Le centre occupa la croupe en face des Espagnols et les deux pentes Tune vers Rouge-Fontaine, l'autre vers l'ancienne Butte de UT. L'infanterie se forma en Ă©chiquier, tout en conservant des intervalles assez larges pour permettre le jeu des rĂ©serves et le dĂ©ploiement des lignes de feu 2. » 1 Voir la JournĂ©e de Rocroy, par le duc d'Aumale, p. 77. H. Champion, Paris 1890. Extrait de YHistoire des Princes de CondĂ©. 2 D'aprĂšs le duc d'Aumale. â 107 - L'artillerie Ă©tait placĂ©e en avant du front. Le front de l'armĂ©e du duc d'Enghien Ă©tait moins compact que celui de l'armĂ©e de MĂ©lo. II s'Ă©tendait sur une longueur de mĂštres 1. L'aspect du terrain sur lequel s'est livrĂ©e la bataille ne saurait tromper. Il indique que la lutte fut Ăąprement disputĂ©e. Les pentes permirent Ă la cavalerie des deux adversaires de pousser des charges vigoureuses. La plus fameuse fut cette charge oblique lancĂ©e par le duc d'Enghien, de TarĂȘfe au sud de Rocroi, sur l'infanterie allemande, wallonne et italienne qui occupait la hauteur Ă Touest. Cette charge dĂ©cida de la victoire. Sur le territoire de SĂ©vigny-la-ForĂȘt, le Marais-auxAmbres et les trois trous de Rouge-Fontaine furent le théùtre des engagements les plus sanglants ; ce fut dans le vallon de Rouge-Fontaine que le duc d'Enghien fit rassembler les trophĂ©es et les prisonniers espagnols. Pour vaincre MĂ©lo et l'armĂ©e espagnole Ă Rocroi, il faut conclure que les Français et leur jeune chef qui n'avait que 22 ans firent preuve d'une grande vaillance. H. B. 1 L'aile gauche française, commandĂ©e par La FertĂ©, Ă©tait protĂ©gĂ©e par l'Ă©tang de la Houppe. On doit compter au front français une Ă©tendue de mĂštres le terrain vient d'ĂȘtre exactement mesurĂ©. Les Chefs d'unitĂ© de l'ArmĂ©e du duc d'Enghien tuĂ©s Ă la bataille de Rocroi 19 mai 1643. C'est par le nom d'un iiĂ©rĂŽs ardennais que nous commençons ces notes biographiques. GODEFROY M DE ROMANCE D'aprĂšs les papiers de famille et les documents de M. le marquis de Romance Mesmon, Ă Amiens, TĂ©rudit Albert BAunoNapubliĂ© dans la Revue historique arde?inaise\\me intĂ©ressante notice sur Godefroy de Romance, marquis d'Altenhoven, commandant de la cavalerie lĂ©gĂšre du rĂ©giment Ă©tranger de TEschelle, et sergent gĂ©nĂ©ral de bataille, qui mourut glorieusement sur le champ de bataille de Rocroi. Un beau portrait du jeune officier, porteur de la cuirasse, a Ă©tĂ© adjoint en couverture du fascicule. Godefroy II, nĂ© Ă LiĂšge en 1604, Ă©tait fils de Godefroy de Romance, Ă©cuyer, sieur d'Altenhoven, premier conseiller du piĂŻnce-Ă©vĂȘque de LiĂšge, Ă©lecleur de Cologne, et de Marguerite Berlier. 11 Ă©lail le neveu de Charles de Romance, Ă©cuyer, seigneur de Mesmon et de l'Echelle, lui aussi originaire de LiĂšge, qui, venu en France comme officier de fortune, commença la famille française et devint Ă©cuyer de Henri IV. Comme son oncle Charles, Godefroy fut admis Ă servir dans nos armĂ©es avec un parti de reĂźtres des troupes weimariennes pendant les guerres de la Ligue et prit une part trĂšs active Ă la lutte contre l'Autriche Ă la fin du rĂšgne de Henri IV et pendant tout le rĂšgne de Louis XIII. Par son mariage avec ZĂ©lie de RĂ©mont 2, en 1638, il s'unissait aux vieilles familles ardennaises et, TannĂ©e suivante, 1 N» de novembre-dĂ©cembre 1913, p. 309 et 337-346. 2 Fille du seigneur de Sorbon, Arnicourt, etc. â 109 â le roi Louis XIII lui faisait don de la terre placĂ©e sous sĂ©questre par la trahison du seigneur de la Tour du Pourrus. Sous Gassion, dans l'armĂ©e du duc d'Enghien et sur le champ de bataille de Rocroi, on trouve Godefroy II de Romance lieutenant-colonel au rĂ©giment de l'Echelle. Il y. termina vaillamment sa carriĂšre, Ă 39 ans, le malin du 19 mai 1643, dans ces Boschets immortalisĂ©s par la bataille 1. A suivre. H. B. LE NOTAIRE LEMOYNE & LA FAMILLE PIGEON L'allusion Ă la mort glorieuse du notaire Lemoyne, p. 60, Revue historique du Plateau de Rocroi, fasc. de mai 1924, art. la Bataille de Rocroi par Paulin LEBAS, m'a fait souvenir d'une note que j'ai relevĂ©e dans les minutes de M" Bosquet, notaire Ă Rimogne. Cette note est jointe Ă la derniĂšre liasse des minutes rĂ©digĂ©es parles notaires Lemoyne, de Rocroi 1615-1643, actuellement conservĂ©es dans l'Ă©tude de M0 Bosquet qui les a trĂšs aimablement mises Ă ma disposition pour des recherches historiques. Cetle note est de la main de Me Beauvalet, successeur de M0 Lemoyne jeune. Je la reproduis in extenso avec ses incorrections AnnĂ©e 1643. Cetle annĂ©e 1643 est la derniĂšre annĂ©e des liasses de feu M0 Nicolas Lemoisne, le jeune, d'autant qu'il fut Ă la Bataille de Rocroy en ladite annĂ©e 1643, au mois de may. En sorte 1 Nous renouvelons ici nos remerciements Ă M. le marquis Romance-Mesmon, Ă Amiens, qui nous a fait l'honneur de nous adresser plusieurs communications sur son glorieux ancĂȘtre. â 110 â qu'il y a 17 annĂ©es sans liasses ou minutes... qui est eh 1660, annĂ©e de la paix que Dieu nous conserve, que moy, Pierre Beauvalet, j'ay Ă©tĂ© reçu audit office de notaire royal et gardien des dites minutes ». BEAUVALET. L'Ă©tude semble donc ĂȘtre resiĂ©e sans titulaire Ă raison des troubles qui caractĂ©risent cetle triste pĂ©riode de notre histoire, et la vie normale n'a sans doute repris dans la contrĂ©e qu'avec le gouvernement personnel de Louis XIV. Le mĂȘme fascicule de votre Revue, p. 60 la Bataille de Rocroi, cite un suisse du nom de Pigeon qui serait venu dans la rĂ©gion avec l'armĂ©e du duc d'Enghien et aurait fait souche Ă SĂ©vigny. Or, dans les minutes prĂ©citĂ©es, en TannĂ©e 1643 prĂ©cisĂ©ment, j'ai notĂ© le contrat de mariage de Jacques Hourlier, sergentroyalĂ Remvez, et d'Elisabeth Pierrot, de Rocroi celte derniĂšre est assistĂ©e de P. Pigeon, son oncle et tuteur. . II. BOURIN, De la SociĂ©tĂ© de l'Histoire de l'Art français. Nous remercions notre Ă©minent collaborateur de son amabilitĂ© pour avoir bien voulu nous adresser cette intĂ©ressante communication. LA STĂLE DE LA BATAILLE DE ROCROY A ROUGE-FONTAINE Ce fascicule Ă©tant consacrĂ© uniquement Ă la Victoire de Rocroi 19 mai 1643, disons quelques mots de la StĂšle Ă©rigĂ©e en 1922 sur le champ de bataille. Ce petit monolithe 1 s'Ă©lĂšve aux confins des territoires de Rocroi et de SĂ©vigny-la-ForĂȘt, sur le chemin de Rouge-Fontaine et Ă 400 mĂštres environ sur la droite du chemin du curĂ©, chemin vicinal de Rocroi Ă SĂ©vigny, ainsi nommĂ© parce qu'il fut commencĂ© par un curĂ© de Rocroi sous le premier Empire. Les opinions les plus autorisĂ©es dĂ©signent cet endroit qui paraĂźt ĂȘtre le point oĂč se livrĂšrent les combats les plus acharnĂ©s de cette fameuse JournĂ©e. Cette stĂšle est trĂšs simple. En dĂ©vonien du pays, elle mesure 1 m. 50 de hauteur. On aurait pu faire plus luxueux, sans doute, pour commĂ©morer le fait de cette Victoire qui sauva la France Ă la mort de Louis XIII, mais les lieux ne se prĂȘtaient guĂšre Ă n'importe quel projet de monument. Ils ne sont qu'un abĂźme. - Sur le fronton de la face principale, qui regarde l'ouest, se dĂ©tache en relief la Croix du Saint-Esprit. Plus bas on lit VICTOIRE DU DUC D'ENGHIEN! sur les Espagnols. au midi CHAMP DE BATAILLE DE ROCROI. au nord X9 niai !6-i3. Ă l'est X 9»». 1 Cet Ă©lĂ©gant travail est dĂ» Ă M. Allardin, de Chimay, qui a dĂ©jĂ fourni, en 1920, la Croix des petites victimes du terrible accident survenu Ă Regniowez le 3 avril 1918 ; la tombe du prieur DESMAHAIS dans l'ancien cimetiĂšre, et le mĂ©daillon en marbre blanc apposĂ© sur le tilleul de Regniowez 1921. Le terrain sur lequel est Ă©levĂ©e la stĂšle a Ă©tĂ© offert part par M. Louis Manceaux-Maquart, de la Croix-de-Fer, prĂšs Rocroi. Nous ne saurions lui en tĂ©moigner trop de gratitude. â 112 â Le dimanche 6 aoĂ»t 1922, la cĂ©rĂ©monie d'inauguration et de bĂ©nĂ©diction rĂ©unit autour du modeste monument Mgr Ernest NEVEUX, Ă©voque d'ArsinoĂ©, auxiliaire de S. E. le cardinal LUĂON, archevĂȘque de Reims ; Les reprĂ©sentants de la famille du duc d'Enghien S. Ă. R. le prince SIXTE DE BOURBON ; M. le comte de VILLERMONT ; NoĂ«l de CHAMPAGNE, ancien gouverneur de Rocroi Ă l'Ă©poque de la Victoire, Ă©tait reprĂ©sentĂ© par M. BARĂ, notaire Ă Rocroi, et sa famille, apparentĂ©s Ă Etienne le Blanc, dont un des descendants s'Ă©tait alliĂ© Ă la famille NoĂ«l de Champagne ; Le gĂ©nĂ©ral GARBIT, commandant la 4° division d'Infanterie Ă Laon ; M. Edmond PETITFILS, dĂ©putĂ© des Ardennes, revĂȘtu de ses insignes ; Le clergĂ© de la rĂ©gion, ayant Ă sa tĂȘte M. l'abbĂ© LAMBERT, ch. hon., archiprĂȘtre de Rocroi ; M. l'abbĂ© A. Borgnet, curĂ© de SĂŽvigny-la-ForĂȘt ; M. l'abbĂ© Tribut, curĂ© de Bourg-FidĂšle, M. l'abbĂ© Sergent, curĂ© de Laval-Morency ; M. l'abbĂ© Tournier, vicaire Ă Rocroi. Etaient aussi prĂ©sents M. Paul Laurent, archiviste honoraire du dĂ©partement ; M. Massiet du Biest, archiviste dĂ©partemental des Ardennes ; M. Paulin Lebas ; M. Champsaur, de Maubert-Fontaine ; les officiers d'Etat-major du gĂ©nĂ©ral Garbit; le lieutenant A. Boquillet, de l'infanterie coloniale ; M. Lallement, maire de Maubert-Fontaine, reprĂ©sentant M. Drouart, etc., etc. Nous donnerons dans un prochain numĂ©ro le texte des principaux discours qui furent prononcĂ©s dans cette patriotique cĂ©rĂ©monie. H. B. A nos AbonnĂ©s et Lecteurs Pour les abonnements, s'adresser Ă M. F. JALLO ZJX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Roeroi Ardennes. Pour la rĂ©daction, Ă M. H. BERNARD, Moulin de l'Ile Bonne, par Roeroi Ardennes. Le GĂ©rant H. BERNARD. UN RĂCIT INĂDIT BATAILLE DE ROCROY 1 Suite et fin. Ces gens adjustez de la sorte au raliment, je ne trouvay que quatre de mes compagnons et quelques-uns des autres trouppes sans aucun officier. Lorsque je vis que tout se remuoit pour assaillir le reste de l'armĂ©e, je rencontray l'escadron de M. d'Estournelle, qui avoit fait le inesme effet, mais non pas avecq la mesme opiniastretĂ© ny le mesme pĂ©ril, et beaucoup moings de rĂ©sistance ; aussy je n'avois pas aprochant aujourd'huy de son nombre en marchant, dont l'escadron n'a perdu d'hommes que le quart du mien. II avoit bien encore 40 cavaliers et tous les officiers, hormis un lieutenant et un cornette, et moy environ 8 hommes de mes cinq compagnies Ă la teste de ce reste. Mr le duc d'Anguien voyant que personne ne se hastoit d'attaquer un battaillon de 4,000 Espagnolz oĂč estoit le comte de Fontaine, gĂ©ziĂ©ral et le canon, car dĂ©jĂ le duc d'Elbuquerque estoit estrapassĂ© 2 ; le viel gĂ©nĂ©ral estoit hors de moyen de monter Ă cheval, en carrosse, ny Ă pied, il y a plus de dix ans ; on le portoit dans une chaise oĂč il estoit dans ce bataillon, que pas une compagnie tant de cavalerie qu'infanterie des nostres ne vouloit aborder de cinquante pas, l'infanterie pliant avecq autant de laschetĂ© qu'elle avait fait bien et que la cavalerie avoit mal fait Ă Thionville, Sedan et Lampon. 1 Voir le n° 18 de la Revue du 15 aoĂ»t 1924. 2 C'est-Ă -dire simplement tuĂ©, et non pas mis Ă mort par l'estrapade. La phrase est incomplĂšte il faut probablement ajouter Le duc d'Enghien... vint Ă nous pour nous demander de l'aborder. » 19 2* AnnĂ©e - 114 - Je vis ce nouveau calice Ă avaler, puisque personne ne le vouloit boire. En quel temps, un escadron des ennemis craignant un de ceux du rĂ©giment Mestre-de-Camp et qui me donna la teste en me soutenant, voulut faire caracole devant moy et me montrer le flanc. Je pris ce temps pour aller Ă luy ; ce que voyant, il prend entre ledit gros bataillon et le canon, afin que, le voulant suivre, j'essuiasse toute la face de la mousquelterie en flanc, et les canons chargez de cartouche en queue. Ce que jugeant en cet instant, tout en le suivant, je dis A moy ! » et donnant un coup d'esperon Ă la linarde sur quoy j'avois remontĂ©, parce que le ragot de mon frĂšre avoit un coup de pique dans la jambe, j'entre dans ce furieux bataillon. Certes, au lieu d'estre suivy, tout me quitta, croyant avoir meilleur marchĂ© de cette cavallerie fuiarde. Au contraire, car ma pensĂ©e arriva 1 ; mais mon sort fut bien rude. Ils me prirent et me jeltĂšrent rudement Ă bas de ma juman ; et lors je vis ce que peut un homme qui, estant parfaitement animĂ©, ce veult bien dĂ©fendre; ils me donnĂšrent cinq coups de pique, d'alebarde, ou d'espĂ©e, sans me pouvoir donner ailleurs que dans mes armes, les ayant touttes complettes avec le gantelet pour les estamassons ?. Enfin, estrapassĂ© de la sorte, je me trouve au bord du bataillon, Ă main droite d'oĂč j'y estois entrĂ©; oĂč deux cavaliers, un Italien et un LiĂ©geois, me prirent par mon escharpe, et m'emnant aprĂšs un de leurs escadrons qui fuyoient, me prirent, savoir, le Napolitain par la main gauche, le LiĂ©geois Ă droite ; lesquels me menoient sy viste, que ne pouvant plus aller, aprĂšs m'avoir ostĂ© mon espĂ©e et n'ayant plus de forces ny d'allaine, le LiĂ©geois m'appuya son pistollet sur mon chapeau de 1er. Je fis sy Ă propos la cane, que le coup ne me toucha pas. Lors, ils me fouillĂšrent et me prirent mon estuif et vingt pistolles que j'avois pris tout exprĂšs, avecq quelques palagons. Le LiĂ©geois ce mist aprĂšs cela Ă coups d'espĂ©e sur moy, tant qu'il m'osta mon cha1 cha1 ce que j'avais prĂ©vu arriva. â 115 â peau de fer. Certes, je creus qu'il me fandroit en deux, sy la sainte Vierge n'y eust remĂ©diĂ©. Le dĂ©mon de LiĂ©geois ne s'apercevant pas encor que mon chapeau fust tombĂ©, me voulut oster ma pauvre escharpe promise Ă mon filz, ce qu'il fist ; puis, me voyant armĂ© partout, me choisit un defĂŻault de la tassette, et me donna un petit coup d'espĂ©e dans la cuisse, puis me quitta parce que leur escadron fuioit, de façon que j'estois presque mort. Enfin l'Italien, se voyant pressĂ©, voulut mettre la main au pistollet pour me tuer ; mais luy prenant la main, je luy dis que oultre ma rançon, qui seroit de chacun 100 pistoĂźles, j'en avois cent sur moi de cousues, et qu'il perdroit en me faisant perdre la vie. Il me ramĂšne dans ledit bataillon inhumainement; puis, l'espouvanfe s'y meslant, j'arache une espĂ©e de la main d'un soldat qui estoit demi-mort de peur, et pris ce soldat pour rondĂąche, et me tire d'auprĂšs ce cavalier, les fantassins fuiant la cavalerie des nostres qui les suivoient. Un officier, me voyant sortir de parmy ces fuiars, dont le plus poussif demandoit quartier sans drapeau ny escharpe, avant que je lui criasse, me lance un coup d'espĂ©e dans l'estomac qu'il ne me croyoit pas armĂ©e Ă cause de ma petite casaque qui couvroit mes armes. Un autre capittaine de Gassion vouloit m'asehever par la teste, lorsqu'il me recognut, et qu'un soldat de Saint-Julien mit la main au pistollet pour me deffendre, me recognoissant. Il me mit en croupe derriĂšre luy, puis il me trouva un chapeau, et une espĂ©e, et un cheval d'un autre cavalier, ma juman estant perdue; puis revint avecq moy rejoindre le rĂ©giment, qui chargeoit encore quelque reste de cavalerie, oĂč je me meslĂ©, et me trouvay par bonheur. Les Suisses et tous nos gens enfin reprenant coeur, le comte de Fontaine fut tuĂ© dans sa chaise, aprĂšs 55 ans de services Ă son roy actuel. 22 piĂšces de canon gaignĂ©es 1, nos Croates riches ; 1 La Relation dit que notre butin se composa de vingt canons, dix pontons et cent quatre-vingt-dix drapeaux. â 116 â un seul cavalier qui me perdit dans ce premier bataillon gaĂźgna quelque vaisselle d'argent qu'il me donna, disant qu'il recepvroit assez de bien de vous que cette charge de garde ; c'est l'homme de M. de Fumechon. Sy j'avois eu une compagnie en estĂąt, j'eusse fait fortune; mais de leur l'heure que je vous parle, je n'ay que quatre hommes, et deux cĂ©ans montant Ă cheval ; encor ne sais si les bagages n'ont point estĂ© pillĂ©s, parce que sur l'incertitude de la bataille perdue, l'on dit que les paĂŻsans les ont pillez. M. de Gassion avoit cette droite oĂč j'estois Ă la teste; M. de la FertĂ© estoit Ă la gauche, oĂč estoit le comte d'Ayen qui a estĂ© tuĂ© Ă la teste avec le rĂ©giment de Guiche qu'il comandoit; M. le mareschaldel'Hospital avoit la bataille, et Sirop 1 sic le corps des recrues, son Altesse d'Anguain partout; et, de fait, il ne donna jamais un corps de nostre coslĂ© qu'il ne l'animast et le menast sy avant dans le feu de la mousqueterie et la gresle des canons, dont nous avons pris. En nostre rĂ©giment, nous avons pris le lieutenant-gĂ©nĂ©ral de l'artillerie 2, 9 officiers de remarque, 45 autres, et 150 autres soldats. Il y en a dans l'armĂ©e de prisonniers jusques Ă 4,500 et quelques 800 officiers 3. Bref, en toutte la Flandre, il n'est pas un officier ny soldat espagnol, ny italien. Il est demeurĂ© plus de 4,000 hommes sur la place, et plus de 5,000 blessez de toutte part. Il y a tel soldat alemant, cet Ă dire de ceux qui vont promptement au pillage et tardivement aux coups, quia gaignĂ©jusques Ă 2,000 livres; les Croates, destinez pour cela, Ă proportion. Les AUemans ont profitĂ©, et nous avons eu un honneur, entre vous et moy seulement, que le 1 Claude de LĂ©touf, baron de Sirot, lieutenant gĂ©nĂ©ral. 2 Don Diego d'Estrada, le plus considĂ©rable des prisonniers faits par les Français en cette journĂ©e. 3 L'ennemi eut aussi prĂšs de 6,000 tuĂ©s, Nous perdions 1,200 Ă 1,500 morts et blessĂ©s; - 117 â gĂ©nĂ©ral et toute l'armĂ©e françoise et tous les prisonniers recognoissent nostre rĂ©giment pour avoir gaignĂ© la bataille. Je perds plus de six mil sous en tout ; mais je ne voudrois pas, pour cent mil, que Dieu et la sainte Vierge ne m'eussent fait les grĂąces qu'ils m'ont faites. Ceste occasion est une piĂšce de sisif 1, et, j'ay la gloire de l'avoir dit avant que de l'avoir fait, que oĂč que je donnerois, tout y plieroit. Nous sommes en tel rĂ©putation, que, sans le desplaisir du hazart que courent nos cappittaines, on ne nous pourroit tenir. M. de la Trousse 2 est fort blessĂ©, et infinitĂ© d'autres dont le nombre seroit trop long Ă dĂ©duire. Il y a du charme, disent ces officiers espagnolz, ou de la rage, Ă voir faire ce que nostre corps a fait. Je m'imagine que vous serez Ă Paris Ă cause de la mort du Roy. Je m'asseure que Bret aura bien enragĂ© de bon coeur. Le pauvre des Vergnes est hors de danger, Permillae est un brave homme; et je vous advoue qu'il est bien difficille de faire ce qu'on veult ; car comme il vit ma juman, la selle sous le ventre, qui couroit avecq les ennemis, ledit Permillae, me croiant mort, voulut jetter l'Ă©tendard pour me chercher; mais M. d'Estournelle ne voulut pas. Alors presque tous les cavaliers le voulurent quitter pour me suivre ; mais le capitaine et les cavaliers avoient raison. A Dieu soit la gloire de tout ! Si j'en trouve le temps, je ne perdray point un moment pour vous aler dire, Monsieur, que je suis vostre trĂšs-humble et trĂšs-obĂ©issant fils et serviteur, signĂ© de Montbas. Madame ma trĂšs-honnorĂ©e bonne, Votre trĂšs-humble et trĂšs-recognoissant et trĂšs-soubmis filz et serviteur, signĂ© de Montbas. Ma trĂšs-chĂšre Morette, 1 Sic, pour dĂ©eiĂ»ise. 2 F. de la Trousse, mestre-de-camp de la Marine, tuĂ© en 1648. â 118 â Ton amoureux mari et trĂšs-passionnĂ© serviteur, signĂ© de Montbas 1 ». Ce rĂ©cit, encore une fois, n'a d'autre mĂ©rite que sa simplicitĂ©, d'autre valeur que son caractĂšre de sincĂ©ritĂ©. II n'Ă©tait Ă©videmment pas destinĂ©, dans la pensĂ©e de son auteur, Ă dĂ©passer le cercle de la famille. Nous avons pensĂ© cependant que le premier capitaine de Royal eĂ»t volontiers accordĂ© son imprimatur Ă ce modeste document, s'il avait espĂ©rĂ© voir les trop rares fervents de celte Ă©poque en tirer quelque agrĂ©ment ou quelque profit. Nous n'avons pas eu d'autre ambition. Hugues de MONTBAS. Nota. â Par extrait d'une liasse E. 57 Anciennes archives du Limousin, Ă GuĂ©ret, M. de Benanger, archiviste dĂ©p. de la Creuse, complĂšte ainsi la gĂ©nĂ©alogie de François II Barton de Montbas, l'auteur de la lettre ci-dessus. Il Ă©tait le 5° enfant de Pierre Barton et de Jacquette de Bonnin. Pierre Barton Ă©tait fils de Francis Barton et de Diane de Bonneval. François II Barton de MONTBAS Ă©pousa, le 8 mai 1638, par contrat passĂ© Ă Blois, Denise de MaillĂ©, fille de RenĂ©, marquis de BĂ©nechart, et de DorothĂ©e de Clause. Voir aussi l'abbĂ© NADAUD Nobiliaire du DioeĂšse et de la GĂ©nĂ©ralitĂ© de Limoges, 1856-1863, 4 vol. in 4°. » Nous sommes trĂšs reconnaissant Ă l'Ă©minent archiviste pour la communication qu'il a daignĂ© nous faire parvenir. ERRATA 1. Dans le dernier fascicule, n" 18 de notre Revue, p. 109, M. H. Bourin, de la SociĂ©tĂ© de l'Histoire de l'Art français, nous signale, dans l'article le notaire Lemoyne et la famille Pigeon, une double faute M0 Bosquet est notaire Ă Renwex et non Ă Rimogne. De plus, le mot tuĂ© a sautĂ© Ă l'avant-derniĂšre ligne de 1 Orig. papier, cinq feuillets, 175X265 millimĂštres. â 119 â- cette mĂȘme page le notaire Nicolas Lemoisne, le jeune, fut tuĂ© Ă la bataille de Rocroi, en 1643. 2. Dans le rĂ©cit de la Bataille de Rocroi n° 15 de la Revue, page 51, il s'est glissĂ© par confusion une phrase erronĂ©e qui doit ĂȘtre supprimĂ©e ; celle oĂč il est dit, en parlant de Mellos Comme il l'avait dĂ©sirĂ©, c'est au milieu d'eux des Italiens qu'il fut tuĂ©. » â Dom F. de Mellos, blessĂ©, se retira sur Philippeville Philippeville la rĂ©sistance hĂ©roĂŻque des tercios », entraĂźnant avec lui sa cavalerie, ce qui fut la cause principale de la dĂ©faite des Espagnols. P. L. LE NĂCROLOGE DES RĂCOLLETS DE COUVIN 1577-1791 Suite. \foi. 21 ».] ' Mars 1. E. On recommande Ă notre souvenir et Ă nos priĂšres le sire Charles de Montfauvey, seigneur de Montai et en Bour-" gogne. Quand il Ă©tait gouverneur de Rocroi, il nous donnait le vin pour les messes et douze pains chaque semaine. A sa mort il nous laissa une belle aumĂŽne pour ĂȘtre inscrit sur ce registre de nos bienfaiteurs. 2. F. L'an du Seigneur 1674 mourut Philippe Gei, prĂȘtre, prĂ©dicateur et confesseur. 4. A. L'an du Seigneur 1748 est mort Bonaventure Gourdan, laĂŻc. 5. B. A Rouvroy lj est morte la dame Ronsin pour laquelle nous devons prier; car elle fut vraiment mĂšre et bienfaitrice de ce couvent et montra, sa vie durant, une pieuse affection pour nos frĂšres 2. 1 Rouvroy, arr. de Rocroi. 2 Mention postĂ©rieure Ă 1735. Note du P. Ubald d'Alençon. â 120 â Le mĂȘme jour, en 1784, mourut Ă Matagne-Ia-Petite 1, le trĂšs noble sire Alphonse, comte de Hamal et baron de Vierves, qui fut trĂšs attachĂ© Ă notre ordre, ami et bienfaiteur de ce couvent, et Ă juste titre bien digne de nos priĂšres 2. 6. C. L'an 1646 est mort le pĂšre Emmanuel Ilendriqs, prĂȘtre, prĂ©d. et conf. 8. Ă. Est mort le rĂ©v. sire Jean Pennas, doyen de la cathĂ©drale de LiĂšge, qui, l'an 1611, fit don Ă notre couvent de douze volumes de Baronius 3. 10. G. L'an 1673 mourut le frĂšre Charles Bouhon, prĂȘtre, Ă©tudiant en philosophie, emportĂ© par une fiĂšvre aiguĂ«. Le mĂȘme jour, en 1729, mourut Ă Couvin et fut enterrĂ© dans notre clĂŽture le pĂšre Laurent Lorent, pr. prĂ©d. et conf., religieux pacifique et fort aimĂ© de tous. On recommande avec instance Ă notre souvenir l'Ăąme si secourabledetrĂšs noble dame Marie-Bernardine d'Ernesse, trĂšs digne Ă©pouse de l'illustre sire comte de Hamal, de Many, seigneur de Vierves. Elle fut toujours, de son vivant, la trĂšs honorĂ©e mĂšre des fils de Saint-Trançois de l'Hermitage. Elle mĂ©rita bien d'ĂȘtre inscrite dans notre NĂ©crologe, et cependant, soit que par humilitĂ© elle eut dĂ©fendu de le faire ou que, par hasard, la page ait Ă©tĂ© dĂ©truite, cette page serait Ă Ă©crire en lettres d'or 4. 12. B. L'an du Seigneur 1638 est mort Jean deNamur, laĂŻc. 13. C. L'an du Seigneur 1644 mourut, dans sa 72'annĂ©e, le vĂ©nĂ©rable pĂšre Pierre CoppĂ©e, restaurateur du couvent en 1 Province de Namur. 2 Alph. de Hamal, nĂ© le 27 mai 1724. Cf. Cli. de Willermont, Labaronnie de Vierves, Namur, 1911, p. 141.' 3 BARONIUS le cardinal, de la CongrĂ©gation de l'Oratoire, savant historien de l'Ăglise 1538-1607. 4 Marie Bernardine G, F. de Renesse et de Masnuy, nĂ©e le 2 janvier 1700. Cf. CĂ». de VILLERMONT, ouvrage citĂ©, p. 137. â 121 - sa plus grande partie. Il fut, ici et Ă Avesnes 1, gardien et vicaire pendant de nombreuses annĂ©es. Cette mĂȘme annĂ©e 1644 mourut Ă Revin 2 maĂźtre Philippe Preudhomme, vicaire en l'Ă©glise de cette ville. Il nous fit Ă sa mort une large aumĂŽne et nous laissa par testament sa maison pour y recevoir et hospitaliser les frĂšres de notre couvent et de la province de Flandre. A suivre. V. T. C'est 1&, C3-\xeri*e! 1914-1918 IV. - LES PARISIENS Suite 3 La discussion continuait animĂ©e en tenant chacun en haleine. Oui, mais si le fonds et le trĂ©fonds des peuples ne communiaient pas dans les conflits politiques et Ă©conomiques, si un courant de dĂ©sirs avides, haineux, ne faisait pas vibrer les peuples avec leurs rois et leurs ministres, pensez-vous que ceux-ci pourraient faire une guerre? On l'a dit les peuples ont les gouvernements qu'ils mĂ©ritent... et les guerres aussi, pontifie le professeur. â Ah ! on va bien maudire Edouard, Guillaume, Nicolas, François-Joseph... On va faire sortir Bismarck, Bazaine et NapolĂ©on de leurs tombeaux Ă force d'outrages... et je neveux nommer aucun gouvernement... pas mĂȘme les Ălsaciens1 Ălsaciens1 Nord. 2 Revin Ardennes. 3 Voir les numĂ©ros prĂ©cĂ©dents de la Revue Ă partir du n° 11. â 122 â Lorrains qui seront boucs-Ă©missaires ou messies de la France, suivant la tournure des Ă©vĂ©nements. â La meilleure raison de la guerre, Heraclite 1 l'a donnĂ©e, il y a des siĂšcles La guerre est l'Ă©tat naturel des peuples. » Alors... c'est une maladie de leur organisme, fait AndrĂ©. â Oui. Mais,., ça n'est pas rigolo pour nous, Ardennais. Nous voyez-vous ici, de par le bon plaisir de la Sainte-Alliance? Elle nous a enlevĂ©, il y a cent ans, nos remparts de Philippeville et de Mariembourg 2, expliqua le professeur nous avons eu l'imbĂ©cillitĂ© de dĂ©classer Rocroi 3 et le mont d'Haurs de Givet 4, pendant que l'Allemagne concentrait ses forces Ă la frontiĂšre belge, Ă MalmĂ©dy 5... Tout ça crie l'invasion par la Belgique, puis l'Oise... Et personne ne se gĂȘne pour le dire... dans les journaux, Ă l'Ă©tranger mĂȘme !... â Mais la neutralitĂ© de la Belgique, objecta Madame. â Ah! madame, ĂȘtes-vous si naĂŻve vraiment? Ils ne se casseront pas la tĂȘte contre les forts imprenables de l'Est, quand 1 HERACLITE, cĂ©lĂšbre philosophe grec de l'Ă©cole ionienne, surnommĂ© le Physicien, nĂ© Ă EphĂšse vers le milieu du vr siĂšcle av. J. C. Son opinion Ă©tait que Suivent les clauses ordinaires de dĂ©livrance Ă Gabriel Dupont lo 11 juin 1720 par les notaires Toussaint Dellevincourt et Laurent Robin. D'aprĂšs l'acte original qu'a bien voulu me communiquer mon ami Jules Lebas, propriĂ©taire actuel d'une partie de ces propriĂ©tĂ©s de la CensĂ© Gallois qui furent volĂ©es au Chapitre de la cathĂ©drale de Reims Ă la Grande RĂ©volution. Nil sub sole nooum, puisqu'on agit de mĂȘme Ă notre Ă©poque dite de progrĂšs. Oui, progrĂšs du mal, du vol et de la persĂ©cution des bons catholiques, alors qu'on amnistie les voleurs, les assassins, les bagnards de tout poil et de toute secte. â 139 â L'interdiction de construire plus de deux maisons Ă la CensĂ© Gallois n'inpliquait pas la dĂ©fense de les agrandir, d'y adjoindre granges et fournils. C'est ce que firent les Censiers jusqu'Ă la RĂ©volution, Au cours du xix" siĂšcle, cinq nouvelles maisons furent bĂąties. Vers 1840-50, la CensĂ© compta une soixantaine d'habitants, avec une jeunesse de vingt-cinq garçons et filles de fĂȘte » qui rendait le bal Ă la jeunesse de SĂ©vigny. Sur la fin de l'annĂ©e 1849, une Ă©pidĂ©mie de typhus s'abattit sur la CensĂ©. Gratien Lebas et ses cinq fiis, dont le plus jeune avait 22 ans, furent moissonnĂ©s. Son Ă©pouse et leur fille, uniques survivantes de la famille, ne durent leur salut qu'aux soins inlassables de leur voisin Justin Dupont, qui faillit payer son dĂ©vouement de sa vie. Vers 1860, Jules Cochart-Lebas, originaire deRimogne et habitant la CensĂ© Gallois, mit en oeuvre l'influence de M. l'abbĂ© Legros, curĂ© de SĂ©vigny, pour faire Ă©tablir une brigade de douane Ă la CensĂ©. Elle fut transfĂ©rĂ©e en 1911 Ă SĂ©vigny et supprimĂ©e en 1923. Aujourd'hui, il n'y a plus Ă la CensĂ© Gallois que trois foyers les Ă©poux Petilfils-Lebas dont le fils Albert est mort pour la France sous Verdun le 12 juin 1916, la famille Trochainr Lebas et Jules Lebas. En tout neuf habitants. P. LEBAS, Officier d'AcadĂ©mie. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 Notes §5 Souvenirs Suite. 6 mars 1917. â Aujourd'hui ma niĂšce a reçu deux dĂ©pĂȘches de France â car nous ne sommes plus français, hĂ©las ! depuis l'occupation allemande â par l'intermĂ©diaire de la Croix-Rouge l'une de son mari, l'autre de son beau-frĂšre, M. l'abbĂ© Louis Pilardeau, vicaire Ă la cathĂ©drale de Troyes et actuellement soldat-infirmier. DatĂ©es de novembre 19iG â il y a plus de quatre mois â elles nous apprenaient que tous les membres de notre famille Ă©taient en bonne santĂ©. Deo .gratiasl On devait leur rĂ©pondre dans les 48 heures par la mĂȘme voie; je le fis immĂ©diatement, mais celte rĂ©ponse ne leur est jamais parvenue, comme nous l'apprĂźmes aprĂšs l'armistice. Ce mĂȘme jour, notre cuisinier bavarois nous a remis un paquet assez volumineux de graines envoyĂ©es de Munich par son pĂšre pour ensemencer notre jardin. Toujours beaucoup de bruit dans la maison avec les allĂ©es et venues continuelles d'officiers et de soldats sans gĂȘne â ils sont ici chez eux, disent-ils, et nous sommes chez eux. â A part cela, supportable. 8 mars. â Ce matin le L C' de la 9° batterie, Joseph Hofbauer, que l'on dit de la famille du saint RĂ©demptoriste ClĂ©ment Hofbauer rĂ©cemment canonisĂ©, parce qu'il est du mĂȘme pays, mais catholique assez tiĂšde, ce lieutenant, dis-je, est parti sans tambour ni trompette, sans aucune salutation â on n'y tenait guĂšre, du reste. â Toujours poli, la main Ă la casquette avec une inclinaison de tĂȘte, et c'Ă©tait tout. II savait Ă peine quelques mots de français et je n'ai eu avec lui, en six â 14L â- semaines, que deux ou trois courtes conversations, pour l'absolue nĂ©cessitĂ©. Il me semblait un peu maboule et n'Ă©tait pas fort aimĂ© de ses hommes qu'il rudoyait. Ce bas officier de la Landwerh est remplacĂ© par un L' C* d'un grade plus Ă©levĂ© et qui est de l'active. On l'appelle Croissant, nom français, m'at-il dit un jour, parce qu'il descend d'un huguenot parti en Allemagne aprĂšs la rĂ©vocation de Ăź'Ă©dit de Nantes. Il ne me paraĂźt pas parler mieux le français que le prĂ©cĂ©dent ; je n'ai fait que l'apercevoir hier et il ne m'a pas adressĂ© la parole, mais a essayĂ© de causer avec ma niĂšce qui commence Ă Ă©corcher l'allemand parce qu'elle a jadis appris l'anglais. Ce nouvel hĂŽte est petit de taille, fort coquet, toujours tirĂ© Ă quatre Ă©pingles il a l'air d'un vĂ©ritable gamin. 12 mars. â Mon cuisinier bavarois m'a procurĂ© aujourd'hui deux longs flacons de vin du Rhin pour 8 marks. Voici l'adresse de la maison copiĂ©e textuellement 1 Winkeler Oberbergâ Winckel im Reingau, 1911°' Lambenheimer nalurivein Jacob Ilerz â ficelle bleue . C'est la premiĂšre qualitĂ© », m'a dit Fritz. Il me servira de vin de messe en cas d'absolue nĂ©cessitĂ©, quand ma provision de vin français sera Ă©puisĂ©e, ce qui ne tardera pas malheureusement, surtout si les ennemis me le volent, comme ils font partout. 17 avril. â AprĂšs plus de deux mois et demi de sĂ©jour la 9° batterie du 4° RĂ©g{ d'artillerie bavarois, C Croissant, est partie ce matin Ă 10 heures. Elle ne devait partir qu'Ă 5 heures du soir; d'oĂč prĂ©cipitation dans le dĂ©mĂ©nagement et emport de quelques objets nous appartenant. â Ce sera la coutume jusqu'Ă la fin de la guerre. â J'Ă©value le coĂ»t de ces deux mois et demi de sĂ©jour Ă 200 francs, et je dois y ajouter plus de 100 francs de bois et autant de perte en vaisselle et dĂ©gradations au presbytĂšre. Nous avons vĂ©cu, Dieu merci, et nous devons ĂȘtre relativement satisfaits de. la tenue de nos hĂŽtes forcĂ©s, surtout de notre cuisinier et du valet de chambre en â 142 â sabots. Mais quel bruit la plupart du temps et quelles ripailles Ă certains jours ! 20 avril. â Hier, arrivĂ©e d'une section volante de la Croix-Rouge allemande 66 hommes et 34 chevaux. Au casino presbytĂ©ral ont dĂźnĂ© six mĂ©decins et un pasteur protestant. Le commandant de la section est un lorrain, trĂšs poli, mĂȘme affable il m'annonce qu'il restera ici une huitaine de jours et sera heureux de causer avec moi. Il m'invite mĂȘme Ă m'asseoir Ă leur table, ce que je refuse poliment, par principe. Le lendemain, aujourd'hui donc, coup de tĂ©lĂ©phone, et ils partaient Ă 11 heures pour Logny-Bogny. Ils furent immĂ©diatement remplacĂ©s par une batterie 9e .batterie du 62° rĂ©g' d'art. probablement prussienne, arrivant, disent-ils, de Russie. Pas un des officiers, au nombre de cinq, ne comprend le français, Ă part un qui l'Ă©corche. Est-ce vrai ? Soyons prudents et que la volontĂ© de Dieu soit faite. J'ai oubliĂ© de noter plus haut que, moi aussi, j'ai reçu le 20 mars une dĂ©pĂȘche par la Croix-Rouge, datĂ©e du dĂ©but de janvier et venant d'un de mes cousins rĂ©sidant Ă Paris. II me donne des nouvelles de la famille se trouvant en France avec laquelle il est en relations suivies et se montre fort dĂ©sireux d'avoir de nos nouvelles. J'ai rĂ©pondu le lendemain ; ma rĂ©ponse ne lui est jamais parvenue. J'Ă©tais aussi fort surpris, inquiet et contristĂ© de n'avoir rien reçu de mon neveu, curĂ© de Termes et Mouron, que je savais au front, infirmier Ă l'hĂŽpital de Wadelaincourt, prĂšs Verdun, hĂŽpital qui avait Ă©tĂ© bombardĂ© Ă plusieurs reprises par les avions allemands et incendiĂ© en partie pendant la terrible bataille qui commença le 21 fĂ©vrier 1916, et n'est pas encore terminĂ©e, je crois, aprĂšs plus d'un an d'eiĂŻorts hĂ©roĂŻques. Enfin, il y a quelques jours, le 18 avril, j'ai reçu cette dĂ©pĂȘche, toujours par la Croix-Rouge Auguste Borgnet, curĂ©, SĂ©vigny-la-ForĂȘt. Auguste mon neveu et filleul, - 143 - Reims ; femme et enfants Ă Paris. Lucie sasoeur maintenant Sens aprĂšs Dijon avec pĂšre mon vieux frĂšre ĂągĂ© de 80 ans. Pilardeau gendarme le mari de ma niĂšce actuellement chez moi, MĂ©ru Oise. Bien portants tous. Emile. » J'envoyai le mĂȘme jour en rĂ©ponse les %0 mots tolĂ©rĂ©s et prescrits qui devaient ĂȘtre inscrits en face de la dĂ©pĂȘche reçue, en lui disant que nous Ă©tions tous vivants, Deo grattas! et puisse-t-il dire la mĂȘme invocation en recevant de nos nouvelles. Cette rĂ©ponse, comme les autres, n'est jamais parvenue. Je dirai immĂ©diatement que, sur les sept dĂ©pĂȘches que nous avons reçues pendant la guerre par l'intermĂ©diaire de la Croix-Rouge et auxquelles nous avons fidĂšlement rĂ©pondu dans les 48 heures prescrites^ une seule est arrivĂ©e Ă nos parents et amis de France. Quels sont les coupables de cette nĂ©gligence ? Prussiens ou Français ?... 23 avril. â Ce malin, nos trois derniers matelas sont partis rĂ©quisitionnĂ©s. Valeur 275 Ă 300 francs. L'un d'eux, celui de la chambre de Monseigneur, avait coĂ»tĂ© 150 francs. Le commandant prussien qui l'avait fait mettre Ă son lit, ne voulait pas qu'on l'enlevĂąt; mais les gendarmes l'exigĂšrent, d'ordre de lĂ Kommandantur, et il se soumit en grommelant, tant l'esprit de discipline rĂšgne chez eux. DĂ©sormais, eux comme nous, dormiront sur le foin et la fougĂšre. Offrons Ă Dieu toutes ces misĂšres et souffrances pour la rĂ©mission de nos pĂ©chĂ©s et le salut de la France. MEMOR. A suivre. J'y ©-bais... A. propos d'une courte note ajoutĂ©e au manuscrit communiqnĂ© par le Dr Gilles, note parue dans le n" 19 de notre Revue, un de nos bons amis, prĂȘtre-soldat, qui se trouvait au fort de Charlemont, prĂšs Givet, nous envoie les observations suivantes qui rĂ©tablissent la vĂ©ritĂ© des faits. Une Revue historique doit, autant que possible, dire â 144 toujours la vĂ©ritĂ©. Or, nous affirmions d'aprĂšs nos souvenirs, vieux de dix ans, que le fort do Charlemont n'essuya qu'un bombardement de quelques heures et qu'il fut obligĂ© de se rendre le 25 aoĂ»t 1914, faute de munitions. "Voici la vĂ©ritĂ© historique rĂ©tablie par notre ami que nous remercions I" Le bombardement commença le 29 aoĂ»t et non le 25 Ă midi. Un parlementaire allemand se prĂ©senta Ă 5 h. du soir pour offres deservice dans la reddition, laissant Ă l'autoritĂ© française jusqu'au 30, Ă 5 h. du matin, pour rĂ©flĂ©chir; et le 30, Ă 5 h. exactement, le bombardement recommença et ne fit que s'accentuer jusqu'au 31 au soir, Ă 5 h. 1/2, heure de la reddition. QTo-fces Se Souvenirs Suite. 25 avril 1917, fĂȘte du Patronage de S1 Joseph. â Les gendarmes sont venus, ce malin, pour signifier Ă ma sacristine et Ă une autre dame ĂągĂ©e de ma paroisse, l'ordre de se rendre Ă Maubert-Fontaine pour y purger le mois de prison auquel les a condamnĂ©es injustement cette brute de commandant d'Ă©tape, sous le faux prĂ©texte de falsification de lait. Elles sont donc parties Ă pieds, Ă notre grande douleur, entre deux gendarmes Ă cheval. Que le Dieu juste punisse ce barbare pour tous les crimes et duretĂ©s qu'il a commis et, par Tinter- â 157 â cession de saint Joseph, qu'il garde, protĂšge et console ces pauvres femmes innocentes ! Voici la copie textuelle du jugement de condamnation adressĂ©e au et par le maire de SĂ©vigny-Ia-ForĂȘt Ordre de punition. Je punis pour falsification de lait 1 Rousseaux Marie , r,, . , â â, , ' T , â } a Sevigny-Ia-roret, chacune d une 2 Lebas-Haguette ° J amende de 200 marks en or ou 400 marks en papier payables jusqu'au 20 mars 1917 ; en cas de non versement, chacune de 4 semaines d'arrĂȘts sĂ©vĂšres. Maubert-Fontaine le 13 mars 1917. SignĂ© IIINZE, major et C' d'Ă©tape. Par le maire de SĂ©vigny-la-ForĂȘt ». C'est la guillotine sĂšche sans recours ni pardon ; l'amende Ă jets continus pour mettre dans sa poche ou la prison. Canaille! les innocents prĂ©fĂšrent la prison. De nos deux prisonniĂšres, la plus ĂągĂ©e fit 15 jours de cellule et tomba malade â elle devait mourir subitement l'annĂ©e suivante, Ă©puisĂ©e par les souffrances endurĂ©es,â On la relĂącha Ă condition qu'elle paierait son amende. Quant Ă ma sacristine elle put rester 22 jours dans son cabanon, sans lumiĂšre et presque sans nourriture et, au bout de ce temps, revint Ă©puisĂ©e, aprĂšs avoir versĂ© cent marks. Il lui Ă©tait impossible de rester plus longtemps, elle en serait devenue folle. . 5 mai. â Oh! l'affreuse nuit du 4 au 5 ! nuit effroyable », dirait Bossuet! Quel sabbat! Quelle orgie jusqu'aprĂšs minuit! On aurait cru tous les diables dĂ©chaĂźnĂ©s! Piano tapotĂ© avec rage, harmonium cherchant Ă se rĂ©gler sur lui â ces instruments volĂ©s ou rĂ©quisitionnĂ©s par les boches ont Ă©tĂ© installĂ©s dans ma salle Ă manger, sous ma chambre âflĂ»te, . â 158 â violon, phonographe, chants et cris d'animaux, vacarme des pieds et des mains, etc., etc. II y avait, dans cette salle Ă manger, une dizaine d'officiers boches Ă boire, non comme des Polonais, mais comme de vrais allemands, et Ă hurler. Un peu aprĂšs minuit, quatre hommes remontent au premier lo commandant qui ne tenait plus debout, et le couchent. Une heure aprĂšs, deux officiers, un verre Ă la main qu'ils renversaient sur les marches de l'escalier, essayaient de le monter pour pĂ©nĂ©trer dans la chambre du soudard qui vomissait. J'Ă©tais dons le corridor, en haut de l'escalier, les sandales aux pieds, enveloppĂ© dans ma robe de chambre. D'une chiquenaude j'aurais pu les envoyer en bas oĂč ils se seraient tuĂ©s. Ils entrĂšrent dans la chambre du commandant et, Ă plusieurs reprises, d'une voix lamentable, ils criĂšrent M. le commandant, buvez ». Lui Ă©tait incapable de leur rĂ©pondre. Au bout d'un quart d'heure, ils sortirent, et l'un d'eux, arrivĂ© au milieu de l'escalier, perdit pied et glissa jusqu'en bas, sans se faire grand mal heureusement. L'habitant de la chambre se mit Ă vomir de nouveau, et son valet de chambre eut de la besogne pendant une partie de l'aprĂšs-midi d'aujourd'hui pour nettoyer toutes les immondices. Ce n'Ă©tait plus des hommes, mais des bĂȘtes, de vrais sauvages. Grattez ces prĂ©fendus civilisĂ©s delĂ Kullur, et vous aurez des barbares et moins que cela. Que de vaisselle cassĂ©e ! Dix-huit bouteilles de vin et deux de cognac absorbĂ©es pendant la nuit c'est ce qui fit d'eux des pourceaux, n'ayant plus que le visage d'hommes, et quel visage ! Le commandant avait nom Meyer, 9e batterie du 62° rĂȘg 1 d'artillerie, venant de Russie. Aujourd'hui Ă midi, ils ont fait mettre, sous les sapins, dans la petite cour qui se trouve devant le presbytĂšre, la table de la salle Ă manger Ă moitiĂ© brisĂ©e, ont sorti chaises et fauteuils du salon ; puis, aprĂšs avoir dĂ©jeunĂ©, ces propres Ă rien ont jouĂ© aux cartes jusqu'au soir. Recommenceront-ils cette nuit leurs saturnales? Dieu seul, quand il le voudra, saura â 159 â remettre Ă sa place ce peuple turbulent et farouche, pĂ©tri d'orgueil et de haine. Fiat volunlas ejus ! Samedi 12 mai. â Hier ma niĂšce a reçu de son mari gendarme une dĂ©pĂȘche dans laquelle il lui demandait de faire tout leur possible pour leur rapatriement en France, Ă elle et Ă sa petite fille. Elle n'a pu que lui rĂ©pondre que la liste des futurs rapatriĂ©s Ă©tait complĂšte depuis huit jours et qu'elle essaierait de partir le plus tĂŽt possible. Ce qui n'est jamais arrivĂ©, par la grĂące de Dieu, car que serais-je devenu seul au milieu de ces soudards avec ma vieille soeur qui ne pouvait bouger de son fauteuil? Dimanche 13 mai. â L'aumĂŽnier catholique prussien, ou plutĂŽt alsacien, est venu ce matin de Maubert, sa rĂ©sidence habituelle, dire la messe Ă 8 soldats qui ont bien chantĂ© leurs cantiques. Voix graves, chant pieux. Le cĂ©lĂ©brant n'avait apportĂ© que le pain et le vin du Saint Sacrifice son ordonnance a cherchĂ© dans l'armoire aux ornements tout ce qui lui Ă©tait nĂ©cessaire. Pas d'amiet, une anbe qui laissait voir la moitiĂ© de ses bottes d'ordonnance, etc. AprĂšs la messe, il s'est plaint violemment du Souverain Pontife qui ne leur permettait point de dire 4 messes le dimanche, comme il l'avait permis pour l'armĂ©e autrichienne. Cela me semble un peu fort !... 22 mai. â Pour me consoler et me fortifier au milieu de tant de maux qui accablent la France et ma paroisse, je relis Bossuet; et, ce matin, je trouvais dans la lro ElĂ©vation sur les MystĂšres de la IX° semaine, une page oĂč je pouvais comparer aux nĂŽtres les souffrances endurĂ©es par les IsraĂ©lites avant qu'ils ne fussent dĂ©livrĂ©s par MoĂŻse, ou plutĂŽt par le Seigneur lui-mĂȘme, de la tyrannie des Egyptiens Avant que le peuple saint fĂ»t introduit Ă la terre promise, il fallait qu'il Ă©prouvĂąt un long exil, une longue captivitĂ©, une longue persĂ©cution, en figure de la sainte Eglise, qui est le vrai peuple et le vrai IsraĂ«l de Dieu, qui ne peut ĂȘtre introduit - 160 Ă la cĂ©leste patrie que par la persĂ©cution, la captivitĂ© et les larmes de l'exil. L'Eglise dans sa plus profonde paix, n'est guĂšre saus son Pharaon, du moins eu quelques endroits. Il vient quelque nouveau roi qui ne connaĂźt point Joseph Exod. i, 8, ni les gens pieux, et en gĂ©nĂ©ral il est vrai, comme dit saint Paul, que tous ceux qui veulent vivre pieusement en JĂ©sus-Christ, doivent souffrir persĂ©cution II Tim. m, 10, en quelque sorte que ce soit; et, comme dit saint Augustin, que celui qui n'aura pas . gĂ©mi comme voj'ageur et Ă©tranger, n'entrera pas dans la joie des citoyens ». Il y a deux sortes de persĂ©cutions l'uue est ouverte et dĂ©clarĂ©e, quand on attaque ouvertement la religion; l'autre cachĂ©e et artificieuse, comme celle de Pharaon qui, jaloux de l'abondance du peuple de Dieu, en inspirait la haine Ă ses sujets, et cherchait des moyens secrets de le dĂ©truire Venez, dit-il, opprimons-le sagement. Exod. x, 11 et seq., c'est-Ă -dire secrĂštement et finement. On ne forçait pas les IsraĂ©lites Ă quitter leur religion, ni Ă sacrifier aux dieux Ă©trangers ; on les laissait vivre, on ne leur Ă©tait point absolument ce qui leur Ă©tait nĂ©cessaire; mais on leur rendait la vie insupportable, en les accablant de travaux et leur prĂ©posant des gouverneurs qui les opprimaient, On en vint jiourtant Ă la fin Ă la persĂ©cution Ă dĂ©couvert et on condamna leurs enfants mĂąles Ă ĂȘtre noyĂ©s dans le Nil ibid. 22 ce qui signifie en ligure qu'oĂč ne laisse rien de fort ni de vigoureux Ă un peuple qui n'a rien de libre, et dont on abat le courage en le faisant languir dans l'oppression. MalgrĂ© cette oppression, Dieu ne laisse pas de conserver les gens vertueux de son peuple, comme il fit les mĂąles parmi les IsraĂ©lites ; et, contre toute espĂ©rance, il leur naĂźt des libĂ©rateurs du sein des eaux oĂč ils doivent ĂȘtre noyĂ©s, Ă l'exemple de MoĂŻse, de sorte qu'ils ne doivent jamais perdre l'espĂ©rance. » Puisse ce LibĂ©rateur, quel qu'il soit, nous ĂȘtre envoyĂ© bientĂŽt par le Coeur de JĂ©sus, Ă la supplication de tous les Saints de France et, en particulier, de la B 80 Jeanne d'Arc qui nous a obtenu la victoire de la Marne ! A suivre. MEMOK. Le GĂ©rant ; H. BERNARD. LE NĂCROLOGE DES RĂCOLLETS DE COUVIN Suite. [foi. 42 v. ] Mai. 2. D. L'an 1748, au village de FĂ©pin 1, mourut Marie Jaquot. Elle lĂ©gua Ă notre couvent une fort belle aumĂŽne, afin d'ĂȘtre inscrite dans notre nĂ©crologe et recommandĂ©e chaque annĂ©e Ă nos priĂšres, ainsi que son mari Philippe Lot, jadis prĂ©teur du village du MĂ©nil 2. ~ 3. E. L'an du Seigneur 1618 est mort dans ce couvent le pĂšre Etienne Nihoul, prĂȘtre, prĂ©dicateur et confesseur. Le mĂȘme jour, en 1758, mourut Ă Rome l'Illustrissime pape BenoĂźt XIV, surnommĂ© Ă juste titre le Grand. Par dĂ©cret du Chapitre gĂ©nĂ©ral des deux ordres qui eut lieu en 1750, l'Ordre tout entier est obligĂ© de chanter chaque annĂ©e, le premier jour non empĂȘchĂ© par une fĂȘte double, une messe des morts pour le repos de l'Ăąme de ce pontife et de ses parents. Ainsi l'exige une lettre du trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre ClĂ©ment de Palerme, transmise Ă notre province. BenoĂźt le grand prĂ©sida ce Chapitre gĂ©nĂ©ral et y parla pendant une heure devant tous nos pĂšres assemblĂ©s. 4. F. L'an du Seigneur 1687 mourut Ă VogenĂ©e 3 le sire Jacques de Roubaux. En plus de diverses offrandes faites Ă nous pendant sa vie, il lĂ©gua en mourant, 66 impĂ©riales 4 Ă notre couvent et Ă deux autres de notre Province. 11. F. L'an du Seigneur 1634 mourut le frĂšre RĂ©mi SacrĂ©, laĂŻc, ĂągĂ© de prĂšs de cent ans, homme pieux et travailleur. 1 FĂ©pin, c. de Fumay Ardennes. 2 Le Mesnil appartenait Ă la baronnie de Vierves. 3 VogenĂ©e Namur. 4 ImpĂ©riale monnaie d'or qui Ă©tait on usage dans les Flandres ; son poids atteignait 4 deniers et 4 grains. Cf. THIRION Les frĂšres mineurs Ă Namur, Namur, 1903. , . 2' AnnĂ©e 22 â 162 â Le mĂȘme jour, en 1624, mourut Ă BĂ©thunel, chez les Annonciades dont il Ă©tait le confesseur, le vĂ©nĂ©rable pĂšre Amand du Vivier, qui Ă©tant ici vicaire et gardien travailla beaucoup Ă la restauration de noire couvent brĂ»lĂ©. \%. G. L'an du Seigneur 1694 dĂ©cĂ©da dans son chĂąteau de Mespas, prĂšs d'Aubigny 2, le noble chevalier Louis de Brodart. Il Ă©tait l'un de nos bons amis de France et lĂ©gua une large aumĂŽne Ă notre couvent. 13. A. L'an du Seigneur 1690 est mort le vĂ©n. pĂšre Pierre Valentin, pr., prĂ©d., conf. et jubilaire de notre Ordre. Le mĂȘme jour de l'annĂ©e 1718, s'endormit doucement dans le Seigneur, en notre couvent de Namur, le trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre Charles Gauthier, religieux en tout point admirable et illustre dans notre province. II brilla par sa parole et ses exemples dans toutes les fonctions qui lui furent confiĂ©es. Lecteur en philosophie et en thĂ©ologie, il fut successivement confesseur des moniales, gardien, dĂ©finiteur, et plusieurs fois ministre provincial. DĂ©fenseur des droits de l'Eglise et trĂšs instruit au jugement de tous, il'Ă©tait en outre trĂšs zĂ©lĂ© pour le culte de la sainte Eucharistie, serviteur trĂšs pieux de la Vierge ImmaculĂ©e, trĂšs strict observateur et dĂ©fenseur irrĂ©ductible de la sainte pauvretĂ© 3. L'an du Seigneur 1760 mourut Ă Couvin notre trĂšs chĂšre mĂšre ThĂ©rĂšse Renard, syndic trĂšs dĂ©vouĂ©e de ce couvent pendant de nombreuses annĂ©es. En plus de sa maison et de 300 livres de France pour notre sacristie elle nous lĂ©gua par testament de nombreux biens. L'an du Seigneur 1769 mourut Ă Signy-le-Petit 4 et fut 1 BĂ©thune Pas-de-Calais. Cf. HĂBRARD S" Jeanne de Valois et l'ordre de l'Annonciade, Paris, 1878, pp. 370-371. Note du P. Ubald d'Alençon. 2 Aubigny-les-PothĂ©es, arr 1 de Rocroi. Les Brodart Ă©taient aussi seigneurs d'Ecly, de Boulan et de la Loge-Rosette. 3 Cf. DIRES, Hist. litt., p. 335. 4 Signy-le-Petit, arr. de Rocroi. â 163 â enterrĂ© au mĂȘme lieu le pĂšre Dominique Hognon, pr., prĂ©d. et conf. Il avait Ă©tĂ© postulant dans notre couvent. 14. B. On recommande aux priĂšres et aux saints sacrifices de nos frĂšres le rĂ©vĂ©rend sire Grimart, vicaire royal Ă Philipâ peville 1 qui construisit, en 1737, de ses ressources et de son talent l'orgue de notre couvent. On recommande aussi le sieur Poulain, marchand Ă Paris, et son Ă©pouse trĂšs chĂšre, la dame Wilmote, avec toute leur famille ils nous ont donnĂ©, en 1736, un voile de soie rouge ornĂ© d'un ruban d'or pour recouvrir le tabernacle du grand autel. 19. G. L'an du Seigneur 1736 mourut le frĂšre François Anciaux, laĂŻc trĂšs pieux et laborieux. 20. A. L'an du Seigneur 1617 mourut dans une vĂ©nĂ©rable vieillesse le pĂšre Jean Bara, qui fut gardien dans un autre couvent et ici vicaire pour la seconde lois. Il eut Ă supporter un fort labeur pour la rĂ©paration de notre couvent. 21. B. L'an du Seigneur 1683 rendit son Ăąme Ă Dieu le frĂšre AndrĂ© Deumont, laĂŻc fort aimĂ© de tous. 24. E. L'an du Seigneur 1694 mourut Ă la fleur de l'Ăąge, aprĂšs une violente maladie, le pĂšre Antoine Stilman, pr., prĂ©d. et conf. Sa mĂ©moire est en bĂ©nĂ©diction prĂšs des habitants de Rocroi dont il visitait et consolait les malades nuit et jour. Le mĂȘme jour, en 1708, mourut Ă Oignies 2 Antoine Bernard, qui fut bourguemestre de ce village et tout dĂ©vouĂ© Ă notre Ordre son Ă©pouse, Marie Gaye, donna Ă notre couvent cent florins de Brabant pour que son nom fut inscrit au registre de nos bienfaiteurs. 26. G. L'an du Seigneur 1613 mourut Ă Namur le frĂšre Jean Joli, dit de MassĂ©e, laĂŻc jubilaire et proies de ce couvent. PrĂšs de la porte est placĂ©e une Ă©pitaphe qui rappelle nos souvenir. 1 Philippeville, prov. de Namur. 2 Oignies, prov. de Namur. â 164 â 30. D. L'an du Seigneur 1640 mourut Jean Dewingue, pharmacien et habitant de Cbimay, qui nous lĂ©gua une aumĂŽne abondante afin d'ĂȘtre inscrit dans noire nĂ©crologe, ainsi que sa femme, HĂ©lĂšne Lignie, morte le 19 dĂ©cembre 1632. V. T. Nous devons Ă l'obligeance de M. Francotte, directeur de l'Ecole moyenne de l'Etat Ă Couvin, qui s'est occupĂ© de recherches historiques sur la rĂ©gion, la rectification suivante Charlemont. â La note 3 au bas de la page 147 Revue historique du Plateau de Roeroi, 2° annĂ©e, n" 21 porte Charlemont-sous-Gonrieux». N'est-ce pas plus vraisemblablement du fort de Charlemont, prĂšs de Givet », qu'il s'agit ici ? Notes historiques sur le plateau de Roeroi RUPES RĂĂPEREM Epoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre. Suite Le mĂ©galithe 1 de Nismes 2 ou la Roche de l'Ăźlette. Parmi les souvenirs des diverses Ă©poques qu'on trouve sur le territoire de Nismes, la Roche de l'Ăźlette 3 est assĂ»rĂ©1 assĂ»rĂ©1 donnons ce terme empruntĂ© Ă l'ouvrage d'un savant ^Toponymie Namuroise, par le chanoine ROLAND. 2 Nismes, commune du canton de Couvin, prov. de Namur. 3 La Roehe de l'Ăźlette a pris son nom d'un jardin qui avait le mĂȘme dĂ©nomination et que la riviĂšre entourait. La pierre n'est plus maintenant dans une muraille Mâą* Moreau Philippe; en devenant propriĂ©taire du jardin de l'Ăźlette a fait abattre le mur pour dĂ©gager la Roehe. â 165 â' ment un des plus curieux et des plus attrayants. Ce monolithe se dresse Ă l'extrĂ©mitĂ© orientale du village, sur la rive gauche de l'Eau-Noire et Ă 60 mĂštres de la riviĂšre. De la route qui mĂšne Ă Dourbes 1 et Ă Frasnes-lĂšs-Couvin 2 on l'aperçoit Ă la distance d'un jet de pierre, sur la droite, dans la vallĂ©e. Sa hauteur atteint 6 mĂštres de la base au sommet sur 4 et 5 mĂštres de largeur; il affecte la forme paraliĂ©iipipĂ©dique. Une anfracluosilĂ© qui s'ouvre Ă 1 ra 50 du sol dĂ©chire un de ses flancs. Les crues de la riviĂšre amĂšnent autour du rocher un volume d'eau considĂ©rable et ce torrent, lors de son plein dĂ©bit, vient baigner lepied du menhir. Le terrain est un peu soulevĂ© du cĂŽtĂ© du village, mais il s'incline doucement en allant vers la riviĂšre. Comme tous les mĂ©galithes de cette Ă©poque la pierre appartient Ă la nature du sol voisin. A-t-elle Ă©tĂ© dressĂ©e lĂ par quelques gĂ©ants? Il n'est pas permis de le supposer, encore moins de le croire. Elle apparaĂźt donc en cet endroit telle qu'elle est sortie d'une commotion terrestre. Des savants prĂ©tendent mĂȘme que, dans des temps fort reculĂ©s, les deux tiers de la hauteur de la pierre Ă©taient enfouis dans la terre ; l'accĂšs en aurait Ă©tĂ© plus facile. 11 est vrai que le lit du cours d'eau s'est enfoncĂ© graduellement Ă la suite des dĂ©boisements successifs. L'Ă©couledes eaux et les Ă©rosions creusĂšrent la vallĂ©e. Ce mĂ©galithe fut certainement utilisĂ© comme pierre du sacrifice par les premiers peuples qui vinrent en notre pays ; et on en conclut que les trouvailles faites sur les ternes et les Ă©perons rocheux peu Ă©loignĂ©s laissent admettre les opinions des archĂ©ologues 3. Des contreforts du Mousty et Ă &sAbannets 1 et 2 Dourbes et Frasnes sont deux communes du canton de Couvin et voisines de Nismes. 3 Voir les Annales de la SociĂ©tĂ© d'archĂ©ologie de Bruxelles, t. XIX, 1905 et t. XX, 1906; E. MAILLEUX Vestiges des Ăąges anciens aucc environs de Couvin, p. 10, 1905; Stations prĂ©historiques, Couvin et Nismes, pp. 11 et 12, Bruxelles, 1906. Voir aussi notre Reoua du Plateau, fasc. 12, p. 179. â 166 â qui l'environnent, ainsi que du camp de la Roche Ă Lomme, on le distingue sous la plus agrĂ©able perspective. Il revĂȘt de loin un cachet de majestĂ© sauvage, bien digne de la pĂ©riode nĂ©olithique dont il demeure un des tĂ©moins. A suivre. H. B. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE IV Nos aĂŻeux. II. â Nos aĂŻeux dans la lutte pour la vie ». D'aprĂšs Jean Hubert, les premiers villages de nos forĂȘts d'Ardenne furent habitĂ©s par des bĂ»cherons, des boisseliers, des tourneurs, etc. Tels Ă©taient, tels furent pendant des siĂšcles les habitants de SĂ©vigny. Les traditions du bocquiilonage » se sont conservĂ©es d'Ăąge en Ăąge parmi nous, se sont transmises de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration avec beaucoup de soin et d'amour. Bien que le mĂ©tier ait perdu de son importance ancienne il est encore en honneur chez les Suckots . Et cependant ils ont dĂ©laissĂ© la plupart des professions qui se rattachent directement Ă l'exploitation des forĂȘts 1 il n'y a plus Ă SĂ©vigny de scieurs 1 Au nombre des industries disparues de nos forĂȘts, citons celles des palonniers, fabricants de pelles Ă four, palons, etc., en bois de hĂȘtre; des tĂ©liers confectionnant au tour les. vases hĂ©misphĂ©riques en bois appelĂ©s tĂšles; des ramasseurs de mousse Ă brosse potric ; des â 167 â de long,, de charbonniers, de clapteux » ; Ă peine quelques sabotiers. Au xvii 0 siĂšcle, les Colle Ă©taient une famille de charbonniers renommĂ©s. Le dernier forestier qui ait dressĂ© des fauldes dans nos bois fut Nicolas Triplot 1692-1747. Les derniers scieurs de long du village furent les frĂšres Chapellier Alexandre, Etienne, NapolĂ©on, etc., ouvriers experts qui installĂšrent leur hourd » dans toutes les parties de la ForĂȘt des Ardennes, de l'Oise Ă la Semoy. Quelque honorable que soit le mĂ©tier de bĂ»cheron, il n'en est pas moins un Ă©tat aride, dur, et peu rĂ©munĂ©rateur qui n'a jamais fait vivre que bien pĂ©niblement l'homme des bois. En 1794, la façon d'une corde de bois 3 stĂšres se payait 20 sous ; la façon d'un cent de fagots, 3 francs. Le cent de fagots lui-mĂȘme ne valait que 7 fr. en 1740,10 fr. en 1780. Le prix en monta Ă 20 fr. en 1815, et atteignit son maximum, 35 et 38 fr. en 1868. En 1815, la corde de bois valait 20 fr. ; en 1912, de 9 Ă 12 francs 1. Heureusement que la plupart des Forestiers Ă©taient en fabricants de balais de bouleau. On ne fait plus de lattes planches obtenues par le fendage du chĂȘne; ni de planches Ă couteaux plus Ă©paisses par un do leurs bords pour baucher » les maisons. On ne confectionne plus guĂšre de fagots ; plus du tout de hourettes » ou petites faguettes de boulangers. Quand les branches ne sont pas brĂ»lĂ©es sur le terrain pour en obtenir des couques » ou cricquettes » menu charbon on les abandonne Ă pourrir sur les coupes. Jadis, une portion de branchettes de 50 verges se vendait, en forĂȘt, de 5 Ă 20 francs ; et on ramassait les coupes au rĂąteau I... Pendant l'existence de la poudrerie de Saint-Ponce, prĂšs de MĂ©ziĂšres surtout de 1832 Ă 1880, le bois de bourdaine ou noire-caure Ă©tait soigneusement recueilli dans nos forĂȘts, Ă©corcĂŽ et transformĂ© en charbon pour la fabrication de la poudre. Et pendant longtemps aussi les branches de bouleau furent utilisĂ©es pour la cuisson du pain d'Ă©pices dans les fabriques de Maubert-Eontaine. Jean HUBERT, GĂ©ographie historique des Ardennes. Voir aussi A. MEYRAC La ForĂȘt des Ardennes Industries de la forĂȘt, pages 298-315 et suivantes. "1 Il n'est pas question ici des prix et valeurs d'aprĂšs-guerre ». â 168 â mĂȘme temps petits propriĂ©taires et Ă©leveurs. De tout temps, ce sont les vaches qui ont fait vivre SĂ©vigny. Du xive au xvnr siĂšcle, le village Ă©tait renommĂ© par ses marchands de bĂȘles Ă cornes, tout autant que Bourg-FidĂšle le devint par ses marchands de chevaux. Toutes les ressources du mĂ©nage, jointes Ă un incessant laheur, ne faisaient point disparaĂźtre les difficultĂ©s de l'existence, car les produits du pays Ă©taient sans valeur, et le travail ingrat. Sans remonter bien haut, la journĂ©e d'un manoeuvre en 1794 n'Ă©tait que de 36 sous en Ă©tĂ©. Vers on ne donnait aux faucheurs que 20 sous par jour, et de l'eau pour boisson. Une femme avait 10 sous; une laveuse en touchait 15 pour une lessive 1. La journĂ©e d'un voiturier Ă un cheval Ă©tait de 30 sous. D'autre part, les bestiaux Ă©taient Ă vil prix. La minute de la vente Raulin-Jouart, en 1766, Ă Rouge-Fonlaine porte textuellement qu'il y fut adjugĂ© Une vache noir Ă Jean Je Clerc et Jean Sury, d'iromont, paroisse de Rocroi, pour 39 livres; une vache rouge aux mĂȘmes pour 51 livres ; une vache rouge Ă Pierre Manson Manceaux pour 24 livres 10 sous; une gĂ©nisse au mĂȘme pour 26 I. 6 s., un petit torau Ă Nicolas Devouge pour 22 livres. » etc. Vers 1830, un veau valait de 5 Ă 8 fr., une vache de 60 Ă 80 fr. au plus. En 176570, 176570, foin valait Ă la ForĂȘt 12 fr. les 500 kilos. En 1893, il valait 100fr. les 500 kilos. Au commencement du xixe siĂšcle, le beurre ne se vendait Ă Rocroi que 8 ou 10 sous la livre 2 ; un fromage 2 sous, soit le tiers de leur valeur d'avant-guerre. 1 Voir un article publiĂ© dans un n° des Ardennes littĂ©raires du 6 janvier 1896, sous le pseudonyme de du Pont, par un natif de SĂ©vigny. 2 Le 30 aoĂ»t 1876, le beurre s'est vendu Ă Rocroi 2 fr. 10 le demikilo. C'est le cours le plus Ă©levĂ© d'avant-guerre qui ait Ă©tĂ© atteint dans ' notre rĂ©gion. - â 169 â Le terroir de SĂ©vigny Ă©tant trop ingrat pour nourrir tous ses habitants, beaucoup d'entre eux Ă©taient obligĂ©s d'aller chercher du travail au dehors. Ils Ă©migraient tous les ans pour aller faucher ou moissonner en France », ou bien passer l'hiver dans les bois de la Tln'Ă©rache et de l'Ardenne. D'autres allaient travailler aux ardoisiĂšres de Rimogne, aux carriĂšres de pierre du ChĂątelet ou aux fortifications dĂ© Rocroi vers 1830-1850; les uns comme maçons, les autres comme terrassiers. Ces derniers gagnaient 25 sous par jour. Ceux qui, chaussĂ©s de lourds sabots armĂ©s de crampons consentaient Ă mouler la terre Ă la brouette tout en haut des remparts, sur la dĂ©clivitĂ© glissante d'Ă©troits madriers, recevaient par jour 3 sous en plus. Au premier rang des sabots ferrĂ©s », aux plus dangereuses grimpettes », on voyait toujours Pierre ChapelIier, dit Pierre-Colette, delĂ ForĂȘt 1. Aujourd'hui, les Forestiers ne suffisent plus Ă leur propre besogne ce sont les Ă©trangers qui viennent exploiter leurs forĂȘts... SĂ©vigny eut ses associations de boeuliers », spĂ©cialement occupĂ©es au transport des bois et du charbon. Il eut ses corps de cloutiers et mĂȘme une sociĂ©tĂ© de tisseurs de laine. Vers 1846, un appelĂ© Machaux, de la Neuville-les-This, vint monter dans le village plusieurs mĂ©tiers de tisseurs. Malheureusement, la concurrence des machines eut vile fait de ruiner cette industrie naissante, et nos tisseurs durent laisser la bobine pour en revenir Ă la trĂȘme » de tisserand, lĂącher mĂ©rinos et flanelle pour se remettre Ă la toile de lin ou de chanvre. Le mĂ©tier de tisserand Ă©tait encore, Ă celte Ă©poque, un des plus rĂ©munĂ©rateurs dans nos pays. Un bon ouvrier pouvait 1 Il y avait des situations pires encore en 1848, les ouvriers de Signy-le-Petit tiraient le minerai de fer Ă 10 sous par jour dans les puits en bouteilles» oĂč les Ă©boulements Ă©taient frĂ©quents; ils remontaient la mine » avec des treuils, dans des paniers. Communication de M. Robeaux, instituteur. â 170 â ' fabriquer par jour 6 aunes de toile dans les fils moyens dans les comptes » 16,18 ou 20, par exemple, Ă 6 sous de l'aune; l'aune = 1 m 188, et 3 aunes dans les fils fins au-dessus du 22, Ă 12 sous de l'aune 1. Ce qui contribuait autrefois Ă rendre trĂšs difficiles les condi1 condi1 outils de tisserand â l'outil de rĂŽs en lamelles de roseau, et l'outil de lisses en fil â Ă©taient fabriquĂ©s de façon Ă pouvoir donner Ă la toile une largeur maximum de une aune. Les fils da la chaĂźne se composaient d'un certain nombre de portĂ©es de 40 fils chacune. Or, le nombre de portĂ©es nĂ©cessaires pour donner Ă la toile une aune de large en emplissant complĂštement l'outil, indiquait le compte du fil et de la toile; autrement dit, le numĂ©ro de finesse. La toile dans lo 18, par exemple, se montait Ă proportion de 18 portĂ©es 720 fils pour une aune de largo; la toile dans le 24, Ă proportion de 24 portĂ©es 960 fils pour une aune do large, ou 720 fils pour la toile en 3/4 de large, comme on la faisait le plus gĂ©nĂ©ralement. Pour chaque compte de toile, il faut un outil diffĂ©rent, de mĂȘme numĂ©ro que le fil, tant pour le rĂŽs qui enserrĂ© dans la chasse, sert Ă frapper le fil, Ă serrer la trame, que pour l'outil de lisses qui, mĂ» par les pĂ©dales, sert Ă dĂ©croiser les fils de la chaĂźne. Pour monter l'outil de lissas, on prenait du coeur de fil, du numĂ©ro qu'on voulait donner Ă l'outil, on le tordait au rouet aprĂšs l'avoir triplĂ©, et on le nouait sur les 4 baguettes, ce qui Ă©tait une opĂ©ration fort longue et assez dĂ©licate. A largeur et Ă finesse Ă©gales, la toile mĂ©canique tissĂ©e en filature no compte Ă la chaĂźne que les 7/20 du nombre des fils de la toile de mĂ©nage. Autrement dit, Ă une piĂšce dans le 20 tissĂ©e Ă la main et comptant 800 fils do chaĂźne, le commerce ne peut opposer comme similaire que de la toile Ă 17 portĂ©es, ou Ă 680 fiis de largeur. C'est ce qui explique la supĂ©rioritĂ© de rĂ©sistance des toiles Ă la main sur celles Ă la mĂ©canique. La gamme des comptes allait du 8 â toile extrĂȘmement grossiĂšre pour vĂȘtements â au 28, qui rivalisait avec la batiste, mais que de bien rares fileuses savaient filer. Le roi des tisserands de la ForĂȘt, Nicolas LebasLubin mort en 1869 parvint a fabriquer 55 aunes 66 mĂštres de toile en 5 jours. Ce haut fait ne fut jamais Ă©galĂ©, Ă ce que l'on sache, par aucun autre tisserand de SĂ©vigny ; mais il fut surpassĂ© par Nicolas Daireux, du Cheval-Blanc, qui tissa une piĂšce de 60 aunes en trois jours et trois nuits sans descendre de son, mĂ©tier, ce qu'on rapporte Ă juste titre comme un vĂ©ritable tour de force. J'ai cru intĂ©ressant de consigner ici ces indications qui furent si familiĂšres Ă nos aĂŻeux, et qui sont tombĂ©es aujoui'd'hui, pour toujours, dans l'oubli absolu. â 171 - tions de l'existence, c'Ă©tait le prix souvent excessif de ce qui es* le plus nĂ©cessaire Ă la vie le pain. La difficultĂ© des moyens de transport obligeait pour ainsi dire chaque rĂ©gion Ă se suffire Ă elle-mĂȘme. Le blĂ© eĂ»t-il Ă©tĂ© Ă vil prix dans la Picardie ou la Beauce que les Irais de roulage, les taxes de douanes, d'octrois, de pĂ©ages en eussent Ă©levĂ© le cours, 100 kilomĂštres plus loin, Ă un prix inabordable. La viande Ă©tant alors Ă vil prix, on trouve Ă©trange que le paysan n'en mangeĂąt point. Cela Ă©tait nature pourtant la production Ă©tait trop restreinte et l'argent Ă©tait trop rare. DĂ©plus, en beaucoup d'endroits, les bestiaux Ă©taient la propriĂ©tĂ© des seigneurs en temps de paix, le butin du plus rapace ou du plus fort en temps de guerre; ce qui n'Ă©tait pas pour encourager l'Ă©leveur. A SĂ©vigny, on conservait les mĂȘmes vaches le plus longtemps possible 15, 20, mĂȘme 25 ans. Et quand l'ennemi arrivait, bienheureux encore ceux dont, en ces temps de calamitĂ©, on ne faisait que vider l'Ă©table sans brĂ»ler la cabane. Songeons quelquefois Ă ce qu'il a fallu Ă nos aĂŻeux de courage, de luttes et de souffrances pour conquĂ©rir l'aisance qui rĂšgne aujourd'hui Ă nos foyers. Il serait indigne, Ă©goĂŻste, de jouir du fruit de leurs peines, de leurs durs labeurs, sans leur accorder dans la prospĂ©ritĂ© une pensĂ©e de gratitude et d'amour Ă eux qui ont subi la douleur et l'Ă©preuve des siĂšcles de lutte sans pouvoir goĂ»ter ici-bas le repos des jours de paix ! N. B. â Les gĂ©nĂ©ralitĂ©s de cet article â de mĂȘme que pour le chapitre .Habitation et ameublement n°" 14 et 16 de la Revue â peuvent s'appliquer Ă tous les villages du Plateau de Rocroi. P. LEBAS. A suivre. AU JOUR LE JOUR nXTotes Se Souvenirs Suite. Samedi 26 mai 1917, vigile de la PentecĂŽte. â Enfin, aprĂšs cinq semaines de sĂ©jour, la 9" B' 0 du 62° RĂ©g 1 d'artillerie est partie pour Laon et ses environs, nous a-t-011 dit. Si nous avons quelqu'un ou quelque chose Ă regretter, ce sont les trois honnĂȘtes soldats ces six officiers ivrognes. Peut-ĂȘtre aurons-nous bientĂŽt pire ! Sufficit diei maliiia sua! A chaque jour suffit sa peine. Lundi de la PentecĂŽte, 28 mai. â Ce malin, Ă 6 heures, une batterie du 82° rĂ©g 1 d'artillerie a quittĂ© la paroisse oĂč elle avait pris un repos de quinze jours. Nous n'avons guĂšre vu les soldais, car ils Ă©taient entassĂ©s dans le bas de la Grand'Rue. Malheureusement, si nous n'avons pas vu les soldats, j'ai eu l'ennui de voir les six officiers qui sont venus chez moi la nuit derniĂšre pour y faire la noce jusqu'Ă 4 heures du malin. La place Ă©tait libre depuis la veille et ils en ont bruyamment profilĂ©. Une remarque gĂ©nĂ©rale Ă faire jusqu'aujourd'hui, c'est que la plupart des soldais pris individuellement sont de braves gens, serviables, causant volontiers quand ils savent quelques mots de français, polis, saluant toujours le pfarrer, comme ils l'appellent, etc., tandis que leurs chefs, pour la plupart aussi, sont tout bouffis d'orgueil, arrogants, noceurs, ivrognes, Ă un degrĂ© inconnu en France. Aussi, beaucoup de ces soldats, mourant de besoin, ayant faim, sont-ils souvent fort irritĂ©s â et nous le disent tout haut â en voyant leurs officiers se procurer tout ce qu'ils peuvent Ă coups de marks. Ces pauvres soldats font des menaces terribles... mais ils ont s1 â 173 â. peur de leurs chefs... DerniĂšrement, dans la rue de la Sarthe, uu jeune officier m'avait arrĂȘtĂ© pour un renseignement. Passe un soldat trĂšs jeune, un vrai gamin sans ombre de moustache. Fit-il mal le salut militaire ou pour toute autre raison? l'officier lui fait signe de reculer Ă 3 mĂštres, et au moment oĂč il repasse prĂšs de nous, lui envoie un grand coup de cravache en pleine figure. Je sursautai de colĂšre, mais cet officier se mit Ă rire, et je le quittai sans rĂ©pondre Ă son interrogation. Je ne puis que rĂ©pĂ©ter ce que je crois avoir dĂ©jĂ dit Nous ne sommes plus chez nous, nous sommes chez les barbares Prussiens ; nous n'avons plus rien Ă nous, tout est Ă eux. DĂ©livrez-nous d'eux, Seigneur JĂ©sus, et donnez-nous la paix ! Mardi 12juin. â Le dimanche 10 juin, tout au matin, une dizaine dĂ©jeunes gens et dĂ©jeunes filles dĂ©signĂ©s la veille, sont partis pour Maubert-Fontaine, Ă la Kommandantur, afin d'ĂȘtre envoyĂ©s de lĂ Ă Wasigny et dans les environs, pour y travailler Ă la fenaison. On a maudit nos ennemis â et ils le mĂ©ritent bien â car Ă quoi bon, quand le travail presse ici, envoyer Ă des dizaines de lieues, enlever Ă leurs familles si douloureusement inquiĂštes des enfants de 15 Ă 18 ans, et surtout des jeunes filles?..; MystĂšre d'iniquitĂ© et de perversion !... La bonne Providence est encore venue miraculeusement Ă notre aide, protĂ©geant une fois de plus la paroisse et exauçant nos priĂšres publiques et quotidiennes toujours fort suivies ; car, sur les dix dĂ©signĂ©s, cinq seulement ont Ă©tĂ© retenus Ă Maubert, trois garçons et deux filles ; les cinq autres demoiselles sont rentrĂ©es ici le aimanche soir, Ă leur grande joie et Ă celle de leurs parents. EspĂ©rons qu'elles seront Ă©pargnĂ©es ; car si elles ont Ă©chappĂ© pour cette fois, nous avons tout Ă craindre que ce ne soit pas pour longtemps, puisque tous les jours nous sommes menacĂ©s de cruelles rĂ©quisitions 1. 1 Nous verrons plus tard, en novembre 1917, une douzaine do femmes et jeunes filles obligĂ©es d'aller pendant un mois, Ă Rimogne, â 174 â 30 juin 1917. â Le 24e rĂ©g' d'artillerie prussienne 5e batterie arrivĂ© le lor juin venant du front des environs de Laon, a quittĂ© le pays he 30 juin par une pluie battante, se dirigeant sur Etalles et de lĂ au front vers le camp de Sissonne. Ceux qui Ă©taient chez moi, au casino, comme ils disent, â je parle des soldats et non des officiers â Ă©taient de braves gens, jardi. nant, sciant du bois, etc. Mais, cinq ordonnances dans la cuisine, c'Ă©tait vraiment trop... Moins de musique que de coutume. 1" juillet. Dimanche du PrĂ©cieux Sang. â A la fin de la grand'messe, vers midi, est encore arrivĂ© le 57° rĂ©g 1 d'artillerie prussienne. La premiĂšre batterie est dans notre quartier. Ils viennent, disent-ils, d'Amifonlaine, entre Reims et Laon. Nous avons donc eu Ă peine 24 heures de repos. Triste!... Quand nous sommes heureux de les voir partir, nous nous disons Est-ce pour la derniĂšre fois que nous les voyons? Pendant combien de jours serons-nous tranquilles chez nous et n'ĂȘntendrons-nous plus ce sabbat internai?... Quand Dieu mettra-t-il fin aux horreurs de cette guerre? Et il faut toujours lutter, souffrir, prier, consoler mes ouailles et leur donner confiance ! Deus, in adjutorium nostrum intende ! Nous avons six officiers et trois ordonnances au presbytĂšre. Ce mĂȘme jour, ior juillet, j'ai dĂ» faire du feu le soir Ă 5 h. 1/2, tellement j'avais froid. Il y a actuellement quatre feux allumĂ©s dans ma maison cuisine, salle Ă manger, chambre du commandant et la mienne. 10 juillet. â Gendarmes, patrouilleurs et soldats vont de maison en maison avec des sacs pour la rĂ©quisition de tous les cuivres chandeliers, boutons de porte et de cuisiniĂšre, lampes, trier Ă la gare les pommes de terre gelĂ©es ; mais elles pouvaient revenir du samedi soir au lundi matin se reposer et assister aux offices ; et, de plus, rapporter de petits sacs de pommes de terre qu'elles avaient dĂ©robĂ©es, ce qui Ă©tait bien utile Ă leurs familles qui n'avaient presque plus rien Ă manger. â 175 â pendules, suspensions, mĂȘme pentures d'armoires, etc. Exception est faite pour l'Ă©glise, du moins pour celle premiĂšre fois. Chacun cache au plus vite ce qu'il croit pouvoir sauver; mais, Ă force de cacher et de modifier ses cachettes, on ne sait plus oĂč l'on a mis ce qu'on avait de plus prĂ©cieux. 29 juillet 1917. â Dans la nuit de samedi Ă dimanche, malgrĂ© la prĂ©sence chez moi du commandant, les soldats sont venus, sous ses fenĂȘtres, ravager nos pommes de terre. Du reste, depuis 15 jours, ces pillages sont pour ainsi dire journaliers. Les soldats se plaignent de mourir de faim, tandis que leurs officiers font la noce et se saoulent presque toutes les nuits. 30juillet.âUnlieutenantde rĂ©serve, excellent catholique, neveu d'un professeur de l'UniversitĂ© de Munich, a passĂ© toute la nuit a courir Ă Maubert, Ă Taillette et Ă Rocroi, chercher du sĂ©rum pour un enfant atteint du croup et qu'on a pu sauver. 4 aoĂ»t. â Les 2 et 3 aoĂ»t, grand froid, nĂ©cessitĂ© de faire du feu dans toutes les chambres. Le 31 aoĂ»t, vendredi, Ă 10 heures du soir, est arrivĂ© le premier groupe du 100° RĂ©g 1 d'artillerie, capitaine Blomayer. Le commandant mourait de faim, pas de cuisinier. II s'est fait faire des crĂȘpes par ma niĂšce et a avalĂ© un grand plat de poires cuites destinĂ©es Ă faire un peu de poirĂ©. Trois jours aprĂšs, le 3 septembre, il y avait Ă©change de commandants le mien allait Ă Petite-Chapelle Belgique et rĂ©ciproquement. Je n'ai pas perdu au change. Le nouveau commandant, nommĂ© Wemkenbach, comm' de rĂ©serve, Ă©tait un haut magistrat, prĂ©sident du tribunal de Francfort, homme grave et bon, sachant assez le français. Il demeura chez moi cinq semaines. Ses hommes Ă©taient parfaitement disciplinĂ©s, et il se plaignait cependant dans l'intimitĂ© du relĂąchement de la discipline, en raison de la prolongation des hostilitĂ©s. Du reste, il donnait lui-mĂȘme l'exemple et, tous les soirs, il congĂ©diait ses six officiers qui mangeaient avec lui, et nons Ă©tions tran- â 176 â quilles. Plus de bruit. C'Ă©tait un vrai gentilhomme, l'un des trois ou quatre que j'ai rencontrĂ©s sur la centaine et plus d'officiers qui ont passĂ© dans mon presbytĂšre. 11 aspirait comme nous aprĂšs la fin de la guerre et me parlait souvent de la joie qu'il aurait de retourner chez lui, auprĂšs de sa femme et de ses deux enfants qui mouraient de faim et auxquels il envoyait toutes les provisions qu'il pouvait se procurer Ă prix d'or. Fin septembre, ayant eu cinq jours de permission, il emporta chez lui deux Ă©normes caisses de pommes et de poires que je pus lui procurer, tant de mon jardin que de mes paroissiens qui les lui vendirent le plus cher possible. Avant son dĂ©part, il me laissa 12 bouteilles de vin du Rhin pour l'Ă©glise. Deo gralias ! Je puis ainsi continuer Ă dire ma messe, l'aumĂŽnier allemand de Maubert voulant bien m'envoyer chaque mois, contre remboursement, des hosties grandes et petites, autant que je lui en demande. A suivre. MEMOU. Le GĂ©rant IL BERNARD. A nos AbonnĂ©s et Lecteurs Pour les abonnements, s'adresser Ă M. F. JALLOUX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Roeroi Ardennes. Pour la rĂ©daction, Ă M. H. BERNARD, Moulin de l'IleBonnet par Roeroi Ardennes. A NOS LECTEURS ET AMIS Bonjour, bon an, ami ĂŻecĂŻetHÂŁ, Dan$ ĂŻa formule ^tujrannĂ©e Pouij chaque mafin de l'annĂ©e, Tijrowe^ im ^otiĂaiĂŻ de fcon^ettijrl G. D. Notes historiques sur le plateau de Roeroi RUPES RUPEREM Epoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens. â Age de pierre. Suite Seconde migration des peuples primitifs ; leurs croyances, leur culte, etc. Autour des peulvans 1 prĂ©parĂ©s par les premiers immigrants, la seconde migration des peuples primitifs qui occupĂšrent notre plateau apporta un agencement et une recherche inconnus jusqu'alors chez ces peuplades barbares. La manifestation des croyances en face des pierres statives 2 caractĂ©rise davantage leurs inclinations naturelles. ExceptĂ© pour le rĂ©ceptacle dont nous avons dĂ©jĂ parlĂ© 3, il Ă©tait dĂ©fendu de tailler 1 Les peulvans ou peulvens sont dĂšs blocs de pierre fichĂ©s en terre, assez semblables aux menhirs, si nombreux en Bretagne et ailleurs. 2 Statives, de station. 3 Voir le n° 21 de la Reme, p. 149. 2* AnnĂ©e 23 â 1=78 â la pierre du sacrifice elle devait toujours apparaĂźtre dans son Ă©tat primitif. Le lieu oĂč elle s'Ă©levait Ă©tait consacrĂ© Ă un hĂ©ros valeureux qu'aprĂšs la mort les peuplades avaient dĂ©ifiĂ©, parce qu'il Ă©tait plus redoutable ou plus sanguinaire que ses compagnons. Comme leurs devanciers, ces peuples adoraient les astres. Le moindre phĂ©nomĂšne cĂ©leste 1 indiquait un prĂ©sage funeste de la colĂšre des dieux ; et trop souvent la crainte leur faisait rechercher les sacrifices humains qui pouvaient, pensaient-ils, apaiser le courroux des divinitĂ©s. Sur la table expiatoire, le menhir, la pose de la victime devenait significative, puisque dans l'imagination de ces barbares, elle rendait propice l'immolation. La guerre Ă©tait leur occupation habituelle. Les prisonniers et leurs familles, destinĂ©s aux supplices, Ă©taient ramenĂ©s triomphalement dans le gĂźte des vainqueurs et servaient Ă assouvir leur vengeance. On les jetait sur le bĂ»cher pour ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs au milieu des danses et des orgies les plus horribles. Un culte Ă©tait aussi rendu aux grandes scĂšnes de la nature Ă la foudre, aux vents, aux tempĂȘtes. L'approche des cataclysmes leur causait inquiĂ©tude et frayeur. Le paysage, avec ses chĂȘnes majestueux et ses hĂȘtres sĂ©culaires, revotait souvent im aspect lugubre, bien fait pour Ă©mouvoir ces sauvages. Leur Ă©pouvante s'accroissait quand ils percevaient les cris des oiseaux et voyaient s'agiter autour d'eux les bĂȘtes de la forĂȘt. Aux pratiques grossiĂšres des amulettes, ils joignaient des superstilions extravagantes sorties de leurs cervelles belliqueuses, IsolĂ©s au fond des forĂȘts, en des lieux inaccessibles, ces barbares entretenaient des habitudes violentes. L'asservissement des premiĂšres gĂ©nĂ©rations n'avait servi qu'Ă les rendre 1 On sait que les Ă©clipses produisirent toujours la terreur clicz tous les peuples de l'antiquitĂ©. â 179 â plus farouches. Us ne permettaient point chez eux l'intrusion d'Ă©lĂ©ments Ă©trangers, afin de garder l'indĂ©pendance et la vigueur qu'ils Ă©taient jaloux de conserver. L'agilitĂ© des membres et la flexibilitĂ© des mouvements ne supportaient aucune entrave autour dĂ© leur corps ; et ils affectaient avec dĂ©dain de le couvrir. Une ceinture en peau de buffle suffisait Ă les prĂ©server de la rigueur du climat causĂ©e par des pluies incessantes 1. Les peaux de bĂȘtes tuĂ©es par eux ne leur servaient qu'Ă s'Ă©tendre par terre dans ces asiles de repos dont ils firent les gĂźles dont nous avons dĂ©jĂ parlĂ©. Des cases ou huttes, bĂąties en terre et couvertes de roseaux, Ă©taient disposĂ©es en rond dans le voisinage des cours d'eau ; et les femmes, pour donner le jour Ă leur progĂ©niture, ne s'en Ă©loignaient guĂšre. Les nouveaux-nĂ©s Ă©taient vigoureux 2 et ne rĂ©clamaient pas beaucoup de soins aussi s'initiaient-ils bien vite Ă la vie errante. Ces aborigĂšnes dĂ©tournĂšrent pendant quelque temps le flot des hordes conquĂ©rantes, mais ils furent absorbĂ©s par elles dans un genre nouveau d'existence. Et peu Ă peu disparut l'Ăąge de la pierre taillĂ©e, au contact et sous la dĂ©pendance d'un peuple, peut-ĂȘtre de mĂȘme origine, mais d'un naturel indomptable. A suivre. H. B. * Nous rappelons briĂšvement l'emplacement des stations et des monolithes qui subsistent clans la rĂ©gion et dont nous avons dĂ©jĂ rĂ©sumĂ© l'histoire dans nos articles prĂ©cĂ©dents. Le Camp Maequenoise est situĂ© Ă l'extrĂ©mitĂ© des communes 1 DIODOBE DE SICILE, an. 45 av. dans la Bibliotheca historiea, vol. III, lib. V, pp. 302-303 ; et STRABON, an. 22 av. lib. IV, dans BOUQUET, vol. I, p. 5, affirment qu'Ă cette Ă©poque le climat ne s'Ă©tait pas encore adouci. 2 La preuve, c'est qu'on nra trouvĂ© que trĂšs peu d'ossements d'enfants et de jeunes gens dans les tumuli. â 180 â de Saint-Michel-sous-Gland Aisne et de Macquenoise Hainaut sur la frontiĂšre franco-belge. Se reporter Ă la page 53 1" annĂ©e de notre Revue et 2"" annĂ©e, n" 13, pp. 1 et 2. Les Esterbizeux, commune de Rumigny, sont traversĂ©s par la route de Rumigny Ă Auvillers-les- Forges par Champlin. 2m 0 an., n° 14, p. 22. La Pierre Ă la Vierge se trouve Ă 2 kilom. au nord-est de Signy-le-Petit, sur une route carrossable. 2m 0 an., n° 16, p. 69. Hamzy s'Ă©tend prĂšs de la grand'route, entre Maubert-Fontaine et le Tremblois. 2m 0 an., n" 17, p. 89. Le GĂźte des Hauts-Marais se trouve sur le domaine de ce nom, Ă peu de distance du gentil chalet de M. Brugmann. La route de Chimay Ă Rocroi le laisse Ă gauche presque en face des RiĂŽzes de Chimay. 2° an., n° 21, p. 149. La Roehe de l'Ăźlette se dresse au milieu du village de Nismes. 2° an., n» 22, p. 164. A PROPOS DE LA FAMILLE POLCHET OU DE POSCHET Dans le n° 20, 2m° annĂ©e, de la Revue du Plateau de Rocroi, pp. 133-135, nous avions insĂ©rĂ© une courte notice sur la cĂ©lĂšbre famille Polchet ou de Poschet. M. Camille FRANCOTTE, directeur de l'Ecole moyenne de l'Etat Ă Couvin, nous transmet Ă ce sujet la note suivante que nous sommes heureux d'insĂ©rer Jean-Baptiste de POSCHET, originaire de MĂącon Hainaut, construisit les forges de Laclaireau. A sa mort, son fils, Nicaise de Poschet, lui succĂ©da. Celui-ci avait Ă©pousĂ© Jacqueline de Moustier, dont il eut une fille, Anne de Poschet, qui Ă©pousa, en 1656, Charles de l'Epine, de Mous. Ce furent des ouvriers du Hainaut, du Brabant et du pays de LiĂšge, amenĂ©s par les de Poschet et autres maĂźtres de forges, qui repeuplĂšrent la contrĂ©e devenue dĂ©serte aprĂšs la peste 1 ». 1 Pendant la guerre de Trente Ans, des bandes de Croates envahissent nos contrĂ©es ; ces bandits pillent, saccagent, tuent, transmettent la peste. A Ethe 1636, 1637 et 1638 la population fut rĂ©duite Ă quelques habitants». Monographie d'Ethe, par TilliĂšre.â Bruxelles, Boon. 181 Comme nous venons de le voir, Jean-Baptiste POLCHET OU de Poschet, Ă©tait nĂ© Ă la Forge de MĂącon, que son pĂšre, Martin Polchet, tenait en propriĂ©tĂ©. Lorsque, en 1614, cette forge fut fermĂ©e pour manque de combustible, Polchet s'expatria et Ă©tablit les forges de Laclaireau, dĂ©pendant d'Ethe pays liĂ©geois. Ce fut son frĂšre, Michiel Polchet, habitant Forges-IesChimay, qui continua la forgerie dans la rĂ©gion, sur le cours de l'Eau Noire. Ses descendants la firent prospĂ©rer pendant plus de deux siĂšcles, malgrĂ© les difficultĂ©s de toutes sortes et les invasions. Les armoiries fort endommagĂ©es de Michiel Polchet se trouvent sur une pierre tombale, au bas du choeur, du cĂŽtĂ© de l'Evangile, dans l'Ă©glise de Forges. Les lambrequins et le cimier qui surmontent l'Ă©cu sont bien conservĂ©s, mais celui-ci a beaucoup souffert. On croit y distinguer, sur le canton dextre du chef, deux Ă©toiles, au flanc et Ă la pointe chevronnĂ© et au mi parti plein qui serait d'or. Les autres piĂšces sont presqu'impossibles Ă dĂ©chiffrer 1. H. B. On peut aussi remarquer que le chevalier Jean-Baptiste POLCHET, frĂšre de Michiel, avait remplacĂ©, dans son blason, les Ă©toiles par des roses, mais avait conservĂ© le chevron. Cf. le n" 20, 2'°" annĂ©e, de notre Revue historique du Plateau, p. 294. 1 Voir aussi pour les armes des Polchet Epigraphie nobiliaire ardennaise, par Al. BAUDON Revue hist. ard., t. XII, p. 293. C'est la, ! IV. - LES PARISIENS Suite 1 Ecoutez, reprit le stagiaire, l'aveuglement serait trop monstrueux!... Si bouchĂ©s qu'ils soient Ă la Guerre et aux Affaires Ă©trangĂšres, ils ne peuvent tout de mĂȘme pas l'ĂȘtre Ă ce point-lĂ !... 11 n'y aurait qu'une excuse, une explication Ă leur incurie... la Belgique ne serait plus neutre !... â On n'a rien changĂ© au traitĂ© de 1839 que je sache, objecta le professeur, le traitĂ© 2 des six grandes puissances qui garantit sa neutralitĂ©. â On ne l'a pas criĂ© sur les toits !... Mais pour avoir dĂ©classĂ© Rocroi, amputĂ© Givet, il faut, de toute nĂ©cessitĂ©, il faut que notre frontiĂšre soit couverte par LiĂšge, Namur et Dinanl... ou il faut les pendre tous comme des malfaiteurs, des traĂźtres, mĂȘme. â Je veux les pendre moi-mĂȘme ! âą> Chaque homme, l'un aprĂšs l'autre, en mĂȘme temps plutĂŽt, jetait son mot toujours Ăąpre, sinon furieux, dans la discussion, et les femmes Ă©coutaient angoissĂ©es. Ne nous disputons pas, interrompit le stagiaire, goguenard, nous ne sommes pas Ă la Chambre... faut laisser les coups de gueule et de poing aux dĂ©putĂ©s â c'est un monopole... ParaĂźt d'ailleurs que tout est au mieux, c'est la Commission 1 Voir les numĂ©ros prĂ©cĂ©dents de la Revue Ă partir du n" 11. 2 Le traitĂ© de Londres 19 avril 1839 que signĂšrent la France, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie. â 183 â de l'armĂ©e qui l'a dit... alors ! Y a bien certains qui font de la rouspĂ©tance... mais combien disent que nous sommes en force comme jamais, merveilleusement outillĂ©s et organisĂ©s sur terre et sur mer... et l'Air que j'oubliais ! dont nous sommes les maĂźtres incontestĂ©s,.. La mer sera la part des Anglais Rule, rule, the waves Britannia ! ». Les Russes comme des rouleaux compresseurs viendront et reviendront les Ă©craser Ă l'est tandis que nous les tiendrons sur le Rhin... ou la Meuse. Mais ne faisons pas la mariĂ©e trop belle nous n'irons pas jusque Berlin. â Leur frontiĂšre est Irop supĂ©rieurement gardĂ©e, approuve le professeur. Elle veille, forte et fidĂšle, la garde du Rhin... ChĂšre patrie, tu peux ĂȘtre tranquille », chante leur WĂ chl am Rhein. â Mais Ă l'insolent Rhin allemand de BĂȘcher* Musset a crĂąnement rĂ©pondu Nous l'avons eu »... El nous l'aurons encore, crie AndrĂ©. â Avez-vous vu Germania 4 Ă Rudesheim 2? â Le colosse de bronze forgĂ© de nos canons de 70 sur le Niederwald... â Oui, ce monstrueux monument de la haine d'un peuple et de l'humiliation de l'autre, la personnification orgueilleuse de l'Empire fondĂ© Ă Versailles. Avez-vous remarquĂ© le basrelief du milieu ? le Rhin qui remet la Corne d'alarme Ă la Moselle. Je suis certain que leurs artistes s'essaient dĂ©jĂ Ă une personnification de la Meuse garde^fronliĂšre... â N'en doutez pas!... Dans ses lettres de Versailles, 1 Voir la notice sur la Germania Ă la fin de l'article. 2 Rudesheim, petite ville de habitants sur la rive droite du Rhin, en aval de Mayence et en face de Bingen, est situĂ©e au pied du Niederwald, hauteur boisĂ©e de 330 m. Centre de production important des grands vins du Rhin, on y fabrique aussi des vins mousseux. â 184 â Bismarck furieux des rĂ©sistances de Favre 1 et de Thiers 2 pour sauver PAlsace-Lorraine, Ă©crivait A la fin, ils me forceront Ă leur demander la Meuse comme frontiĂšre ». A suivre. Reproduction interdite. CommuniquĂ© par le Dr GILLES. TLtSL Germania. Nous remercions M. Houtard, docteur en droit Ă Bruxelles, de l'aimable obligeance qu'il a eue en nous faisant parvenir l'intĂ©ressante communication suivante Au sommet du Niederwald, se dresse sur une saillie 300m-225m au-dessus du Rhin l'imposant monument national Ă©rigĂ© en mĂ©moire de la levĂ©e unanime et viclo rieuse du peuple allemand et du rĂ©tablissement de l'Empire d'Allemagne en 4870-1871 ». CommencĂ© en 4877 sur les plans de J. Schilling -f-1910 et inaugurĂ© solennellement en 4883, il a pour figure principale la Germania 40m,50 de haut, la tĂȘte ceinte de la couronne impĂ©riale et tenant en mains un glaive entourĂ© de lauriers. Le soubassement de 25 mĂštres de haut sur lequel elle repose est dĂ©corĂ© de bas-reliefs, dont le principal, du cĂŽtĂ© du Rhin, 1 C'est les 18 et 19 septembre 1870 que Jules Favre et Bismarck eurent leur premiĂšre entrevue au chĂąteau de FerriĂŽres, prĂšs de Meaux. Bismarck y posa les conditions de paix qu'il exigeait quelques mois plus tard. 2 .THIERS, le 13 septembre 1870, avait quittĂ© Paris pour un voyage dans les grandes capitales de l'Europe, afin de demander aux cours europĂ©ennes de venir Ă l'aide de la France qui, le 4 septembre, avait proclamĂ© la RĂ©publique, aprĂšs la bataille de Sedan. ChargĂ© de cette mission par le gouvernement de la DĂ©fense Nationale, le grand patriote ne trouva partout que froideur et indiffĂ©rence. Thiers, nĂ© Ă Marseille le 15 aoĂ»t 1797, est mort Ă Saint-Germain-en-Laye le 3 septembre 1877. â 185 â symbolise la Garde du Rhin, l'empereur Guillaume Pr, les princes allemands, le chef de l'armĂ©e, etc. A droite et Ă gauche sont des statues de la Guerre et de la Paix et, dans le bas, le Rhin et la Moselle. Les bas-reliefs de droite et de gauche reprĂ©sentent le DĂ©part et le Retour des Combattants. On a, de la terrasse qui prĂ©cĂšde le monument, une vue trĂšs Ă©tendue embrassant tout le Rheingau. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE IV Nos aĂŻeux. III. â NOMENCLATURE des mĂ©nages qui ont habitĂ© SĂ©vigny au cours de la pĂ©riode de 1650 Ă 1700. ADAM Pierre, et Symonne Lespine. ADAM Thomas, et Jeanne Royaux. ACHART Nicaise, et Jacqueline Lebas. AVELOT Jacques, et Barbe Hinique. AVELOT Jehan, et Marie Pierlot. AVELOT Nicolas, et Jeanne Jacquemart. BĂGOT Jehan, et Croisette VĂ©niel. BORGNET Nicolas, et Marie ThĂ©venin. COLLE GĂ©rard, et Jeanne Cochepin. COLLE Jean, et Jeanne Triplot. COLLE Philippe, et Nicole SommĂ©. COLLE Thomas, et Pierronne Guilloteaux. COUSSY Pierre, et Jeanne SommĂ©. DOURLEZ Philippe, et Marie Lespine. DOURLEZ Philippe, et Philippine Colle. â 186 - DUPONT Gabriel, et MariĂ© Le Bas; GALLOT OU GALTET Jehan, et Nicole Le Roy. GALLOT NoĂ«l, et Barbe SommĂ©. GODEAU Toussaint, et Elisabeth Colle. HARICHAUT Nicolas, et Pierronne SommĂ©. D'ICHAUX Dominique, et Charlotte Le Bas. âą LA BLOYE Nicolas, et Marie Patran. LA FONTAINE Gabriel, et Marie Le Bas. LAPORTE Hubert, et Elisabeth VĂ©niel. LEQUEUX Gisles, et Poncette Avelot. LEQUEUX HĂ©lie, et Jeanne VallĂ©e. LE BAS Jean, et Anne Mont-Mireille. LE BAS Pierre, et Anne Dourlez. LESPINE Jehan, et Marguerite Ancillet. LE ROY Gabriel, et Pierrette Dourlez. LE ROY François, et Marson 1 Gallct. LUBIN Pierre, et Nicole SommĂ©, en premiĂšres noces, et Jeanne Morigny, en secondes. MASSON NoĂ«l, et Marguerite Lequeux. MOUCHIN Jacques, et NoĂ«le SommĂ©. PERLIER Jehan, et Philippette Machurez. PERNELET Jehan, et Marguerite Le Moyne. PERNELET Louis, et Claudine Collinot. PERNELET Louis, et GĂ©rarde du Genoux. PERNELET Pierre, et Marie Avelot. PITRON Pierre et Marie Verget. RICA OU RICADA Toussaint, et Pierrette Thuiily. ROLAND Jehan, et Jeanne Lespine. ROLAND Nicolas, et Nicole SommĂ©. ROYAUX Jehan, et Jeanne Le Bas. ROYER Jacques, et Jacqueline Pernelet. RYMBOT OU RIMBEAUX François, et Marie Lequeux. SANIER Nicolas, et Jeanne Dupont. SOMMĂ HiĂ©rosme, et NoĂ«le Tanton. SOMMĂ Jehan, et Anne Colle. SOMMĂ Jehan' et Gobine Thomas. SOMMĂ Jehan, et Marguerite SommĂ©. SOMMĂ Jehan, et Marie Couvert. SOMMĂ Nicolas et Jeanne DouĂ©. 1 On employait parfois la forme Marson u pour Marie, par respec pour le nom de la Vierge. â 187 â SOMMĂ Nicolas, et Nicole Le Roy. THUILLY GĂ©rard, et Jeanne Levet. THUILLY François, et GĂ©rarde Andry. TRIPLOT Lucien, et Marson Le Roy. VADEL Victoire, et Françoise Renondeaux. VĂNIEL Antlioine, et Marguerite TkĂŽvenin. VERGET Jehan, et Croizette VĂ©niel. APERĂU gĂ©nĂ©ral sur les familles de SĂšvigny-la*FĂŽrĂȘt. Le village de SĂ©vigny, abandonnĂ© par ses habitants lors dĂ© la bataille de RĂŽcroi en 1643, rie se repeupla que fort lentement. Vers 1665, on n'y trouve encore que 15 familles les Adam, Ăvelot, Colle, Borgnet, Dourlez, Le Bas, Lequeux, Perlier, Pernelet, SommĂ©, Le Roy, VĂ©niel, VĂ©rget, Thuilly, Coussy, soit en tout environ 30 mĂ©nages. Ils se composaient, sans doute, des anciens propriĂ©taires revenus prendre possession de leur sol, de sorte que ces 15 familles devaient exister dĂ©jĂ Ă SĂ©vigny antĂ©rieurement Ă l'Ă©poque de la bataillĂ© 1. De ces vieilles familles de la ForĂȘt, deux seulement y sont demeurĂ©es les Lebas et les SommĂ©; les autres se sont dispersĂ©es ou Ă©teintes. De 1665 Ă 4700, douze familles se sont Ă©tablies Ă la ForĂȘt IesĂchart, Chapellier, Dupont, Gallet, Laporte, Lubin, Pigeon, Ricada, Rimbeaux, Roland, Triplot. Trois d'entre elles y ont encore des reprĂ©sentants les Chapellier, les Dupont, les Lubin. Au cours du xvnr siĂšcle, 26 familles nouvelles se sont Ă©tablies Ă SĂ©vigny les Aubert, CarrĂ©, Coco, Courteille, Devouge, d'Orbon, Dunaime, Guillaume, Haguetle, Jacquemart, Jouart, La Fontaine, Lagneau, Larbier, Lambert, Lespihe, Manceaux, Manget, Martin, MarliĂšre, Petit, Robert, Roze, Royer, Viot, Woirlier. De ces 26 familles, trois sĂ«ule1 sĂ«ule1 les anciennes familles du village, on peu citer, d'aprĂšs les vieilles dĂ©nominations de Lieux-dits les Beaumont, GĂ©raud, LahcelĂŽt, Billette, Moray, Roger, Wariy, Matot, Mortet, Deuxd'Ă«niers. â 188 â ment ont encore au village des reprĂ©sentants masculins les Baguette, les Manceaux, les Woirlier ou Warlier qui ont la mĂȘme origine anceslrale. Enfin, depuis 1800 jusqu'Ă la grande Guerre de 1914, trente familles se sont fixĂ©es Ă SĂ©vigny. Quinze d'entre elles y comptent encore des descendants mĂąles, savoir les Alisse, Bastien, Cuvelier, Druart, Franquet, Goury, Madoulet, Marthe, Maquart, Nicolas, Benault, Robin, Rousseaux, Thiry, Thomas. Trois se sont Ă©teintes Flinnoise, De Zeddes, David,et douze ontquittĂŽ le village Achart,Attiba, Boucher, Chartier, Delille, Geslin, Gobron, Goulet, Marteleur, Pierquin, Ponsart, Ro?isin. Il n?est pas tenu compte dans ces indications de certaines familles Ă©trangĂšres qui n'ont lait que passer au pays, telles que celles de douaniers Lacor, GrĂ©terin, Ravaux, etc. ; celles de Machaux, Leroy, 'Chapelle, Petitqueux, Wine, JĂŻagniette; ni des mĂ©nages sans famille Kuntz, Brichot, Neveux, etc.. Je n'ai pas non plus mentionnĂ© les familles de gardes-forestiers et de gardes-barriĂšres qui n'ont pas fait souche au village. P. LEBAS. A suivre. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 Notes Se EsoTJL-verxirs Suite. 25 septembre 1917. â H y a dĂ©jĂ plus de trois ans que nos ennemis nous foulent et nous pressurent... Pouvons-nous espĂ©rer que cette guerre interminable qui dĂ©sole et ruine l'Europe depuis 39 mois se terminera bientĂŽt? Dieu seul le sait; mais on sent une grande fatigue chez nombre d'officiers â 189 â allemands, et encore plus chez les soldats. Ceux-ci demandent Ă grands cris qu'on en finisse. Et nous aussi, hĂ©las ! qui sommes Ă bout de forces et de ressources alimentaires. Quant aux officiers boches, ils commencent Ă faire des paris de cent, cinq cents et mille marks-papier â et cela a eu lieu chez moi â m'a dit le commandant Wemkenbach, oĂč deux lieutenants de sa batterie ont pariĂ© mille marks Ă payer Ă l'un d'eux si la guerre n'Ă©tait pas terminĂ©e en mai 1918. D'ici lĂ l'un ou l'autre, peut-ĂȘtre tous deux seront tuĂ©s. En rentrant d'une permission de cinq jours, vers le milieu de septembre, ce mĂȘme commandant me racontait qu'en Allemagne, la voix publique demandant la paix se faisait, depuis quelques mois, de plus en plus forte et pressante, en raison du manque de nourriture et des objets de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, surtout dans les villes; et que, mĂȘme dans le temple oĂč il avait assistĂ© Ă l'office, le pasteur avait traitĂ© cette question dont la conclusion Ă©tait qu'il serait opportun de conclure la paix, dĂ»t-on rendre Ă la France l'Alsace et la Lorraine. Mais, ajoutait-il, je ne crois pas que nous soyons encore Ă la veille de cette paix blanche que je dĂ©sire autant et peut-ĂȘtre plus que vous, car l'Elat-major et les grands journaux payĂ©s par le Gouverne ment sont toujours fort belliqueux. Ludendorff demeure le maĂźtre de la situation et ne veut point entendre parler de paix » 1. 27 septembre. â Voici la copie textuelle d'un papier que j'ai reçu hier de la Kommandantur . HANNS Katol. Lazarett . , , Monsieur le CurĂ©, pfarrer ' D'aprĂšs l'ordre de l'Inspection du 7/9 17, n° 97 B/3, en cas d'urgence, vous pouvez aller donner l'extrĂȘme-onction. 1 Il disait vrai, hĂ©las I et nous devions encore attendre plus d'un au l'armistice du 11 novembre 1918. â 190' â sans laissez-passer, mĂȘme hors des limites de la Commandanture, jusqu'Ă l'extrĂȘme limite de votre paroisse et, en cas de nĂ©cessitĂ©, jusqu'aux extrĂ©mitĂ©s des paroisses voisines. Dans ces divers cas, il est nĂ©cessaire qu'un soldat vous accompagne et que vous annonciez le fait Ă la Commandanture aprĂšs votre rentrĂ©e. SignĂ© HANNS Lazarctt-pfavrer. Je n'ai jamais eu l'occasion d'user de cette autorisation. 6 octobre. â DĂ©part du 100° RĂ©g' remplacĂ© par une division d'artillerie» saxonne 3 batteries du 78° RĂ©g% hauptmann Deissner. Hommes calmes, ne faisant pas trop de bruit ; tous on presque tous protestants. 24 octobre, r^- Un officier, policier supĂ©rieur, avec un de gendarmerie, est venu aujourd'hui perquisitionner dans l'Ă©glise pendant plus de deux heures, sous prĂ©texte qu'on avait trouvĂ© dans une Ă©glise des environs, des proclamations, lettres injurieuses contre le Kaiser, etc. Ils ont tout visitĂ© armoires, tabernacle ouvert de l'autel de la Sainte ViĂ©i'ge âąâ j'ai Ă©nergiquement refusĂ© d'ouvrir le tabernacle du grand autel oĂč se trouvait le Saint Sacrement, et ils n'ont pas insistĂ©. -^- Ils ont prĂ©tendu que les fidĂšles avaient apportĂ© sur l'autel latĂ©ral leurs chandeliers de cuivre, candĂ©labres, etc., et qu'ils les feraient prendre le lendemain par des gendarmes â ce qu'ils n'ont point fait. A l'aide de leurs lampes Ă©lectriques, Ils examinaient tous les coins et recoins, derriĂšre les autels, le confessionnal, et arrivĂšrent Ă Ja sacristie, oĂč ils me firent ouvrir tous les tiroirs et enlever tous les ornements, Ă l'exception d'un seul tiroir oĂč se trouvaient dissimulĂ©s dans les plis d'un vieil ornement plus de deux cent mille francs de titres au porteur que m'avaient confiĂ©s, bien malgrĂ© moi, deux vieillards qu'affolaient les perquisitions presque quotidiennes. DerriĂšre une armoire, ils trouvĂšrent ma petite provision de vin de messe... une quinzaine de hquteilles qu'ils me laissĂšrent. - 191 â Puis ils montĂšrent Ă la tribune et de lĂ au clocher jusqu'au sommet, Ă travers la forĂȘt des poutres, parcoururent les voĂ»tes branlantes et peu solides de la nef et n'aperçurent pas une magnifique pendule eu cuivre dorĂ© qu'une de mes paroissiennes y avait cachĂ©e sans me le dire. J'assistais Ă toute l'opĂ©ration en rĂ©citant mon chapelet, et je fus heureux de les voir disparaĂźtre sans avoir rien emportĂ©. En parlant ils m'avisĂšrent qu'ils reviendraient l'un de ces jours faire la mĂȘme opĂ©ration dans mon presbytĂšre, mais je ne les ai pas encore revus, et je suis sur mes gardes. Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe, et mes papiers et notes de guerre sont bien cachĂ©s. Pourquoi me ferais-je mettre en prison ou envoyer en Allemagne quand je puis encore rester avec mes bons paroissiens, prier avec eux, les consoler et leur rendre quelques petits services. Le 4 novembre. â AprĂšs le dĂ©part du 78° saxon qui nous avait quittĂ©s le jour de la Toussaint, ma niĂšce, en cherchant mes souliers, s'aperçut que le cuisinier et le valet de chambre qui avaient sĂ©journĂ© au presbytĂšre pendant trois semaines, avaient fait main basse sur une paire de souliers chevreau Ă boucles d'argent, sur une autre paire en cuir aussi Ă boucles, une paire de snow-boots fourrĂ©s et deux paires de caoutchoux. Les avaient-ils envoyĂ©s en Bochie? MystĂšre ! Vendredi 9 novembre. â ArrivĂ©e du 111° RĂ©g 1. Toujours casino. Mardi 13 novembre. â DĂ©part pour Rimogne de dix jeunes filles les plus ĂągĂ©es de la paroisse pour trier les pommes de terre gelĂ©es. Elles y resteront jusqu'en dĂ©cembre, mais pourront revenir ici du samedi soir au lundi matin. Mardi 20.âAu mois de juillet j'avais pu sauver une partie de mes cuivres, grĂące au commandant qui avait exigĂ© qu'on laisse la suspension qui se trouvait dans la salle Ă manger. Aujourd'hui, par ordre de la Kommandantur, deux â 192 â brigands, policiers en bicyclettes, sont venus ce mafm, et l'ayant mise en piĂšces et morceaux, l'ont emportĂ©e dans leurs sacs, ne laissant que le poids en fer permettant de la monter et delĂ descendre. Ce poids entourĂ© de cuivre fut BientĂŽt dĂ©barrassĂ© de sa prĂ©cieuse enveloppe. On sentait en ces voleurs des hommes de mĂ©tier. A suivre. MEMOR. Le GĂ©rant II. BERNARD. PROMOTION DANS LA LEGION D'HONNEUR Nous apprenons avec plaisir que M. Pierre LAGARROSSE vient d'ĂȘtre promu chevalier de la LĂ©gion d'honneur. Nous adressons nos respectueuses fĂ©licitations Ă I'Ă©minent magistrat dont la prĂ©cieuse collaboration honore notre Revue. A nos AbonnĂ©s et Lecteurs Pour les abonnements, s'adresser Ă M. F. JALLOUX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Roeroi Ardennes. Pour la rĂȘdaetion, Ă M. H. BERNARD, Moulin de l'IleBonne, par Roeroi Ardennes. LE NĂCROLOGE DES RĂCOLLETS DE COUVIN Suite. Juin. [fol. 52 v. ] 2. G. L'an du Seigneur 1682 mourut Ă Roeroi le noble et gĂ©nĂ©reux sire de Champagne 1, lieutenant du roi, notre principal prolecteur en France. Pendant cinquante ans, il accueillit toujours nos frĂšres avec une grande charitĂ©, et ses enfants, hĂ©ritiers de la bienveillance paternelle Ă notre Ă©gard, ont Ă©rigĂ© dans notre Ă©glise un petit autel avec l'image de S* Antoine 5. C. L'an du Seigneur 1658 dĂ©cĂ©da le vĂ©n. pĂšre ThĂ©ophile Mormal qui, ici et Ă Givet, fut un trĂšs digne gardien. 6. D. L'an du Seigneur 1635 mourut le frĂšre Lambert Maroille, pieux laĂŻque. 7. E. L'an du Seigneur 1735 est mort le pĂšre Antoine Charlier, prĂȘtre, prĂ©dicateur et confesseur, trĂšs zĂ©lĂ© pour le chant de l'office divin. 8. F. L'an du Seigneur 1633 mourut le frĂšre Philippe LĂ©onart, laĂŻc pacifique. Le mĂȘme jour, en 1723, est morte, Ă Nismes, demoiselle Marie-Françoise Gaye, veuve du sieur Michel-Joseph Delhalle, gouverneur de SaudĂ©e. 9. G. L'an du Seigneur 1654 mourut Ă Couvin Jean Azor, aprĂšs une vie honorable et une vĂ©nĂ©rable vieillesse. Son Ă©pouse Jeanne Marchand le suivit dans la tombe quinze jours plus tard, le 21 du mĂȘme mois et de la mĂȘme annĂ©e. Tous deux mĂ©ritent bien nos priĂšres, car ils nous ont beaucoup aimĂ©s et, pendant trente-quatre ans, ont exercĂ©, la charge de syndic de notre couvent. 1 Il s'agit ici de NoĂ«l de Champagne. 2- AnnĂ©e 24 - 194 â 14. E. L'an du Seigneur 1636 mourut dans ce couvent le frĂšre Jean Massart, laĂŻc. 15. F. L'an du Seigneur 1733, mort du pĂšre Lambert Soumagne, pr., prĂ©d. et conf., fort aimĂ© par ses relations aimables et prudentes. 22. F. L'an 1645 s'endormit dans le Seigneur le frĂšre Julien Le Poivre, laĂŻc, accompagnĂ© des priĂšres et suffrages de ses frĂšres, 23. G. L'an du Seigneur 1676 mourut Ă Namur le vĂ©nĂ©rable pĂšre Antoine Robaut, jubilaire et dĂ©finiteur actuel de notre province. Le mĂȘme jour de l'annĂ©e 4652 mourut Ă Bossus 1 Charles Gobert, homme honorable et bienfaiteur insigne de notre couvent. De son vivant il recevait tous nos frĂšres avec charitĂ© et un trĂšs grand plaisir. 24. A. L'an du Seigneur 1577 est mort le vĂ©nĂ©rable pĂšre François Glerici, deux fois gardien de ce couvent, homme consommĂ© dans la gestion des affaires. Item, l'an du Seigneur 1579 mourut le frĂšre Jean Ilossa, laĂŻc-, trĂšs laborieux. 25. B. L'an du Seigneur 1703 Michel Cabaraux et Françoise Fevry, son Ă©pouse, paroissiens de Oloy 2 nous envoyĂšrent une large aumĂŽne pour notre couvent. Françoise Fevry mourut le 6 fĂ©vrier 1727. 26. C. L'an du Seigneur 1790 est mort dans notre couvent le pĂšre Augustin Deroodt, prĂȘtre, postulant du couvent de, LiĂšge. 29. F. L'an du Seigneur 1664 mourut Matthieu Le Cerf, citoyen de Chimay,- ami et bienfaiteur insigne de ce couvent et de l'ordre tout entier. 30. G. L'an du Seigneur 1626 meurt l'illustre seigneur 1 Bossus-lĂšs-Rumigny, Ardennes. 2 Olloy, prĂšs de Couvin. â 195 â Florent de Berlaimont, qui nous donna un vitrail pour le choeur de notre Ă©glise et une trĂšs abondante aumĂŽne pour la rĂ©paration de notre couvent. A suivre. V. T. Notes historiques sur le plateau de Roeroi RUPES RUPEREM Epoque nĂ©olithique. â Temps prĂ©historiques et anciens fin. â Age de bronze. Suite Au commencement du me siĂšcle avant notre Ăšre, dĂ© redoutables invasions venues d'au delĂ du Rhin, couvrirent tout le pays situĂ© entre ce fleuve et la mer du Nord; Comme les peuplades sauvages, elles n'obĂ©issaient qu'Ă leur instinct de violences et de domination ; mais, pour satisfaire Ă leurs courses incessantes, elles se fractionnĂšrent. Quelques-unes apparurent chez les populations isolĂ©es au milieu des marĂ©cages de la rĂ©gion de Roeroi, et, en dĂ©possĂ©dant ces derniĂšres, elles leur imposĂšrent des moeurs nouvelles. C'est Ă ces nouveaux venus qu'il faut, dans notre contrĂ©e, appliquer le nom de Gaulois ou Celtes. Ils apportaient l'usage des armes et des ustensiles en bronze ; et ce fut alors pour les individus qui occupaient les gĂźtes dont nous avons longuement parlĂ©, que commença Y Ăąge de bronze. Ces barbares, au contact des migrations qui s'Ă©taient glissĂ©es sur les cĂŽtes des mers septentrionales, avaient appris Ă travailler les mĂ©taux pour fabriquer de longs glaives de cuivre, â 196 â Ă pratiquer quelque peu la culture du sol et Ă s'initier aux travaux d'une industrie primitive 1. Us prĂ©sentaient les traits distinctifs des enfants du Nord, sans cependant appartenir complĂštement Ă leur race. Us avaient la taille haute, les yeux bleus et la voix tonnante ; mais leur sang Ă©tait dĂ©jĂ mĂȘlĂ©, car ils avaient perdu le teint Ă©clatant et la longue chevelure dorĂ©e. Les tribus ne comptaient que des guerriers qui combattaient presque nus. Un courage Ă toute Ă©preuve, une audace et une impĂ©tuositĂ© sans Ă©gales les faisaient partout redouter aussi les attaques qu'ils lançaient contre leurs ennemis Ă©taient-elles irrĂ©sistibles. Les gĂźtes qu'ils transformĂšrent en camps formidables, manifestent leur hardiesse et leur esprit de suite. On ne saurait se dĂ©fendre d'une pensĂ©e d'admiration en les examinant de prĂšs et en Ă©tudiant ce nouveau genre d'art militaire dĂ©fensif, tout Ă la fois simple et robuste. Et dans la rĂ©gion, VĂ©poque nĂ©olithique finit Ă l'arrivĂ©e de ces peuples victorieux. A suivre. H. B. 1 D'aprĂšs MOKE Moeurs et usages des Belges, p. 5. Ouvrage publiĂ© par la SociĂ©tĂ© Nationale de Belgique, Jamin, Bruxelles. O'esrfc la, G-\xex»x»e ! 191^1918 IV. - LES PARISIENS Suite 1 AprĂšs le goĂ»ter, madame est partie, comme tous les soirs, en compagnie de man Rose, faire une petite promenade. Dans une pĂąture peu Ă©loignĂ©e de la gare de Rumigny, elles rencontraient MmoBorgnet 2 qui trayait ses vaches, et naturellement la conversation roulait sur les Ă©vĂ©nements. M" 10 Borgnet avait les mains qui tremblaient en tirant les mamelles. M an Rose lui dit tristement Dire qu'AndrĂ© avait eu la chance de faire son congĂ© avant la Loi de trois ans, qu'il allait revenir libĂ©rĂ© avec les autres soldats de Rumigny, pour la fĂȘle en septembre, et qu'on va peut-ĂȘtre les garder fous Ă cause de cette maudite guerre!.'*. Et les y envoyer peut-ĂȘtre !... VoilĂ bien la chance. On parle depuis quarante ans de reprendre l'Alsace et la Lorraine, et on s'y dĂ©cide justement quand notre fils est au service. Je me 1' suis bien souvent pensĂ© »,en voyant tous ces enfants devenir grands, qu'on les prendrait. Car, malgrĂ© tout ce que racontent ces messieurs Parisiens, on ne m'ĂŽtera pas l'idĂ©e que c'est Ă cause de l'Aisace-Lorraine qu'on va se battre, v'iĂ tout. Je l'ai dit au goĂ»ter Ă ma fille, fl Voir les numĂ©ros prĂ©cĂ©dents de la Revue Ă partir du n° 11. 2 M"" Borgnet et sa fille furent arrĂȘtĂ©es en 1917 parla gendarmerie boche pour avoir cachĂ© 5 kilos de viande de boeuf en 10 morceaux placĂ©s dans un pot enterrĂ© dans cette pĂąture dite ce Ă la Berbie morte ». La viande Ă©tait lĂ©gĂšrement salĂ©e. Les deux femmes furent prises par les gendarmes la pelle Ă la main, et elles devaient faire de la prison. Mme Borgnet Ă©tant malade, sa fille s'est dĂ©vouĂ©e, et elle a fait les deux peines vingt jours de cellule Ă Liart. CommuniquĂ© par Mme Meunier, de Rumigny. â 198 â surtout pour lui faire raconter ce que les autres avaient dit de la guerre ». â Ma pauvre maman, m'a-t-elle rĂ©pondu C'est bien plus complexe que ça. Quand je le dirais que les Hohenzollern 1 ont poussĂ© Ă bout la patience de l'Europe, du monde entier plutĂŽt !... que François-Joseph est un sĂ©nile, un sinistre pantin dont la justice militaire allemande tire les ficelles !... que la France doit anĂ©antir l'Allemagne, ou ne plus ĂȘtre !... Etre ou ne pas ĂȘtre ! Une question de vie ou de mort pour nous, voilĂ ce que c'est Ă l'heure actuelle. Telle est l'opinion d'AndrĂ© ». â Tout ça, ma fille, c'est des diries », a fait sincĂšrement Man Rose. Que je plains nos pauvres soldats ! » Il y a des jours oĂč Ton trouve que tout va mal et, la nuit, on sent encore davantage sa peine. J'ai pleurĂ© tout bas dans mon lit en y pensant... A suivre. Reproduction interdiie. CommuniquĂ© par le Dr GILLES. 1 Les Holienzollern, c'est-Ă -dire l'ancienne dynastie reprĂ©sentant la mentalitĂ© orgueilleuse et fausse du peuple allemand. Voir Ă ce sujet OnĂ©sime RECLUS La terre Ă vol d'oiseau Le caractĂšre allemand, p. 103,104, et P. FONCIN GĂ©ographie gĂ©nĂ©rale, l'Allemagne, not 127-128, Paris, 1888. Rien ne dĂ©finit mieux le peuple allemand que les sculptures du monument de la Germania, que nous dĂ©crirons dans notre prochain numĂ©ro. MONOGRAPHIE du village de SĂVIGNY-LA-FORĂT Suite. LIVRE IV Nos aĂŻeux. IV. â NOTICES sur les principales familles anciennes de SĂšvigny-la-ForĂȘt. JFamilIe AXTBJEĂŻftX On fait remonter cette famille Ă Jean Aubert, Ă©poux de Jeanne Fransquin, qui habitaient Chilly en 1760. Un de leurs fils, Joachim, mourut curĂ© de Saint-Remi de Reims en 1829; un autre, Jean-Louis, Ă©pousa, en 1788, Marie-Juliette SommĂ©, de SĂ©vigny, oĂč il s'Ă©tablit. Parmi ses enfants, il faut citer 1° Jean-Louis, Ă©poux de Marie-Antoinette Martin an III1851. Ils habitaient Chilly et eurent 9 enfants, dont Justin, pĂšre des Aubert de la Taillelte ; Cyr, professeur Ă Saint-Omer ; Charles, professeur Ă Reims 1, oĂč il est mort ; 2° Joachim, qui devint notaire Ă Renvvez, oĂč il est mort en 1856. Son fils Jules lui succĂ©da, et sa fille Ă©pousa le docteur Speckhann, de Renwez ; 3° François, qui devint chanoine et curĂ© de Saint-Remi de Reims, dont je donnerai plus tard la notice Ă propos des curĂ©s originaires de SĂ©vigny-la-ForĂȘt ; 1 C'est Ă son obligeance el. Ă celle de M. Henri Spire, de Charlcville, que je dois ces renseignements. La fille unique de Charles Aubert se fit religieuse des Dames de Nazareth, Ă Rome. - 200 â 4° Jean 1789-1867 citĂ© ici le dernier, bien qu'il fĂ»t l'aĂźnĂ© do la famille, parce que sa descendance termine cette notice sur la famille Aubert. Il eut, entre autres enfants, de son Ă©pouse Marie-Françoise Madoulet, Ă SĂ©vigny A. â Jean-Baptiste-Augustin 1814-1888, instituteur, dont les fils Edmond-François 1842-1892 et Victor 18481921 sont morts Ă la ForĂȘt, et dont la descendance s'est dispersĂ©e. B. â Adonis, qui devint prĂȘtre 1821-1870. C. â Louis-Auguste, qui fut capitaine des douanes, mort en 1896, survivant Ă sa fille unique. JFamĂŻUo AVELOT Cette trĂšs ancienne famille du Plateau ne s'y est guĂšre multipliĂ©e. De Jacques Avelot 1622-1693, originaire de Rimogne, Ă Joseph-DĂ©sirĂ© 1820-1888, Ă©poux de Clolilde Lubin, en qui la famille s'est Ă©teinte en ligne masculine, on compte Ă La ForĂȘt huit gĂ©nĂ©rations d'Avelol, et une quarantaine de naissances seulement. Souche Jean-Louis Chapellier, Ă©poux de Catherine Hamelle, de Maubert. Son fils Nicolas 1685-1760 Ă©pousa Nicole Dupont, de la CensĂ© Gallois, et donna naissance Ă de nombreux rameaux par ses fils Nicolas, Ă©poux-d'Alexisse Pernelet, souche des Gilles; un autre nommĂ© aussi Nicolas, Ă©poux de Barbe CamĂ©e de BaĂąlonsj, souche des Chapellier, dont la descendance habite encore SĂ©vigny; enfin, Louis, Ă©poux de JosĂšphe Pernelet, souche des Chapellier du ChevalBlanc, Bourg-FidĂšle et Roeroi. Ces derniers ont Ă©migrĂ© en partie Ă Paris 1; un autre, Henri Chapellier, est maire de Rouvroy depuis 1923. 1 Cette branche compte parmi ses reprĂ©sentants, M. Emile Chapellier, nĂ© Ă Roeroi le 10 aoĂ»t 1851, habitant Paris depuis soixante ans. â 201 â Famille DEVOUGE Famille de Bourg-FidĂšle et Roeroi, dont une branche, issue de Jean Nicolas et de Marie Royaux, habita SĂ©vigny, de 1735 Ă 1795. Nicolas Devouge, dit le Quinque » 1747-1826, Ă©poux d'Elisabeth Le Roy, eut 13 enfants qui s'Ă©tablirent presque tous au Cheval-Blanc, oĂč la famille s'est Ă©teinte avec ZĂ©phirin 1846-1871. JFamĂźll© J>TJJPOIVX Voir l'article La CensĂ© Gallois, n° 20 2m 6 annĂ©e de la Revue du Plateau de Roeroi, du mois d'octobre 1924, p. 135 et suiv. Celle famille habitait le Bourg-FidĂšle Ă la fin du xvne siĂšcle. Nicolas flaguette et Jehanne Martin eurent pour fils Jacques 1656-1746, qui Ă©pousa Nicole SommĂ©, de SĂ©vigny, oĂč ils s'Ă©tablirent en 1708. C'est d'eux que descendent les Haguette de La ForĂȘt, par Jean-Baptiste 1716-1760, Ă©poux de Marguerite Lebas, elles Haguette du Bourg, par Jean 1729-1819, Ă©poux de Nicole Borgnet. Cette famille remonte Ă Guillaume La Fontaine, Ă©poux de Marie Lebas fin du xvnc siĂšcle. Elle s'est Ă©teinte en 1827 avec Jean-Baptiste, cĂ©libataire, n'ayant fourni Ă la communautĂ© de mais demeurĂ© surtout ardennais. Artiste par tempĂ©rament graveur, palĂ©ographe et calligrapho. rĂ©compensĂ© aux Expositions; financier par profession, longtemps attachĂ© Ă la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale; mutualiste et philanthrope par conviction, laurĂ©at delĂ SociĂ©tĂ© d'Encouragement au Bien, M. Chapellier est aujourd'hui Directeur trĂšs actif de la SociĂ©tĂ© d'Encouragement au Devoir Social, qu'il a fondĂ©e en 1901. La Revue historique du Plateau de Roeroi s'honore de compter au nombre de ses amis cet Ă©minent compatriote, dont la biographie a Ă©tĂ© publiĂ©e par Paul Trubert, dans la Tribune de la mutualitĂ© du Nord-Est » d'octobre 1904 n° 34. â 202 â SĂ©vigny que 12 naissances, sur une durĂ©e de cent soixantedix ans. Les Lebas, des Ardennes, sont originaires, croit-on, de la Bretagne. Jusqu'au xvme siĂšcle, ce nom s'Ă©crivit en deux mots Le Baz, puis Le Bas. Jehan Lebas, Ă©poux de Anne Monlmireille, eut pour fils, Ă SĂ©vigny I. â Nicolas, souche des Nicolas Marianne». Cette branche n'a plus pour reprĂ©sentants, aprĂšs 8 gĂ©nĂ©rations connues, que Jules Lebas, Ă©poux de Anna BarrĂ©, Ă Harcy, et ses deux .fils. II. â Pierre, Ă©poux de Anne Dourlez, dont le fils Nicolas 1687-1742 Ă©pousa suceesivement Jeanne Roland et Jeanne Triplot. Du premier mariage, naquit Pierre 1719-1783, Ă©poux d'Elisabeth Caigneaux, du Tremblois, d'oĂč sont issus les Petit-Pierre », les Gratien » et les Antoine Lebas » branches mortes, enfin les Pierre Nicolas » par Pierre Nicolas 1758-1818, Ă©poux de Marguerite Guilloteaux. Du second mariage naquit Nicaise 1733-1793, Ă©poux de Marie-Jeanne Pailot, de SĂ©cheval, d'oĂč sont issus les Tontons », branche Ă©teinte ; les Renard », par Etienne Ă©poux de Catherine Roze; les Gros », branche Ă©teinte ; les ClĂ©ment », Ă©galement Ă©teints. La famille des Lebas est aujourd'hui trĂšs dispersĂ©e. Jacques Lubin, de Signy-PAbbaye, vint s'Ă©tablir Ă Elalles, oĂč son fils Pierre 1664-1741 Ă©pousa Jeanne Morigny. Devenu veuf en 1699, Pierre Ă©pousa en secondes noces Nicole SommĂ©, veuve de Nicolas Roland, de la ForĂȘt. De son premier mariage descendent les Layette », branche Ă©teinte, et les â 203 - Lubin de SĂ©cheval. De son second mariage descendent, par François Lubin 1703-1780 et Jeanne Courteille, foutes les autres branches des Lubin de SĂ©vigny. Celte trĂšs nombreuse et trĂšs prolifique famille de la ForĂȘt est cependant sur le point de s'Ă©teindre avec Lubin, cĂ©libataire, et Gaston Lubin, mariĂ© Ă Paris, sans enfant. On pense que les Madoulet du plateau de Roeroi descendent de. la famille d'un officier liĂ©geois qui, Ă la suiĂźe de la rĂ©volte de la ville contre le duc de Bourgogne, et de la rĂ©pression qui s'ensuivit 1468-69, s'Ă©tait enfui dans les bois sis entre Couvin et la Meuse avec tous les siens 1. Anthoine Madoulet, Ă©pouse Pierrette Lespine, eurent Ă la ForĂȘt vers 1700 Joseph, souche des Madoulet de Roeroi et du Bourg, et Jean-Baptiste, Ă©poux de Marie-Anne Borgnet, souche des Madoulet de SĂ©vigny et du Cheval-Blanc. JFaimĂŻHe MANCEAUX D'aprĂšs l'Ă©tymologie de ce nom, le Maine serait le berceau de cette famille Monceaux = habitants du Mans. FixĂ©s Ă AcivilĂźcrs dĂšs lo xvn° siĂšcle 2, les Manceaux se sont Ă©tablis Ă Hyraumonl en 1719, par suite du mariage de Pierre Manceaux avec Jeanne Linglet, de Roeroi. Leur fils Jean-Louis 17231 17231 Je retourne un peu Ă parler de ce pauvre peuple qui fuyoit de la citĂ©... Ces misĂ©rables gens fuyoient par le paĂŻs d'Ardenne avec femme et enfants. Un chevalier demourant au paĂŻs qui avoit tenu leur party jusques Ă cette heure, en dĂ©troussa une bien grande bende... Autres fuyoient Ă MĂ©ziĂšres-sur-Meuse, qui est en Royau me. Deux ou trois de leurs chefs de bendes y furent pris, dont l'un avoit nom Madoulet, et furent menĂ©s et prĂ©sentĂ©s au duc, lesquels il fit mourir. » Chroniques de Commines, Livre 11. 2 Des Manceaux d'Auvillers est issu le R. P. Manceaux, religieux réçollet Ă©minent qui Ă©tait encore gardien du couvent des RĂ©collets de Charleville Ă la RĂ©volution. â 204 â an VIII, Ă©poux de Marie-Jeanne Joly 1, fut la souche 1° des Manceaux de Rocroi-Hyraumont par son fils Pierre 1748-1809, Ă©poux de Françoise Marage ; 2° des Manceaux de Deville, par son autre fils Jean; 3° des Manceaux de SĂ©vigny par ses autres fils Jean-Louis 1758-1807, Ă©poux de Alexisse SommĂ© branche des Manceaux Ă©tablis Ă Mons Belgique et des Hubert Manceaux et Guillaume 1759-an VIII Ă©poux de Marie-Nicole Lubin branche des Manceaux actuellement vivante Ă SĂ©vigny. Une vieille tradition familiale qui m'a Ă©tĂ© transmise par Emile Maquart 2 rapporte que celle famille est originaire du Grand-DuchĂ© de Bade, Maquart Ă©tant le mot Mackart francisĂ© Etymologie d'illustre famille. De la souche des Maquart fixĂ©e Ă Girondellc etMaubert, est sorti Maquart qui Ă©pousa Ă SĂ©vigny, l'an VII, Catherine Lubin, et fut la tige des Maquart de la ForĂȘt. Vieille famille des Mazures, d'oĂč Jean-François Martin vint en 1771 Ă©pouser Marie Lebas, a SĂ©vigny-la-ForĂȘt. Ses descendants s'y maintinrent jusqu'en 1919, date du dĂ©cĂšs de Lucien Martin, le dernier de cette famille, mort Ă SĂ©vigny sans enfant survivant. P. LEBAS. A suivre. 1 Fille de Jean Joly, meunier & Etallcs, lequel a laissĂ© son nom Ă un petit ruisseau de la ForĂȘt, dont il a fixĂ© le cours. 2 Mort Ă Brie-Comte-Robert en 1920, retraitĂ© des contributions indirectes. AU JOUR LE JOUR 1914-1919 ]>Jotes Se Souvenirs Suite. 21 novembre 1917. â Dans la nuit du 19 au 20 novembre, grave accident de chemin de fer entre MaubertFontaine et Auvillers-les-Forges. Collision entre deux trains l'un de soldats, l'autre de munitions. L'un de mes jeunes catholiques qui va, chaque jour, travailler pour les Prussiens Ă la gare de Maubert avec quelques hommes, dont le vieil instituteur, rĂ©quisitionnĂ©s pour le transbordement des marchandises, a entendu dire qu'il y avait une quarantaine de soldats tuĂ©s, dont 4 ou 5 officiers, le double de blessĂ©s ; 9 wagons auraient pris feu. Quelques gens d'EteignĂšres auraient vu et rapportĂ© le fait. Mais il doit y avoir exagĂ©ration, car il y a grand gala ce soir Ă Maubert chez le colonel du lll'RĂ©g' d'artillerie, et la plupart des officiers qui mangent chez moi y sont conviĂ©s. Je pourrai donc dormir tranquillement cette nuit. Dimanche 2 dĂ©cembre. â Nuit de noce ici de samedi Ă dimanche. Le colonel de Maubert est venu en auto avec un de ses officiers. Presque tous les officiers des batteries qui logent dans la commune se sont rĂ©unis au casino du presbytĂšre au nombre d'une quinzaine. Epouvantable ! Ils ont absorbĂ© 24 bouteilles de vin blanc et rouge et 4 litres de rhum, cognac et autres liqueurs. Ils ont brisĂ© deux chaises, cassĂ© je ne sais combien d'assiettes et de verres, ainsi qu'un des pieds de la table Ă rallonges, sur laquelle ils sont montĂ©s â on y voit encore la marque des clous de leurs bottes. â Ces gens-lĂ , des surhommes ! non, ce sontdes sous-animaux... La plume ne trouve pas d'expressions pour peindre une scĂšne pareille. Hurlements â 206 â de bĂȘtes fauves, d'Ă©pileptiques, de fous, de dĂ©moniaques ! Ma niĂšce a reçu le 16 novembre une dĂ©pĂȘche de la CroixRouge donnant de bonnes nouvelles de notre famille se trouvant en France, et lui demandant avec instance de passer, si possible, en cette patrie bien aimĂ©e. Mais, c'est impossible. Outre qu'il n'y a que trĂšs rarement des dĂ©parts pour la Suisse, nous avons appris que souvent les rapatriĂ©s sont obligĂ©s de passer quinze jours, trois semaines et plus en Belgique avant d'arriver Ă la frontiĂšre suisse, et de lĂ en France. MĂȘme, deux habitantes de la paroisse parties depuis six semaines pour la France sont revenues ici aprĂšs des fatigues inouĂŻes et des incidents extraordinaires. 5 dĂ©cembre. â La derniĂšre nuit a encore Ă©tĂ© effroyable. Tous les officiers en repos ici se sont rĂ©unis chez moi pour une de ces parties fines dont ils sont coulumiers. Et cela a durĂ© de 8 heures du soir Ă 2 heures 1/2 du matin. Il faudrait la plume et l'imagination du Dante dans son poĂšme sur Y Enfer, ou le pinceau de Michel-Ange dans son tableau du Jugement dernier, et de TĂ©niers dans ses toiles reprĂ©sentant les ignobles beuveries de soldats, pour reproduire ces scĂšnes abominables. De vrais soudards ! Ce surhomme allemand, si fier de sa Kultur, n'est au fond, je l'ai dĂ©jĂ dit, qu'un sous-animal ; et encore, pour ne pas calomnier la noblesse d'un certain nombre d'animaux, il faut le comparer aux animaux les plus immondes. Ces officiers sont des sous-pourceaux insolents, tapageurs, ivrognes, durs envers les pauvres soldats qui valent cent fois mieux qu'eux. Quand ils ont perdu la moitiĂ© ou les trois quarts de leur raison au fond de leur verre, ils ressemblent Ă ces dĂ©moniaques dont les protestants, lecteurs de la Bible â et presque tous sont hĂ©rĂ©tiques â peuvent contempler les gestes dans l'Evangile S. Matth., VIII, 28-34 ; Marc, VI, 1-20 ; et Luc, VIII, 26-39, ces dĂ©mons chassĂ©s par le divin sauveur JĂ©sus; qui demandaient Ă se rĂ©fugier dans le corps des pour- â 207 - ceaux. Ces officiers goujats n'ont aucun respect ni pour la vieillesse, ni pour l'enfance, ni pour le caractĂšre sacrĂ© du prĂȘtre. Que l'orgueilleux kaiser, le cardinal de Cologne, les curĂ©s et pasteurs de la grande Allemagne soient fiers d'une aussi crapuleuse engeance, c'est leur affaire ; nous ne pouvons,. nous, que dire la vĂ©ritĂ©, et elle est triste et dure. Manet alla mĂ©rite reposlum, disait Virgile ; et JuvĂ©nal Facitindignatio versum. Nous leur pardonnons, mais nous ne pouvons oublier. Et nous leurs jetterons, Ă la face de l'univers, ce cri de notre coeur soulevĂ© ce sont des goujats, des bandits, des barbares, avec un vernis d'hommes civilisĂ©s. Il y a quelques rares exceptions, et nous les avons dĂ©jĂ notĂ©es. Mais que la plupart des officiers du 78" et du 111° RĂ©g 1 d'artillerie soient maudits de Dieu et punis par Lui ! Ce ne sont pas des hommes, mais des bĂȘtes. Devant ces hideuses bacchanales qui se renouvellent trop souvent, comment n'inplorerions-nous pas delĂ divine Providence, Ă cors et Ă cris, cette paix que Dieu seul peut nous donner? Comment les Gouvernements ne comprennent-ils pas }ue la continuation de cette guerre interminable est un flĂ©au, jne plaie et une ruine pour les pays envahis par celte crapueuse soldatesque. Remercions toutefois le bon Dieu qui n'a pas Ăźermis ici les scandales que l'on raconte dans quelques croisses voisines. Que de femmes et de filles dĂ©vergondĂ©es ! }ue de dĂ©nonciations calomnieuses et souvent irrĂ©parables ! MEMOR. A suivre. NĂCROLOGIE Mademoiselle cie " Mademoiselle la comtesse Marie de VILLERMONT est morte le 8 janvier 1925, en son chĂąteau d'Ermeton-s Biert, prĂšs de Namur. NĂ©e Ă Bruxelles le 15 aoĂ»t 1847, M"" Marie de Villermont alliait une intelligence supĂ©rieure Ă une Ăąme d'Ă©lite. Les arts, la littĂ©rature, l'histoire furent de son domaine. Les Revues .belges et françaises ont reproduit ses articles et ses dessins, principalement ceux qu'elle avait consacrĂ©s Ă la rĂ©gion frontiĂšre Rocroi-Couvin. Issue d'une famille qui goĂ»ta grandement les vieilles et belles choses, elle recueillit les leçons de son pĂšre le comte de Villermont, de Saiut-Roch, qui a publiĂ© d'intĂ©ressantes notices sur la contrĂ©e. ^ Parmi les frĂšres de M" 0 Marie de Villermont, nous connaissons surtout le comte CARLOS de Villermont, de Boussu-enFagne, membre de la dĂ©putation permanente de Namur, dont les recherches parues sont pleines d'esprit et d'intĂ©rĂȘt et qui a grandement souffert pendant la grande guerre en raison de son patriotisme Ă©levĂ©. La mort de M"° Marie de Villermont met en deuil, outre les grandes familles belges, les familles françaises des comtes de ChĂ©risey et d'autres alliances avec les MaillĂ© et les Richelieu. H. B. Le GĂ©rant H. BERNARD. TRIBUNE PUBLIQUE Nous remercionsladocte personnalitĂ©, M. Pierre LAGARROSSE, Ă Roeroi, qui a daignĂ© ouvrir la Tribune publique dans le prĂ©cĂ©dent numĂ©ro de notre Revue historique du plateau de Roeroi n7l2, p. 168. C'est Ă propos du sens de cette dĂ©nomination de Rupes rĂ»perem, attribuĂ©e au plateau de Roeroi dans certains vieux 'manuscrits do la 'Tabula ilineraria Peutengeriana, CI'ORTELIUS et de MoRisrus, d'Anvers, fin du xvi° siĂšcle 1597-1598. M. Maurice SABBE, conservateur du MusĂ©um PlantinMoretus, Ă Anvers, dans une conmruuication qu'il nous adressa le 14 aoĂ»t 1923, incline Ă croire qu'il exista plusieurs manuscrits corrigĂ©s de la Tabula avant l'Ă©dition dĂ©finitive de MORETUS 1624. Cette derniĂšre Ă©dition reproduite par des auteurs modernes DKSJAUDINS Paris, 1869-76. et MĂLLER Ravensburg, 1888, est la meilleure, la plus prĂ©cise et laisse loin derriĂšre elle l'explication que nous avions donnĂ©e dans le 1e'' fascicule de notre Revue p. 3, 5, et note 6 do la page 5. 1âą rĂ©ponse On sait que, parfois, dans les mots latins manus manus le signe -^, abrĂ©viation de m, quelquefois de n, Ă©tait employĂ© par lĂšs copistes au-dessus de Vu. Ce signe se retrouve mĂ©mo ' dans les textes français avant le xvn° siĂšcle. Rupes rĂ»perem doit donc se lire rupes rumperem. 2° rĂ©ponse Cette espĂšce d'accent circonflexe que nous plaçons sur Vu n'est qu'un genre d'impression de province nous aurions, voulu y remĂ©dier, mais jusqu'Ă prĂ©sent la chose nous aĂŽtĂ© nnpossible, et nos lecteurs voudront bien nous le pardonner. 3° rĂ©ponse La traduction littĂ©rale du latin rupes rĂ»perem s'est trpuvĂ©e un peu AxussĂ©c par ces mots amas de rocs, etc. » fascicule 1, page 3 de la Reçue, mais elle n'en subsiste pas 'moins, puisque l'ĂŽminent critique qui nous pose cette question lui donne, au fond, le mĂȘme sens que nous 1. H. B. ,^ 1-D'ans la communication faite en Tribune publique par M. P. 'LAGiRROssE n° 12, p. 168, une faute d'impression s'esl glissĂ©e au 6e'-paragraphe. Au lieu de Il faut s'expliquer », lire Il faut '/'expliquer ». .2° ANNĂE. .^ AVRIL 4924. 14, France 10 francs Ătranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Franc oO'gg'OoJĂLLOUX^ĂȘ oO'gg'OoJĂLLOUX^ĂȘ ROGROIâ Passage de Bourgogne R. C. ROCROI 382 192 4 ivy&ilttiiERĂŽMi -SOMMAIRE DU-N^ 14 â-Maisons bianohes LACIIĂSNĂĂE. Ăb^+Iiupes riĂ»perem. â- Le gĂźte de Rumigny-Aouste. B. '* ĂIL.â\C'ĂȘsĂŻ la Guerre â Propos deguerre au;yiliage suite..; 'v-,-. -;;\" .''âą%..'-;^';"'"'. -.;/ "_; "v ;;^ >. 'V% M^-G^AP?, IV. rr- Monographie sur ';SĂ©oigny-laJForĂȘi. -^ Livref .ĂII. 'SĂ©^ignjf les Ăąges suite. ; '-\ P. L, ; . ;âą V^.'â Au; Jour le Jour 1914-1919, Notes . et',' Souvenirs, suite. '.'- â.ĂŻ; 1 '-âą''-' "-.'. MEMOR. Vf. r-~NĂ©eroĂźogie M. A. Baulniont, P. L. VII. -â Tribune publique. NECROLOGIE, Nous avons appris la semaine derniĂšre; avec une douloureuse Ă©motion, le dĂ©cĂšs de M. A. BAULMONT,'notre trĂšs Ă©rudit historien et -archĂ©ologue ardennais.' C'Ă©tait un grand ami de notre rĂ©gion de Rocroi, qu'il avait parcourue en tousi M. L. Pierquin au cours dĂ©s fouilles et/dĂ©s Ă©tudes; qu'ils faisaient dans lĂšs PothĂ©es. Dans la Remie Historique doM, PaulLaurentâ ce vĂ©ritable mqnu' mqnu' d'Ă©rudition ardennaise â Ă laquelleilcoliabora pendant vingt ans sous le modeste pseudonyme Ă &.Numa AlĂŻĂŻot, M. BAULMONT nous, a donnĂ© entre autres La surprise de Roeroi en 1856 ; Une exemption -de tailles a Mandert en 1646., M, BAULMONT dĂ©chiffrait encore pour nodSj Ă son.; lit; de-mort, une armoriĂ©e de SĂ©vigny dont nous lui avions, adressĂ© le. croquis,, et il avait, promis Ă la .Revue -historique du plateau de Roeroi une notice plus Ă©tendue sur cette taque, .quand il serait guĂ©ri...' HĂ©las ! nous ne pouvons puisque remercier le vieux savant. Il'est mort Ă Ăharleville le 31 mars, Ă l'Ăąge ;dĂšj87Ă irs,v ; ^. " âą 'âą'-"." ;;,;,' '. -, '... . -'-' Nous lui adressons aujourd'hui notre, suprĂȘme liommageeĂ' respectueux salut; en nous; associant^aux paroles Ă©loquentes .et si touchantes qu'ont prononcĂ©essur sa-tpmbeMM. Vess_et, . .'MĂąssiet dniBiest et PauLLaurĂ«iit, son compagnon de travailĂŽ r -' '. /".' "'âą'".''''>- âą;"'.' '' .. .-"-' ;ĂŻC'~\.'- Paulin LĂBĂS. .' -*; ; ". 2% MAI 1924. N° 15, France 10 francs Ătranger 12 francs SU PLATEAU DE ROCROI LĂ© NumĂ©ro 1 Franc JALLQUXĂȘ Ă©diteur - RĂĂRO^- Bourgogne R. C. ROCRO! 382 , 192 4 ; ;_;^EWE-;qU fJJ\TEAt!^DFfl v".;-. Epoque iiĂ©oHĂčhiqiie .-Temps prĂ©historiques el anciens Age de pierre, Ăąge de bronze,'Ăąge dĂ© fer. PĂ©riode gauloise. â PĂ©riode gallo-romaine..â- Epoque frĂąnque..'â Le Christianisme. â7- Moyen-Age. â Temps modernes.' , ' ; - ." /âą' PĂ©riode conleiriporaine. .,'.-;; ' , ,v. Maequeiioise, ' SainL»MĂŻchel, Momignies. â Chiinay-JePleuinoiH. -â Virelles. â Signy-le-PeliL -â\ Rumigny, Apusle, Les Esteiliiseux. -â Belzy. -â Cliilly, Elalcs, Hamzy, â L'EscaillĂŽre, la Grosse Rochelle. .*â. Gourieux-SaiiĂ»-Rion. â Boulonville. â Lomprel. â Dailly.â- Frasnes. â Nismes; 'â Dourbes. â La Roche Ă Lomme. â Couvin. SOMMAIRE'DĂ N° 15 ĂŻ. â LĂ Vierge 'de la Victoire. ~\" ..'&. B. H. âLa. Bataille de Rooroi. .âą., -P. L.^ IlĂŻ.'-_Ăča souvenir de la Bataille de ..Roerbi. H. B.. Z° ANNĂE, â JUIN 1924.. N° 16 France 10 francs Etranger 12 francs REVUE HISTORIQUE DU PLATEAU DE ROGROI ILe, NumĂ©ro 1 Frane JALLOUX** Ă©diteur ROCROJ â Passage de Bourgogne R. 0. ROCROI 332 1924 SOMMAIRE DU N0J16 I. â Le NĂ©crologe des RĂ©collets de Couvin, par le R. P. UBALD D'ALEXĂON, traduction française. V. T. IL â Rupes rĂ»perem suite. â Le gite du Gland, Ă Signyle-Petit. â La Pierre do la Vierge. - , II. B. - III.â C'est la Guerre. â Propos de guerre au village suite. M"'" IV. â Monographie de SĂ©oigny-la-ForĂ©t. â Livre III. SĂ©vigny Ă travers les Ăąges suite. P. L. V. â Au Jour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOR. .VI. â Tribune publique. VIL â Livre d'or. VIII. âPromotion d'Officiers d'AcadĂ©mie. La RĂ©d. . TRIBUNE PUBLIQUE LES QUATRE FILS AYMON La question dcmeuio en" suspens. Vieille terre d'Ardennc, veul-on te ra\ir un des plus beaux fleu1011s de ta couronne? enlever ce qui procure au loin l'attrait elle charme de ton nom ? Tes rochers! mais ils sonI, envies de l'Ă©tranger qui en admire la sauvage magnificence et l'Ă©ternel dĂ©cor synonyme de fon granit. - De vous tous, Ardennais, fiers de votre origine et de votre sol, gardiens de ce prĂ©cieux resor, de vous fous nous attendons un geste' gĂ©nĂ©reux en faveur de ce qui reste de l'admirable rocker des Quatre Fils Aymon. , V.^ ^BAUMoNTi-^dĂąnsr v..'.v-;'!N'QiĂčs^>.ĂȘm^ Ai^ennes/^i^i^ * iiĂźunicationçdu; regrĂ©jtĂ©'MVAi;;BaulmohĂŻ; .?;S - " "~^';yi -^c?"> '-'? "-. 'S 2* ANNĂE. â JUILLET 1924. N- 17 France 10 francs Etranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Franc JALLOUXifcĂ© Ă©diteur ROCROJ â Passage de Bourgogne Ri C. ROCROl 362 19 24 M M M PLATEAU DE* ftOGRCl! Epoque' hĂ«pĂŻĂŻthiqĂče!.-Temps prĂ©hisloĂŻiques et anciens Age de pien-eVage dĂ© bronze^ Ăąge de iei". - PĂ©riode gauloise. ;-â* PĂ©riode gĂ llo-rolnaineJ-â Epoque franquĂ©. -^- Le Chris - Moyen-AgĂ©. -T- Temps modernes. ''/ - V-.. -.?' ,, v PĂ©riode Contemporaine. ^ o ; ,..'. MacquĂšnĂŽisĂ©, SĂ inl-Miehel,.'/Moinignies; âą-â Chimay-IePleumoiit. â- ViĂŻelles. â Signy-le-Petit. â-u Rumigny, Aptiste, Les Eslei'hiseux. â Relzy. -â Chilly, Etales, Ilamzy. âąâ L'EscĂ iUĂšre, la Grosse Rocheite. â- Gourieux-Saint-Rion .' r-r-RoulpiĂŻville> -^-Lozttpret. â-Dailly. â Frasnes.â-Nismes;. /â poĂ»rhes. -1â La Roche Ă Loriime. â Cou vin. v SOMMAIRE DU N° 17 L-;â Le de Couvin, par le R. P. UDALD D'A-LENĂONJ traduction française. .-.;.-;'âą' "âą''> V. T. IL ^ Ăupes ruperem suite. "â* Hamzy. H. B. ;/, ĂŻil. -^.C'est -^ Propos de guerre au village suite. '.'''' ;"".\''v. ' ;.;- ;'- 'ĂŻ {_ 'v'~;J ; .C;-^;. ' '' '.'- y'';;y~.'' ; M1" 'y W.â ^Monographie fa 'â-" LivrĂ©' les Ăąges suite.,; -; ,;"â"" -' . - P; L. ;'Vv^;. ;^t Jour-le Jour i914-ĂŻ919y NotgsyĂ«t; 'Squw venirs suite..; ,. ;-' y âą' ;; âą'.'.;;..''.'/> -.;.; ;y,y.'.MĂMOR;/r 2= ANNĂE. â AOĂT 1 924. N° 18 . France 10 francs Etranger . 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Franc JALLOUXĂȘ Ă©diteur, ROCROI .r^ Passage dĂ© Bourgogne R..C.[ROCROI . '. - 19 2 4-r- ;' REVUE DU PLATEAU DE ROCROI SOMMAIRE DU N" 18 ., I. -r- Un RĂ©cit inĂ©dit de la bataille de Roeroy. ' HUGUES DE MONTBAS. IL .â ConsidĂ©rations sur le Champ de bataille de Roeroy, par le gĂ©nĂ©ralGarbit. H. B. III. -7- Les Chef s d'unitĂ©s de l'armĂ©e du duc d'Enghien tuĂ©s Ă la bataille â Gpdefroy II de Romance. H. B. IV. â Le notaire Lemoyne et la'famille Pigeon. . H. V. â- La StĂšle de la bataille de Roeroi Ă Rouge-Fontaine. H. B. VI. â Livre d'Or- ĂlaubertrFontaine. LIVRE D'OR Paroisse de Maubert-Fontaine. .-' âą Le 26 aoĂ»t 1914, le jour mĂȘme de l'entrĂ©e des Prussiens en France, celte paroisse fut une de celles qui eurent le plus Ă souffrir de leur fĂ©rocitĂ©. SituĂ©e Ă une dizaine de kilomĂštres de la frontiĂšre' belge, les impitoyables uliĂŻans y arrivĂšrent dans l'aprĂšs-midi. Ivres de rage et de sang, ils y, portĂšrent le fer et,le feu, massacrant ; hommes, femmes et enfants dans cette lugubre soirĂ©e et pendant .la nuit.' y' ' ,- '. VoilĂ bientĂŽt dix ans que se sont produits ces sinistres Ă©vĂšnenements, et quels crimes les ont suivis! On aurait pu croire que. personne n'oserait, aprĂšs si peudĂ« temps Ă©coulĂ©, essayer d'ensevelir dans l'oubli ces crimes voulus dĂ©l'Allemagne. S'il est vrai que, dans certains milieux, souffle aujourd'hui je ne sais quel vent de,dĂ©faitisme, s'ibest vrai qu'il se rencontre quelque part des gens; au coeur dĂ©placĂ©, 'mĂȘme dans les chefs des nations -alliĂ©es et chez nous, hĂ©las 1 ,pour faire TĂ pplogiĂ© de. la.'dĂ©sertion, tous les braves gens et les anciens; combattants sont .lĂ pour; revendiquer l'honneur;'d'avoir sauvĂ© la France/ et maintenir intacts Thon- 2° ANNĂE â SE'pTEsimiE 1ĂĂ24. N° .19 France 10 francs Etranger âą 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Franc JALLOUXĂš Ă©diteur ; '.'.-. ..ROCROJ -^- Passage i âą'. R. C. 382- . ; '. -..,; ' REVUE DU PLATEAU DE ROCROI '...'.-./ SOMMAIRE DU N" 19.; I. â Un RĂ©cit inĂ©dit de la Bataille de Roeroy 19 mai 1643. Suite et fini - HUGUES DE MONTBAS. ILâ Deux Errata. III. â LĂ© NĂ©crologe des RĂ©collets de Couvin, par le R. P. UBALD D'ĂLENĂON, traduction française suite. V. T. IV. â C'est la Guerre. -±- Les Parisiens suite. V. â Monographie de SĂȘvigny-la-ForĂȘt. â Livre III. SĂ©vigny Ă traversĂ©es Ăąges suite. P. L. VI. â 4 Jour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite., MEMOR. VII-âNĂšgrologie M. Alfred Drouart. H. B. VIII. âLivre d'Or .-Paroisse de Maubert-Fontaine. NĂCROLOGIE ALFRED DROUART Alfred DROUART naquit Ă Maubert-Fontaine, le 21 mars 1837, il y est mort le 18 aoĂ»t 1924. ArchĂ©ologue, historien, monograplie, gĂ©ologue, tels sont les titres de M. Drouart Ă notre souvenir. Pendant qu'il habitait Paris, la BibliothĂšque Nationale et la BibliothĂšque Mazarine firent ses dĂ©lices de chercheur intelligent et . infatigable. Il y dĂ©couvrit d'intĂ©ressants documents sur la rĂ©gion do Ro'croi et son champ de bataille. C'est de 'ce moment que date sa correspondance avec Edouard PiĂ©fte, correspondance malheureusement anĂ©antie le jour de la grande invasion, 26 aoĂ»t 1914. Plus tard, le duc d'AĂ»male, Ernest "LavissĂ©J dom NoĂ«l, trouvĂšrent auprĂšs de lui dĂ© nombreux renseignements. RentrĂ© Ă Maubert, la forĂȘt des PotĂ©es devint l'objet de ses Ă©tudes et de sa constante sollicitude. Qui pourrait mieux nous renseigner que son ami Paulin LebĂ s? LeregrettĂȘ M. Baulmont et M. Pierquin,. de ChĂ rleville, s'associĂšrent Ă ses travaux. M. Paul Laurent, archi- viste dĂ©partemental avant lĂ ;guerre, venait le sa Mi Drouart avait aussi rĂ©uni des notes fort intĂ©ressantes sur les licux'dĂ© sa naissance. Ces documents ont servi pour la publication de VHistoire de Maubert-Fontaine, par M. l'abbĂ© L. PĂ©chenart. Le vieux savant Ă©tait d'une trĂšs grande modestie et, depuis-lĂ guerre, il vivait fort retirĂ©. Quelques-intimes allaient le voir souvent; il en profitait pour leur communiquer ses recherches d'autrefois. C'est une parente dĂ©vouĂ©e qui reçut son dernier soupir. H. B. LI„RED'OR Paroisse de Maubert-Fontaine» Afin de tenir, la promesse faite dans le n°. 18 de notre Revue Historique, nous donnons aujourd'hui la liste, des soldats de Maubert-Fontaine morts pour la Franco pendant la Grande Guerre, dont les noms sont inscrits dans l'Ă©glise sous un magnifique cĂ©notaphe, oeuvre de M. Migeot, de Maubert. ; Alissse LĂ©on Antoine Jules BarbiĂŽre Emile BĂ rbiĂšrc Fernand Beaucourt A, . Beaudoux Jules BĂ©cret Edmond BĂ©cret Paul Bernaert A. Caniot Pierre Caruel Henri Coulon Alfred Coulon AndrĂ© Critia FĂ©lix Crouet RenĂ© Demissy Alfred Demissy LĂ©on. Desbuis Auguste DuchĂȘne Charles DuchĂȘne Henri Hilt Louis Lallement Henri Lallement Marcel Loth Auguste Migeot Arthur Migeot Jean Migeot Paul Migeot Pierre Migeotte Lucien - Millet Charles Morigny Guy Morigiiy Marcel Neveux Raymond ' Nicolas Charles - Pailot Gaston Painvin Charles .Petitfils. Albert . Petitjean AndrĂ©' Picot Abel Pierrot Emile Renaud Paul Schmilding M, nçur national avec le souvenir dĂ© tant .d'attentats qui. ont reçu pu recevront de la PrdyidĂšnce de Dieu le chĂątiment qu'ils, mĂŽi'itĂ©nt. Rappelons du moins, pourla -postĂ©ritĂ©,' les noms des; infortunĂ©es, victimes Ă©gorgĂ©es ou tuĂ©es Ă coups de revolver en 'cette sinistre, rĂ©e et nuit du 26-27 aoĂ»t 1914;-telles que nous les retrouvons suivies yrĂ©gistz'esderĂŽtat-civil de Maiibert-Fontaine y - Jean-PliiloxĂŽne 70 ans, tuĂ© le;26' aoĂ»t 1914,' lĂŻeudit. la ' CĂ©nse Picard, ainsi que sa-femme Tsoline-HiriMance PARIS; ,66 ans, -, ''.''' . Cyrille-Benoni PIEIUĂOT, journalier, 72 ans, au mĂȘme lieu. ;âą Pierre-AndrĂ© HUART, 10 ans, blessĂ© le 26 aoĂ»t, plĂ c,e- de... la; Gare,.. dĂ©cĂ©dĂ© le 27. > ..; '. , ' '''''', .-'"'' ' .. Julie VASSEUR, Ă©pouse Gilbert,. 56 ans, Ă la CensĂ© ; Picard, .originaire, elle aussi de Petite-ChaudiĂšre.. '' y ,' \ . Jean VESNIARD, militaire, classĂ© 1910, tuĂ©; le 26 aoĂ»t IL faisait -' partie,du recrutement dĂ© Caen et son corps fut inhumĂ© dans le cimetiĂšre ,dĂ« Maubert oĂč il est demeurĂ©, â' ; , Nous, donnerons prochainement la liste' de tous les soldats de. cette paroisse morts pour la'France-pendant lĂ "guerre et dont les .', noms sont i nscri ts dans l'Ă©glise sous un magnifique cĂ©notaphe,- oeuvre '.- .do M. Migeot, de MaĂčbcrt-FĂŽntainc. . '.-'-''. ,Ă .' - LIVRE D'OR Quelques abonnes nous ayant rĂ©clamĂ©, Ă plusieurs reprises, de vouloir bien -leur donner, 'dans notre Livre d'Or, les noms des victimes de la guerre immolĂ©es volontairement par- la barbarie allemande sur notre Plateau de Rocroi, soit au dĂ©but de la Grande Guerre de 1914-1938, soit pendant les longues annĂ©es de l'occupation, nous dĂ©fĂ©rons Ă leur dĂ©sir, et ils. trouyeront chaque mois, Ă cette place ces'noms glorieux. C'est l'histoire de notre petite Patrie et les. historiens futurs seront heureux de retrouver ces noms avec les lieux et les circonstances do leur mort. ;.~ Nous y joindrons les noms dos soldats qui- ont donnĂ© leur vie pour notre patrie bien-aimĂ©e, la France, et sont inscrits sur les monuments Ă©levĂ©s dans nos cimetiĂšres ou sur nos places publiques. ' \ Nous .prions nos amis et confrĂšres du Plateau de Roeroi de , vouloir bien, nous aider dans cette tĂąche et d'envoyer Ă la RĂ©daction les noms de ces victimes qui sont bien clignes de passera la postĂ©ritĂ©.. Nous les en remercions., Ă l'avance. Paroisse de SĂšvigny-la-^ForĂȘt. . Nous avons dĂ©jĂ relatĂ© Au jour le jour n° 1 dala..RĂšeue,. p. 16 l'assassinat de deux fidĂšles, de notre paroisse dans la nuit du 26-27 aoĂ»t 1914 ;'.' ''_ >.;.â ; .""- '.' Jean-Louis LEBAS, 59 ans, cultivateur Ă SĂ©vigny-la-Forct, et sa fille, Germaine LEBAS, ĂągĂ©e de 25 ans, Ă©pouse de Joseph Neveux. Tous-deux, furent tuĂ©s Ă - coups de revolver par les ulharis, dans cette affreuse nuit, avec une dizaine d'habitants do Maubert-Fontaine, dont nous donnerons les noms dans. un prochain numĂ©ro. . '... Sur les 38. soldats; y compris . Jes douaniers, qui quittĂšrent la ' paroisse Ă lĂ mobilisation, 13 sont morts pour la France. Pour perpĂ©tuer leur souvenir, une grande plaque; -de fort bon goĂ»t.,; en simili-' ..marbre, a Ă de l'Ă©glise, du. cĂŽtĂ©- de;l'Evangile., ;. 'Elle reprĂ©sente un ange tenant en sa. main - droite une. çourĂŽnno; de lauriers qui surmonte les noms de ces glorieux morts inscrits en lettres rouges PONSAHT Georges, capitaine adjudant-major. LEBAS Hubert, officier d'administration do 1"- classe. LEBAS Arthur, fait prisonnier fin aoĂčf 1914, au fort de Charlcmonl-Givet, dĂ©portĂ© Ă Zwickau Saxe, puis envoyĂ© en Suisse, mort Ă Lyon en octobre 1918. ROBIN Paul, tuĂ© prĂšs de LĂźeims. MANCEAUX Jean-Baptiste. SOMMĂ Albert. LEBAS Marins Son corps a Ă©iĂ© ramenĂ© dans le cimetiĂšre de la paroisse, on fĂ©vrier 1921. PIIROUIN Marins. AUBEHT Antbyme, mort en capthilĂ© quelques jours aprĂšs l'armistice. DKLAI'AIĂE Charles. PE-IITFJLS Albert, J. C, MARTELEUR Alphonse .T. C. Ces deux jeunes gens qui faisaient partie de la Jeunesse Catholique de la paroisse, furent tuĂ©s Ă Verdun, en 1916. MANCEAUX Fcrnand, Jeune Catholique, engagĂ© pendant la guerre, mort Ă 19 ans, Ă l'hĂŽpital de Bourges. R. I.'P. A nos AbonnĂ©s et Lecteurs Pour les abonnements, s'adresser Ă M. F. JALLOUX, Ă©diteur, passage de Bourgogne, Roeroi Ardennes. Pour la rĂ©daction, Ă M. H. BERNARD, Moulin de l'Ile Bonne, par Roeroi Ardennes. CARTE DU PLATEAU t>z RCR0f pour la Bataille du 19 Mal i643, par le GĂ©nĂ©ra! GAmn^Oo^nd^^Di^onĂ©-yam^ Ăą Lac, a, TFĂĂĂĂlNĂ PĂBLiĂtUĂ^ -.'' ^Go-Wr&e;^Ăč^srĂ»pĂ©'^h^ĂąotiĂŻ 'nous nous sommes le 7';pr'Ă©m'i'Ă«i,''Ăąuffifei>6''d'ĂȘ-ri'ĂŽtrlĂ.'mĂŽ'dĂš'stĂš Revue historique du Plateau de'. Roeroi, ;Ă©n. NotĂ©e historiques sĂ»r le Plateau, a surpris un "certain iidhibrĂš de nos lecteurs qui nous-en ont demandĂ© l'origine et le' ;;. , - -'" - -'..;. y'" -'y'.-..;,., -Et d'abord, qu'ils Soient bien persuadĂ©s que nous ne l'avons pas . inventĂ© ni pris sous notre bonnet; nous avons un trop grand respect dĂ© la vĂ©ritĂ© historique pour'nous permettre; pareille licence avec elle, comme avec toutes les autres vĂ©ritĂ©s, rĂ©vĂ©lĂ©es par Dieu et.. '- enseignĂ©es' par son Eglise. Sans doute, nous pouvons nous tromper - â- efrĂ re hUmçinum estâ surtout Ă propos de . cette Ăpoque nĂ©olithique, dĂ© bes Temps prĂ©historiques du plateau de Roeroi dont le. sol demeurĂ©, mĂ isdbrit aucun document Ă©crit nĂ© subsiste pour suivre, la tracĂ© des diffĂ©rentes iriigratibns dĂ© peuplades qui l'ont successive^ ment Occupe, et nous n'avons''pu Ă©mettre Ă ce sujet que les conjectures lĂšs-"-plus plausibles suggĂšr'ĂȘes;pĂ r l'Ă©tude-" du sol, des dĂ©bris retrouvĂ©s, etc.; et les opinions des historiens que nous avons consultĂ©s. '.'..""''. '". Quoiqu'il en soit, notre Tribune publique est toujours ouverte aux chercheurs et aux savants plus compĂ©tents' que nous. Nous nous "contenterons, pour aujourd'hui, de rĂ©sumer briĂšvement l'Ă©tat de la question 1° Quel est le sĂ hs de l'expression en -litige RĂąpĂ©s ruperĂšm, et2° Qu'elle est\.'. ce mot?; '...." ' " . 1° Sensde ce terme RĂ»pĂ«sruiriperem. Nous nous arrĂȘterons aux indications qui'nous ont Ă©tĂ©'"donnĂ©es... et surtout Ă l'exposition faite par M. Pierre LAGARRĂSSE dans le n° 12, p. 177, rĂ©sumĂ© que nous avons fait de la question en litige dans le n° 13 p. 3e de la couverture. ;.. , . . , A' notre;ĂąvisycĂ©'s deux', .'.motsrupĂ©s r'Ă»perem ou rumpereni signifieraient mbt'Ă mot je briserais.; les rochers, ou plus simplement- amoncellement de roches;», comme lĂ© veut "M, Pierre LAGARRĂSSE, . vieille;appellation; dĂ© lĂ rĂ©gion do Roeroi dont sont couverts d'endroits,-d'une quantitĂ© de'roches de quartz. 2* L'a rĂ©ponse Ă '. la; 2a question sur l'origine de ce terme Ritpes ..- ruperĂ©in, que ..nous-n'Ă vbnsp pas iiiventĂ©, rĂŽpĂ«tonsde, semble plus â dĂ©licate;-mĂ iy'ndus allons Ă©iter nĂŽ's sources.' Et tout d'abord' LĂPINE, dans son Histoire 'de Roeroi -1860, qui donne, Ă la page 21, cette Ă©tyhiologie de rupes rĂ»perem, sans preuve Ă l'appui, Bien que cette Histoire'de Roeroi renfĂ©rrhe un certain nombre, d'erreurs historiques, nous ne croyons pas que'LĂPINĂ ait inventĂ© cette ĂȘtymologie'. -. "'"" "- J ~ '~~'.'. " " "-'-'. ''' âą".. - ' Remontons -dans les siĂšcles prĂ©cĂ©dents. M. Maurice SABBE, conservateur au MusĂ©um ,Plantin-Moretus, ;\ Anvers' Belgique> .Ă©met l'opinion, dans les communications qu'il nous a foites lĂšs 14 a;oĂ»t.. \ 1923, et 7 mars 1924, que des adjonctions et rectifications furent apposĂ©es, Ă certains vieux manuscrits des Tabula itineraria Peutingeriana. La mention Rupes rumperem, attribuĂ©e au plateau de Rocroi, inscrite sur quelques rares in-folio, aurait figurĂ© dans les premiers travaux exĂ©cutĂ©s sur cette Table ». Un de ces exemplaires existait dans la bibliothĂšque du baron Y van" de Man d'Atten- rodĂ©, sĂ©nateur belge, rĂ©sidant au .chĂąteau d'ĂŻloeylaert, prĂ©s de Bruxelles. OĂč se trouve cet in-folio ? On le retrouvera peut-ĂȘtre. . Ernest DESJARDINS, pour ne citer que cet auteur, dansla Table de Peutinger, Ă©dition de 1598, reproduite en faç-simile Paris. L. Hachette 1869-76, Introduction, p. V, ne parle pas de l'Ă©dition dĂ©finitive de 1624, ni des adjonctions et corrections faites sur la Table de Peutinger, avant et entre ces deux datĂ©s. Nous pourrons revenir sur ce sujet et l'Ă©clairer un peu, ~ ne soit pas d'un intĂ©rĂȘt palpitant pour nombre de nos lecteurs. ' H. B. A propos du Folk-lore philologique de notre collaborateur M. le Dr A. BASTIN, de Deville n° 13, p.,3, nous, recevons de M. l'abbĂ© DĂLIZĂE, professeur de langues Ă l'Institut catholique de Notre-Dame delĂ Tombe,% Tournay-Kain," la note suivante Je viens de lire votre article sur dangereuxQtbramint. C'est intĂ©ressant. Je m'Ă©tonne .toutefois qu'on puisse hĂ©siter un instant sur le premier. » âą' '" " H. B. Le prochain fascicule de la Revue n° 15 de mai sera doublĂ© 32 pages. Il sera consacrĂ© presqu'en son entier au rĂ©cit de la Bataille dĂ© Rocroi 19 mai 1643, de notre ami P. LEBAS, avec... des dĂ©tails inĂ©dits pris sur lĂšs lieux, rĂ©cits des anciens du pays, etc. Il contiendra, en outre; une carte de la bataille par lĂ© gĂ©nĂ©ral Garbit et une fort belle photogravure de la statue de la Vierge de la Victoire, ex-voto . promis par le duc d'Enghien s'il Ă©tait victorieux des ennemis qui avaient enyahi la France et menaçaient Paris, a la mort de Louis xiri. 2\ANNĂE.â OCTOBRE 1924. N°;2Ă France 10 francs Etranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Franc JALLOUXĂȘ Ă©diteur .ROCROI â Passage de Bourgogne . R. C. ROCflOi 382 1924 REVUE DU PLATEAU DE ROCRO! SOMMAIRE DU N° 20 I. â Folk-lorephilologique. P. CL MEURISSE. II.â, Le NĂ©erologĂ© des RĂ© collets ,de Couyin,.j}ar le 1%. P. JJĂąALD D'ALENĂONJ traduction frahcĂąisĂ© suite; i ,'V. T.. IH. La famille,Pplcnei* ' fi' > - /'; ;'. ' ; IV. . â Monographie-de-SĂ©oigny-la-ForĂ©i w; Livre III. SĂ©vigny Ă travers les Ăąges suite. P. L. . V. â Au Jour le Jour 1914-1919. Notes, et Souvenirs suite.. ; ' ,; ,/,'.'; y i . MjEMOR. VI.'; '_. '"' '.''. H. B. III. -+- C'est la Guerre. â Les Parisiens suite; M"' TV. â Monographie decSĂšoig, Livre IV. Nos. aĂŻeux. 'âą'...-.''. ",.".;,"-;. .;,- 'J?.L. âą !-V. â Aw Jour le JourJ1^14,-1919% NotĂ©s, et Souvenirs suite. ; "".,_ /'...- '" ;"A 'âą, ';; V,. . ..MEMOR. 2eAmĂE. â DieEMnuE 1924.^N" 22 _Fraiice 10 francs Ă©tranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Lie NumĂ©ro i Franc JALLGUX** Ă©diteur ROCROj â Passage de Bourgogne R. C. ROCROI 382 1924 REVUE DU PLATEAU DE ROCRQl SOMMAIRE DU N0;22 '..', I.â Le\ Necrologe des RĂ©collets de Couvin, par le R. P. UBALD D'ALENĂON, traduction française suite. .. -y V. T.. - IL â Rupes rĂ»pĂšrem suite. â Le MĂ©galithe deNismes ou la Roche Ă l'Ăźlette. H. B. III.â Monographie de SĂšoigny-la-ForĂȘt. â Livre IV. Nos aĂŻeux. ' P. L. IV.â Au, Jour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOK.. V.â Livre d'or de la paroisse du Tremblois-IĂšs-Rocroi. ;P. L. LIVRE D'OR Paroisse de Tremblois-lĂšs-Roeroi. Au. cours de la grande guerre, neuf soldats du Tremblois sont morts pour la France. En voici les noms, tels qu'ils sont inscrits sur le monument Ă©levĂ© Ă leur mĂ©moire sur la place publique du .village Noi/.et Georges, 23 fĂ©vrier 1916. âą . '- . Beaumont Henri, 20 juin 1916. Lejeu'he LĂ©on, 10 aoĂ»t Ă916. . Noizet RenĂ©, 19 aoĂ»t 1917. Chopineaux; ThĂ©ophile, 9 avril 1918. LarzilliĂšre Emile,20 octobre 1918.' -' Gilles ArsĂšne, 15 octobre 1914. . Bertrand Gustave, 2 mai 1915. .Marchand Henri, 20 aoĂ»t 1918. , Il faut y ajouter les noms de quatre victimes civiles -. Brochart ThĂ©ophile, voulant regagner sa demeure qu'il avait abandonnĂ©e lors de l'avance allemande, tomba sous les balles ennemies sur le chemin de Marby, le 1911. . ' . Voir la suite page 3 delĂ couverture. 2» ANĂE. U JA^EU .1025.. N° 23 France 10 francs' Etranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI' Le NumĂ©ro 1 Franc ROCROI â Passage de Bourgogne R. C. ROCROI 382 1924 REVUE DU PLATEAU DE ROGRO! SOMMAIRE DU N° .23 ' . I. â Rupes rĂ»perem suite. ' H. B. ILâĂ propos de la famille Polehel ou de Poschet addita, III. ^ C'est la Guerre. â Les Parisiens suite. M'', IV. â Note sur la statue de \s,.Gerinania. D. H. V.'â Monographie de SĂ«oignyrla-ForĂȘt. â. Livre. IV. Nos aĂŻeux. '.' / . P.. L. VI. â 'Au Jour' le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOR. VII. â Livre d'or de la commune d'EteigniĂšres. LIVRE D'OR Paroisse d'EteigniĂšres Les 26 et,27 aoĂ»t 1914. la commune d'EteigniĂšres, qui se trouve , sur la> route menant de la Meuse, aux places fortes de. L'a on et de lĂ Fore, par Rumigny, devait payer cruellement soi tribut Ăč l'invasion allemande. . âą ^ ... ... Des forces boches imposantes, venant de Rocroi et de Couvin,. ..amenaient; avec elles, au milieu de brutalitĂ©s de l'Ăąge barbare . M. l'abbĂ©. MoiusAU'x,. curĂ© de Frasnes, qui fut relaxĂ© le 27 aoĂ»t ; Trois malheureux civils belges, accusĂ©s faussement d'avoir tirĂ© sur les troupes qui avaient envahi, leur pays; ils furent -fusillĂ©s, .au pied d'un murj Je lendemain 27'aoĂ»t ; .''âą .;.' Un habitant de. la. communes Camille Legras, fut massacrĂ© avec eux. -. - - / V' -' ''',..- '.-",- M l'abbĂ©- LUDET, .curĂŽ-d'ĂtejgniĂŽres, arrĂȘtĂ© immĂ©diatement le 26, fut enfermĂ© dans l'Ă©glise avec les infortunĂ©s prisonniers, en attendant leur exĂ©cution. M. l'abbĂ© Ludet fut remis en libertĂ© le lendemain,' 2" ANNĂE. â FĂVRIER 1925. N" 24. France 10 francs Etranger 12 francs DU PLATEAU DE ROCROI Le NumĂ©ro 1 Fraile JALLOUX*4 Ă©diteur ROCROI^â Passage de Bourgogne R. C. ROCROI 382 1925 BEVUE DU PEATEAU DE ROCROI SOMMAIRE DU N° 24 "". .1. â Le" NĂ©crologe des RĂ©collets de Couvin, par le R. P. IJbala d'Ălençon," traduction française suite. V. T. IL â Rupes rĂ»perem suite. H. B. III. â C'est la Guerre. â Les Parisiens suite. M"'° IV. â Monographie de SĂšoigny-la-ForĂ©t. â,' Livre IV. Nos aĂŻeux. P. L. . V. â Au Jour le Jour 1914-1919. Notes et Souvenirs suite. MEMOR. VI. -â NĂ©crologie M 110 Marie de Villermont. H. B. VIL â Livre d'or. .-â LĂšs fusillĂ©s français de Frasnes-lĂšsCouvin 16 sept. 1914. . ' C*e de VILLERMONT, VIII. â Table des matiĂšres de la 2e" annĂ©e. Mars 1924fĂ©vrier 1925. " LIVRE D'OR lies fusillĂ©s français Ă ppaftes-lĂšs-Gouviri Le 16 septembre 1914, trente-quatre civils français, Ă©puisĂ©s do fatigue, arrivaient Ă ,Couvin, .siiivant un convoi d'un millier de prisonniers militaires dirigĂ©s sur l'Allemagne. Pendant de guerre continuaient leur route,.les 34 civils Ă©taient parquĂ©s sur une dos pelouses du'parc de Sainl-Roch. Un commandant allemand vint les y voir et demanfia ce qu'Ă©taient ces prisonniers. Des francs-tireurs, des. espions 1, des dĂŽvaliscui'.s de cadavres, des nnUdcurs^de blessĂ©s », rĂ©pondit l'escorte. Au bout de deux heures ils reprirent leur marche dans la, direction de Frasncs. ArrivĂ©s au croisement, de la route do PĂŽtigny, on les fit obliquer Ă travers champs vers une carriĂšre abandonnĂ©e ; on les fit ranger et ils furent fusillĂ©s et ensevelis sur place. Le feu Ă©tait commandĂ© par un chevalier de l'ordre .hospitalier de S' membre de la Croix-Rouge. Une proclamation imprimĂ©e signĂ©e La Croix » fut'"affichĂ©e, en plusieurs endroits, Ă Couvin, annonçant que le Conseil de guerre avait condamnĂ© Ă mort trente-quatre français comme francs-tireurs, comme espions, ou pour avoir dĂ©troussĂ© des cadavres et mutilĂ© dos blessĂ©s. . Ces trente-quatre français ont Ă©tĂ© lĂąchement assassinĂ©s. Par le rĂ©cit d'une trente-cinquiĂšme victime qui rĂ©ussit, Ă la faveur d'un dolman militaire, Ă se mĂȘler aux soldats prisonniers, on a su que. ces malheureux civils avaient Ă©tĂ© rassemblĂ©s des points-les plus divers des dĂ©partements-do la Marne et du Nord. Durant une marche qui s'Ă©ternisa plus d'une semaine, ils avaient subi les pires traitements, accablĂ©s de coups de pieds et de poings au moinde signe de fatigue, se nourrissant de pommes ramassĂ©es sur la route, menacĂ©s Ă tout instantd'ĂȘtre fusillĂ©s. C'est a ces victimes de la barbarie allemande qu'un monument a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans le village de Frasnes, prĂšs de l'endroit oĂč ils,expiĂšrent leur seul crime, celui d'ĂȘtre français. CommuniquĂ© par M. le comte de YiLLEHMONT. Voir aussi le n° 12 de la Revue historique du Plateau de Rocroi, fĂ©vrier 1924, p. 179, note 1. ' , HevtiĂȘ Mstoriqvte'\Ă»W^ .;.TablĂ© dĂ©s-''in'^tĂŻĂ«rĂŽ'i?'';,dĂš' j r . iy [;.'}-. , \fMarsi'924-^Ă©vrĂŻer ' i$2SJĂ-Ă - ;,.. ' ; ;- H. B,-â Notes historiques sur le;Plateau!de 'Rocroi', p. l,;22y> 69,83, '" \ 149; 164, 177 et-195/r- Tribune publiqueâą Les xfuatre fils Aymon, 'âą nos 13, 14 et 16. -^/ de la bataillĂ© deRocrOi, p. 64. â "'.-' . ..GpiisiderĂ ii'bn's. sur-'-le. .champ de 1 bataille de. Rocroi, par le gĂ©nĂ©ral . Garbit, p. 104. ;â GodĂšfroy II de Romance, p. 108. â-, La stĂšle do la bataille decRbcroi,.-p. l;li. -..NĂ©crologie. Alfred Drouart, p. â 'La famille Polchef, p. 133. â NĂ©crologie , M"° lĂ comlçsse de ", Yjllermont,p. 208.' ''['-' '', ^'-'-.'.A . ; "''' '-" ... Dr B^STIN-. â ,FoJk-lore philologique, p. .3.âH RĂ©ponse de l'abbĂ© .'.../-. '...DĂ©lixĂ©e, tribune publique, n° 14-, .."'''âą '"-[' ' \ "V Dr GILLES. .''âąâ Communication C'est la guerre, 6, 24,' 71,86, 121', '"/. ,151. 182etl97.\ ' "' .-.'âą. .-'V' "" '''...-',,'/ ,./''. .P.. LE BAS; â 'Monographie de- SĂŽvigny-!a-F6rĂȘf, p. 10, 26', 74, -87,,124,. ;'. / 133, 153, 166,185; et, 199. â NĂ©crologie ..M. BĂ ulmont,;iv> 14. â. ' .LĂ Bataille de Rocroi,p. 36 Note 'rectificative, n".20. v. ' ', d'or de Trembiois-lez-Rocroi, n° 22. -, ^ .c MEJIOR.'âAu jour le jour Notes et Souvenirs 1914-1919, -p. ' 78,; 90, 126, 140; 156, 172,; 188 et 205/âCommunication La Ches; nĂ ye Maisons-blanches, p. 17. âLa Vierge de la Victoire, p. 33 , . âą. 'avec planche. â- La/JournĂ©e dĂ© Rocroi, extrait de Bossuet, p, 71. " V-âLivre d'or de n° 16, de Maubcrt-Fontaine, ,. . ir? 18 eit;.'i;9; ,V 'V'., .'-.,. "V ^'. '"./ ' .- ' R. P. ĂBALD D'ALENĂON. âLe NĂŽcrologe des de Couvin, ' , .traduction fraûçaise par l'abbĂ©,V. T,,,p. 65, 81,,119, 131, 145, ;. ''.', 161 et 193,.; , ' - ;/' - ..'; '.' Pi LAURENT, archiviste. lionoraire du dĂ©partement des Ardennes -, ,;.; Communication, n° 16. , ; , ;.-.'' , , V10-. 'HUGUES DE MONTB'AS.'. â Communication par le marquis, de RomancĂ©'Mesmont-Un inĂ©dit de la-'bataille dĂ© Rocroy, V' .p.'" -;v' / . ";/' ,. ; .. ,-;. ';. .' v ' H. BOURIN. â et la; famille Pigeon, p. 109. "' , - P. C/ . " ... , ' '- 44. BOURBON.â Communication Les PoschĂ©t, p. 135. . ,.'/''; > . . A.;B;;âJ'y Ă©tais, p. 143. -Livre d'or de Bourg-FidĂšle, .n 20. ; -, ';- v C. 'FRANGOTTE. â Communication, p. 164; â- La p-180;. ;G. DOQUIN;-^ Quatrain, p'. 177.. 'â ,,, âą'-'". ; "-';;/; ,, -, ', 'ARCHIVĂS; dti. Ăimousin;,;.Cdmmmiication, p.li8.. , ^AWHI^\ Ăźv - ' '.'- '-', ''> mais il /devait, plus tard, en 1918, ĂȘtre emmenĂ© comme otage en Lithuanie avec un certain nombre de curĂ©s et de civils, hommes et femmes,, des Ardennes.; Pour son courage .en face "de-l'envahisseur. M.,l'abbĂ©'LUDET areçu la. Croix de guerre 1918. . .M'"" Georges LALLEMENT, ayant appris que son .fils Gaston, tombĂ© ''plus tard'au champ d'honneur, passait avec spn rĂ©giment, dans;lĂ©s environs, .avait voulu aller l'embrasser une derniĂšre; fois. A. son retour, 'prĂšs d'Auvillers-les-Foi'ges, elle, fut prise par les soldats 'ennemis, ligottĂŽc; odieusement, outragĂ©e/et ramenĂ©e au quartier 'gĂ©nĂ©rai .boche, Ă EteigriiĂšres, oĂč elle-, faillit ĂȘtre fusillĂ©e comme espionne. Ce ne fut qu'aprĂšs une longue journĂ©e de dĂ©tention qu'elle, fut libĂ©rĂ©e, grĂące Ă la demande instante de son curĂ©, M. -l'abbĂ© Ludet. On nosaurait trop louer les autoritĂ©s d'EteigniĂšres de lĂ dĂ©licate pensĂ©e qui-les fit rĂ©unir tous lesglorieux morts de la commune, sans distinction de grades, dans la liste suivante ,V -, -, . fyĂŻQRTS POUR LA FRANCE Dardennc Gaston HĂ©mei-y Edmond Lallemem. Gustave Lamy Lucien Manccaux Emmanuel -Parent. Emile . Dardeiine Alfred Dardennc Albert Ravaux Georges ThĂ©lingĂŽ Emile MoreĂ u -LĂ©on Lallemeni Adrien âą Coentz Auguste Wiriot Gustave'*-.' Lamy Edmond Piorron Edmond Lambin Camille Lallemcnt Gaston GuĂ©ri u "Victorien Cagncaux Lucien 'J'hĂ©linge Paul JacqĂ»cmin Paulin Berger Henri Coulellier HenriLallemcnt Camille ' Ravaux RenĂ© Paris Henri VICTIMES CIVILES Ăoninck Emile - LegrĂ s; Camille Ravaux RenĂ© Maurice LĂ©on Mozet Laurent, 781 ans, Ă©tait ĂŻestĂ© Ă MĂ rs-sous-Bourcq, prĂ©s de VoĂ»ziers, oĂč, il fut lĂąchement assassinĂ© parles Allemands le 7 sepâą '. . tembre 1914 Bulletin Ardennais du 24 fĂ©vrier 1916, n 157. ' JUain Roland, tuĂ© par une grenade sur la ligne do chemin de fer du Tremblbis, le 20 dĂ©cembre 1918. Iloltard Pierre,; jeune homme dĂ© 16 ans, dĂ©chiquetĂ© par l'explosion d'une grenade qu'il avait dĂ©tournĂ©e sur la route'de Rimogne, en ĂŻaco du chemin de la Richolle, le 18 janvier 1921. - ; Leurs noms sont aussi gravĂ©s sur la face sud du monument lequel, posĂ© par M. J. PrĂ©voteaux, de Maubert, fut inaugurĂ© en juin 1,922. '',- Le 27,aoĂ»t 1914, Coppin Louis. LarzilliĂčre BasilidĂ© et LĂ rsilliĂšre Jules furent emmenĂ©s en otage jusque Rocroi et relĂąchĂ©s le lendemain. Mais LĂ rsilliĂšre Jules â un jeune homme, fils d'un pauvre aveugle â fiit battu avec tant de sauvagerie qu'il en est, restĂ© paralysĂ©. Enfin, quelques temps aprĂšs, Druart Henri et BrĂŽyoti Ernest furent enlevĂ©s prisonniers en Allemagne oĂč ils-subirent jusqu'en 1917 une dure captivitĂ©. On'rem arquera que la famille, de M. fut pĂ rliculiĂš- , rement Ă©prouvĂ©e par la. guerre, puisqu'elle lui enleva successivement son beau-pĂšre j Laurent Mozet, son gendre, le caporal Louis Beuret. ; .de tuĂ© dans la Meuse le 21 novembre 191-1 '.-. Bulletin;Ardennais n° 205; deux de ses trois fils soldats Georges, qui Ă©tait sous-lieutenant, et RenĂ© ; et que lui-mĂȘme et son .Ă©pouse, terrassĂ©s par le chagrin, Ă©vacuĂ©s en France libre, y moururent sans avoir pu revoir leur village, ni les ruines de leur maison, incendiĂ©e par les Boches en aoĂ»t 1914 /Nous adressons nos , vifs remerciements, Ă MM. Ernest Woirlier, maire du Tremblois, et Auguste Basiien, cantonnierchef Ă -SĂ©vig'ny-larForĂšt, qui nous ,ont aidĂ©, dĂ© leurs recherches et de leurs souvenirs, Ă Ă©tablir cette page du Livre d'Or. LIVRE D'OR Bourg-FidĂšle et la journĂ©e du 26 aoĂ»t 1914. Lo 26 aoĂ»t 1914, une patrouille allemande, dĂŽbouchantd'IIongrĂ©aux, est reçue par une arriĂŽre^garde de soldats français qui, aprĂšs mie fusillade nourrie, s'Ă©chappent et gagnent les bois. Les Boches, furieux de voir plusieurs dos leurs mordre la poussiĂšre, crient comme do coutume aux francs tireurs » et font passer leur, rage sur les civils. C'est ainsi que LĂ©on DUNAIME, occupĂ© en sa boulangerie Ă l'entrĂ©e do la route d'HongrĂ©aux, tombe assassine» par. les Allemands, et ces misĂ©rables poussent la cruautĂ© jusqu'Ă jeter ce malheureux dans le four en flammes. Le fils de la victime, AndrĂ© DUNAIME, n'a pas le temps de s'enfuir; saisi par les barbares, il est par eux condamnĂ© Ă mort et odieusement tuĂ© Ă coups de sabre. Deux autres civils furent ensuite apprĂ©hendĂ©s comme victimes destinĂ©es Ă assouvir la rage de l'ennemi ce furent Victor ABRAHAM cl Auguste FRANQUET, tuĂ©s par lĂ©s Allemands ce mĂȘme jour du 26 aoĂčtl914. ' '_ _' MORTS AU FRONT OU MORTS MOBfLISĂS Pont les noms figurent au Monument BarbiĂšre Vital LĂ©onard Emile Bertcaux Alphonse Leroy Victor Blanchemanche EugĂšne Loiseaux Maurice, blessĂ© Bourdon Jean mo* prĂšs la pierre TT . PĂ©lenJean, gazĂ© Bousrez Henri mort aprĂšs la g-iicrre Carameaux Placide Longuet Urbain Cartier Emile Ludet RenĂ© Chopineaux Jean-Baptiste Marchand Henri Chopineaux RenĂ© Marotte Anatole ClĂ©ment Adolphe ' Maufroy Gaston Courtier Jean Mazeau Paulin Couvert AndrĂ© Mouton Fernand ' Desbuis EugĂšne Paruitte Marcel Devouge Gustave Pernelet ChĂ©ri Distave Emile Pernelet LĂ©on. Frideling Urbain Petit Alfred-Joseph Godofroy Pierre . Pilardeau Virgile . GrĂ©goire Charles Renard EugĂšne I-Iuart Arthur Royaux Jules-Charles > . Jonval Henri SommĂ© Auguste - Lallemcnt Edmond SommĂ© Fernand ' Lens Victor . ' VarlĂčteaĂ»x Louis MORTS EN OTAGE , Chopineaux Renaldo Marotte Edmond Lambert Antoine-Emile Melin Joseph Contraste insuffisant NF Z 43-120-14 Original en couleur NFZ 43-120-8
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de quoi est mort jean le poulain